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7 avril, 2026 - 11:01:37
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Kinshasa trace ses lignes rouges : Retrait rwandais et fin de l’impunité avant tout dialogue

Sur le plateau de TV5Monde, lundi 9 février, Patrick Muyaya n’a pas cherché la formule douce. Il a posé des limites. Nettes. Assumées. Non négociables. Pas de dialogue sous occupation. Pas de compromis avec l’impunité. Le message est clair : on ne bâtit pas la paix sur du sable. Le contexte l’impose. L’est de la République démocratique du Congo saigne encore. Des groupes armés circulent. Des civils fuient. Et la présence militaire du Rwanda reste, pour Kinshasa, une réalité inacceptable. Dans ces conditions, parler politique avant de restaurer la sécurité relèverait de l’illusion. La position défendue par le gouvernement mérite mieux que le procès en rigidité que certains lui intentent. Elle relève du bon sens d’État. Un dialogue n’a de valeur que s’il est libre. Libre de toute pression armée. Libre de toute tutelle étrangère. Libre de toute prime à la violence. Sinon, ce n’est pas un dialogue. C’est une reddition déguisée. En fixant des « lignes rouges » : retrait des troupes étrangères, cessez-le-feu vérifiable, respect des engagements de Washington et Doha, Kinshasa ne ferme pas la porte. Elle la cadre. Elle rappelle une évidence trop souvent oubliée : la paix durable commence par la souveraineté. Même fermeté sur l’impunité. Là encore, le choix est juste. Amnistier sans discernement, réintégrer sans examen, asseoir à la table ceux qui ont alimenté le chaos reviendrait à préparer la prochaine crise. L’histoire congolaise l’a déjà démontré. Trop d’accords mal ficelés ont recyclé les fauteurs de guerre en acteurs politiques. Trop de compromis ont enfanté de nouvelles violences. Rompre ce cycle exige du courage politique. Oui, le dialogue est nécessaire. Oui, il doit être inclusif. Mais inclusif ne signifie pas aveugle. La réconciliation n’est pas l’oubli. Elle suppose vérité, responsabilité, loyauté. C’est ce cap que défend aujourd’hui le gouvernement.

Le gouvernement congolais ne veut pas brûler les étapes.

Invité du journal télévisé de TV5Monde, lundi 9 février, Patrick Muyaya a longuement détaillé la position de Kinshasa sur la perspective d’un dialogue intercongolais destiné à ramener la stabilité politique et sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo.

Interrogé sur l’éventualité d’un dialogue inclusif, comprenant toutes les composantes nationales, y compris l’ancien président Joseph Kabila, condamné pour crimes de guerre et trahison, le ministre a d’emblée posé ce qu’il a qualifié de « préalables ».

« D’abord, avant qu’on arrive à ce dialogue, pour nous, il y a des préalables », a-t-il affirmé.

Pour illustrer la stratégie gouvernementale, Patrick Muyaya a recouru à une métaphore diplomatique : « Si je peux me permettre l’analogie, nous avons un dialogue avec le père, le Rwanda, à Washington, avec le fils, à Doha. N’oubliez pas que l’origine de la crise est d’abord sécuritaire. »

Autrement dit, pour Kinshasa, la question politique ne peut être dissociée de la question militaire. Le gouvernement estime que tout processus de réconciliation interne serait vidé de sa substance tant que la présence étrangère persiste sur le territoire national. « Aujourd’hui, il y a une ligne rouge.

On ne peut pas dialoguer tant que les troupes rwandaises sont sur notre sol, tant qu’on n’a pas un cessez-le-feu vérifiable, et tant que les engagements souscrits dans les cadres des processus de Doha et de Washington ne sont pas faits. »

Cette position confirme la primauté accordée par Kinshasa aux négociations diplomatiques et sécuritaires menées avec Rwanda, notamment à Washington et Doha, avant toute initiative politique interne.

Refus de l’impunité

Au-delà des conditions sécuritaires, le porte-parole du gouvernement a également insisté sur un principe politique central : l’absence d’impunité. « Le président de la République a toujours montré sa disponibilité pour le dialogue, mais ce dialogue ne doit pas venir consacrer l’impunité, parce que c’est l’impunité qui est à la base de la répétition de ces différents actes que nous voyons. »

Un message qui vise clairement les acteurs politiques ou militaires soupçonnés de collusion avec des groupes armés.
Sans citer explicitement de noms, Patrick Muyaya a évoqué « des complices » dans ce qu’il a qualifié « d’aventures du père et du fils », allusion aux relations entre Kigali et les rébellions opérant dans l’est du pays. « Il est donc normal qu’il y ait comme un processus de vetting sur la nature patriotique de certains, pour nous assurer qu’ils ne viendront pas en complices, mais qu’ils viendront pleinement pour discuter entre les Congolais. »

Cette idée de filtrage préalable, un tri politique et moral des participants, marque la volonté de Kinshasa d’éviter qu’un dialogue ne serve de plateforme de légitimation à des acteurs considérés comme responsables de violences.

Un dialogue « entre Congolais »

Pour le ministre, le cadre reste toutefois clair : si dialogue il y a, il devra être national, souverain et circonscrit au territoire congolais. « C’est un dialogue qui se tiendra en République démocratique du Congo et entre Congolais. »

Une formule qui vise à réaffirmer la maîtrise du processus par les autorités nationales, tout en envoyant un signal à la communauté internationale : la résolution durable de la crise ne peut venir que d’un équilibre entre pressions diplomatiques extérieures et solutions politiques internes.

En filigrane, l’intervention de Patrick Muyaya dessine ainsi une ligne gouvernementale ferme : priorité à la sécurité, refus de toute négociation sous contrainte militaire étrangère, et exclusion de toute amnistie de fait. Autant de conditions qui laissent entrevoir un dialogue possible, mais strictement encadré.

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