Le signal vient de Dubaï. Il est clair. La République démocratique du Congo et quatre de ses voisins ont décidé de s’attaquer à l’un des verrous les plus coûteux du commerce africain : la lenteur aux frontières. Pendant des décennies, les camions ont attendu. Les marchandises ont pourri. Les économies ont perdu. Cette inertie n’était pas une fatalité. Elle était un choix par défaut. Elle ne l’est plus.
La réunion technique entre la RDC, la Zambie, le Mozambique, le Zimbabwe et le Botswana marque un basculement. Pour la première fois, ces États abordent la question logistique comme une urgence stratégique, non comme un dossier technique secondaire. Construire des postes frontaliers à arrêt unique, les digitaliser, harmoniser les procédures : ces décisions sont concrètes. Elles traduisent une volonté de transformer les corridors commerciaux en artères de croissance.
L’enjeu est immense. Aujourd’hui, traverser certaines frontières africaines coûte plus cher que traverser des océans. Les délais absurdes pénalisent les producteurs, découragent les investisseurs et renchérissent les prix pour les consommateurs. Réduire un trajet de plusieurs semaines à quelques jours ne relève pas de la performance logistique. C’est une révolution économique silencieuse.
La RDC, longtemps perçue comme enclavée malgré son immensité, prend ici une initiative lucide. Elle comprend que la compétitivité ne se décrète pas dans les discours. Elle se construit sur l’asphalte, dans les douanes, dans la fluidité des procédures. Le commerce intra-africain restera marginal tant que les frontières seront des obstacles plutôt que des passerelles.
Ce projet s’inscrit dans la logique de la ZLECAF. Sans infrastructures, la zone de libre-échange n’est qu’une promesse. Avec elles, elle devient un marché réel. En s’alliant à ses voisins et à des partenaires capables de financer et d’exécuter, Kinshasa envoie un message : l’intégration régionale ne se fera pas seule. Elle se construit par des coalitions pragmatiques.
Reste l’essentiel : passer des annonces aux chantiers. L’Afrique regorge de projets lancés puis oubliés. La crédibilité de cette initiative dépendra de sa mise en œuvre rapide, transparente et coordonnée. Les populations jugeront sur les résultats, pas sur les communiqués.
L’histoire économique est sans pitié pour les pays qui tardent. Les routes commerciales se déplacent. Les chaînes d’approvisionnement se redessinent. Ceux qui n’ouvrent pas leurs frontières se retrouvent contournés. Ceux qui les modernisent deviennent incontournables.
La RDC a choisi de ne plus subir la géographie mais de l’exploiter. C’est un choix courageux. C’est surtout un choix rationnel. L’Afrique ne manque ni de ressources ni de marchés. Elle manque de vitesse.
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