« La RDC ne peut plus se contenter d’exporter ses minerais à l’état brut. Nous devons créer la valeur ici, chez nous. » À Cape Town, en marge du Mining Indaba, le ministre des Mines Louis Watum Kabamba a posé les termes du virage stratégique congolais : transformer localement cuivre, cobalt et minerais critiques pour bâtir une industrie intégrée, de la transformation au stockage d’énergie. Devant investisseurs et partenaires internationaux, il a défendu une politique axée sur l’aval minier, l’emploi et la souveraineté économique. Appuyée par des réformes de gouvernance et de transparence, cette orientation entend faire de la République démocratique du Congo non plus un simple exportateur de ressources, mais un acteur industriel majeur de la transition énergétique mondiale.
À Cape Town, le message congolais a changé de ton.
En marge du Mining Indaba, la République démocratique du Congo a organisé un « DRC Breakfast », une conférence-déjeuner stratégique destinée à convaincre investisseurs et partenaires internationaux que l’avenir minier du pays se jouera désormais dans la transformation locale.
Parlementaires, diplomates, industriels et financiers ont débattu des moyens d’intégrer la RDC dans les chaînes de valeur mondiales, en amont comme en aval.
Rompre avec le modèle extractif
Prenant la parole, le ministre des Mines Louis Watum Kabamba a résumé l’orientation gouvernementale : « La RDC ne veut plus se limiter à l’exportation de matières premières brutes. Nous voulons créer de la valeur sur place. »
L’ambition affichée : développer des filières industrielles locales, du raffinage à la fabrication de composants, notamment dans le secteur stratégique des batteries et des minerais critiques.
Cuivre, cobalt, lithium, nickel, manganèse ou terres rares : le pays dispose de ressources clés dans un contexte mondial dominé par la transition énergétique et la course aux technologies propres.
Une stratégie alignée sur les priorités nationales
Cette politique s’inscrit dans la vision du président Félix Tshisekedi Tshilombo, mise en œuvre sous la coordination de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka : faire des ressources naturelles un levier de paix, d’emplois et de prospérité.
« L’enjeu n’est plus seulement d’extraire, mais de transformer, raffiner et intégrer nos minerais dans des chaînes à haute valeur ajoutée », a insisté le ministre.
Pour accompagner ce virage industriel, le gouvernement met en avant plusieurs réformes : sécurité juridique renforcée, alignement sur les standards ESG internationaux, amélioration de la gouvernance et lutte accrue contre la fraude et les circuits illicites.
Objectif : offrir un environnement prévisible et compétitif aux investisseurs, condition jugée indispensable pour attirer des capitaux dans les projets de transformation locale.
À travers ce « DRC Breakfast », Kinshasa entend envoyer un signal clair : ses richesses minières ne doivent plus seulement quitter le pays sous forme brute. Elles doivent désormais alimenter une industrie nationale capable de créer de la valeur, des emplois et une position stratégique dans l’économie mondiale.
Un plan énergétique pour garantir l’électricité des mines
Sans électricité, pas de production. Et sans production, pas de recettes. Confrontée à un déficit énergétique estimé à près de 2 000 mégawatts, la République démocratique du Congo veut sécuriser l’alimentation de ses sites miniers, colonne vertébrale de son économie. À l’occasion du Mining Indaba, Kinshasa a dévoilé une stratégie structurée mêlant planification, partenariats public-privé et recours accru aux renouvelables. Objectif : stabiliser la fourniture, réduire les interruptions et transformer l’énergie en levier d’industrialisation. Un signal clair envoyé aux opérateurs : la compétitivité du secteur passera d’abord par la fiabilité du réseau.
Le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Teddy Molendo Sakombi, y a présenté la Stratégie nationale d’approvisionnement énergétique du secteur minier, conçue comme un instrument clé pour soutenir la croissance industrielle.
« Il est impossible d’augmenter durablement la production minière sans sécuriser l’énergie. L’électricité est la première matière première du secteur », a-t-il souligné.
Un déficit estimé à 2 000 MW
Le diagnostic est connu : les besoins des exploitations dépassent largement l’offre disponible. Le déficit énergétique est évalué à près de 2 000 mégawatts, provoquant coupures, surcoûts logistiques et recours à des solutions thermiques onéreuses.
Or, le secteur extractif représente environ 50 % des recettes publiques. Toute perturbation de l’alimentation électrique pèse directement sur la compétitivité des entreprises et sur les finances de l’État.
Pour Kinshasa, sécuriser le courant revient donc à sécuriser le budget.
Trois axes pour structurer l’offre
La feuille de route gouvernementale s’articule autour de trois piliers : une planification rigoureuse des besoins énergétiques par bassin minier ; le développement de partenariats public-privé pour mobiliser des capitaux ; une intégration accrue des énergies renouvelables pour un approvisionnement durable.
« Nous voulons bâtir un système résilient, capable d’accompagner la transformation locale de nos ressources », a expliqué le ministre.
L’idée est de combiner grands barrages, mini-centrales et solutions solaires ou hybrides, afin de diversifier les sources et réduire la dépendance aux importations d’énergie.
Au-delà de la technique, l’initiative relève d’un choix stratégique : faire de l’énergie un moteur d’industrialisation plutôt qu’un frein. Stabiliser l’électricité doit permettre d’attirer davantage d’investissements, d’encourager la transformation locale des minerais et de renforcer la souveraineté économique.
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