Le ministre des Finances doit s’expliquer. Pas de bouc émissaire.
Depuis deux semaines, les agents et fonctionnaires de l’Etat se plaignent du retard enregistré dans leur paie du premier mois de l’année. Les chiffres affichés dans le plan de trésorerie de l’Etat à fin janvier 2026 sont clairs : le ministre des Finances, en sa qualité d’ordonnateur principal, a opéré un choix délibéré de privilégier d’autres dépenses à la place des salaires alors que les recettes mobilisées au cours du mois de janvier 2026 auraient pu les couvrir. Ci-dessous le topo :
1. Une contreperformance en matière de mobilisation des recettes
Le ministère des Finances a mobilisé 1.632,10 milliards de CDF contre des prévisions de 1.895,56 milliards, soit un taux de réalisation de 86,10 % traduisant une contreperformance au niveau des recettes fiscales et non fiscales. Cette situation est à mettre au compte d’une lenteur dans les exportations du cobalt et d’une léthargie dans la mise en œuvre de la réforme sur la facture normalisée qui aurait pu booster la TVA et renflouer les caisses de l’Etat.
2. Une explosion des dépenses autres que celles contraignantes
A fin janvier 2026, les dépenses publiques se sont élevées à 2.628,23 milliards de CDF contre des prévisions de 2.567,57 milliards de CDF, soit un taux de réalisation de 103,9 % alors que les salaires n’ont été payés qu’à concurrence de 36,8 %. Pendant ce temps, des dépassements ont été observés dans des rubriques non contraignantes à l’instar des autres dépenses courantes, des transferts aux provinces ou des dépenses en capital, avec des taux de réalisation respectifs de 129,4 %, 739,7 % et 161,6 %. Le ministre des Finances, en sa qualité d’ordonnateur principal, est donc le seul responsable de cette hiérarchisation à l’envers des dépenses qui exercent un effet d’éviction sur la paie des agents et fonctionnaires de l’Etat
Aussi, faudrait-il noter que, malgré la modicité des recettes mobilisées à fin janvier 2026 (1.632,10 milliards de CDF), elles auraient pu couvrir la totalité de la paie des salaires à travers la République durant le mois comme le prévoient les textes en la matière, évitant tout glissement à l’origine de la tension observée.
En revanche, un œil averti aura remarqué que les dépenses effectuées (2.628,23 milliards de CDF), notamment grâce à des emprunts (un peu plus de 1.000,0 milliards de CDF), représentent le double de l’enveloppe salariale. Dès lors, incriminer la Banque Centrale du Congo autrice du raffermissement et de la stabilité du Franc Congolais relève de l’absurde et de la fuite en avant.
Le ministre des Finances devrait se justifier au lieu de chercher un bouc émissaire.
Léon Engulu III
Cabinet de Conseil LECC

