En six mois, le ministère des Hydrocarbures a changé de rythme. Depuis sa prise de fonctions le 13 août 2025, la ministre d’État Acacia Bandubola Mbongo imprime une marque faite de diplomatie offensive, de réformes fiscales structurantes et d’actions de terrain assumées. Désignée vice-présidente du Conseil des ministres de l’Organisation des pays producteurs de pétrole africain (APPO) à Brazzaville, elle a porté un plaidoyer liant contenu local, paix et souveraineté. Sur le plan interne, la fin d’exonérations jugées injustifiées et le renforcement des contrôles ont provoqué une hausse spectaculaire des recettes pétrolières, culminant à 423,5 milliards de CDF en 2025. Modernisation des infrastructures, sécurité des installations, banque de données pétrolières et révision de la loi sectorielle : Acacia Bandubola a joué sa belle partition par une gouvernance crédible et compétitive d’un secteur clé pour la souveraineté énergétique.
Le 13 août 2025, Acacia Bandubola Mbongo prenait les rênes d’un portefeuille stratégique : les Hydrocarbures. Six mois plus tard, la ministre d’État revendique un cap clair : souveraineté énergétique, assainissement des circuits et attractivité renforcée, au service de la vision portée par le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Diplomatie pétrolière : visibilité continentale
Dès ses premiers mois, la ministre a projeté la RDC sur la scène africaine. À Brazzaville, lors de la 48e session de l’Organisation des pays producteurs de pétrole africain (APPO), elle a été désignée vice-présidente du Conseil des ministres. Au-delà du symbole, elle a articulé un message politique : « La richesse pétrolière doit être un levier de croissance durable et non un terreau de conflit. » Devant ses pairs, elle a relié le développement du contenu local à l’impératif de la paix, dénonçant l’agression rwandaise et appelant à une exploitation responsable des ressources.
Terrain et traçabilité : l’offensive anti-fraude
Refusant une gestion à distance, la ministre a multiplié les missions d’inspection. Dans l’espace Grand Katanga, à Lubumbashi et Kolwezi, elle a mobilisé la FEC ainsi que les services publics : DGDA et OCC, pour intensifier la lutte contre la fraude et améliorer la traçabilité des produits pétroliers. L’objectif est double : maximiser les recettes de l’État et sécuriser la chaîne de valeur.
Dans le Grand Kasaï (Mbuji-Mayi, Mweneditu, Kabeya-Kamwanga), des sites ont été identifiés pour de nouveaux centres de stockage et des stations modulaires afin de résorber les pénuries chroniques. Au Kongo Central, à Moanda, la ministre a inspecté les installations de Perenco onshore et offshore, puis annoncé la modernisation du pipeline reliant les zones de distribution à Matadi, un outil jugé vétuste et stratégique.
Prix à la pompe et sécurité : fermeté assumée
À Kinshasa, elle a veillé à l’application de la baisse des prix à la pompe : 2 440 francs pour l’essence, présentée comme un soulagement pour les ménages. Parallèlement, la sécurité a été érigée en ligne rouge. Après l’incendie d’une station-service à Masina en janvier 2026, l’agrément de l’établissement a été retiré pour non-respect des normes. « Les opérateurs économiques doivent comprendre que la sécurité n’est pas une option », a-t-elle déclaré. Des mesures similaires ont suivi l’incident du 3 février 2026 à Sokopao (Limete), où un dépôt a pris feu à la suite d’un manquement grave aux règles de sécurité.
En janvier 2026, elle a également pris part à une mission interministérielle du gouvernement conduit par Judith Suminwa Tuluka pour traiter le différend entre la SEP Congo et l’OVD sur l’élargissement de l’avenue Lumumba. La ministre a plaidé pour la modernisation de l’axe routier, tout en soulignant les impératifs de sécurité liés à la présence d’importants sites de stockage.
Réforme fiscale : rupture chiffrée
Le tournant majeur reste financier. Selon un communiqué du ministère des Finances du 20 janvier 2026, la réforme de la dépense fiscale pétrolière, amorcée et cristallisée par la loi de finances 2025, a mis fin à des exonérations jugées injustifiées au profit de sociétés minières et de leurs sous-traitants. Une brèche qui aurait coûté 1,6 milliard USD en 2022 et 1,1 milliard USD en 2023.
Dès la fin juillet 2025, l’application stricte de la réforme, couplée à l’intensification du marquage moléculaire et aux contrôles de la brigade pétrolière anti-fraude, a produit des effets spectaculaires : les recettes mobilisées par la DGDA ont progressé de plus de 1 700 %. De janvier à juillet 2025, elles plafonnaient autour de 4 milliards de CDF par mois ; elles ont bondi à 63,6 milliards en août, puis à 93,8 milliards en septembre. L’année s’est clôturée à 423,5 milliards de CDF, confirmant une rupture structurelle.
Cap sur l’avenir : données, loi et transition
La stratégie intègre la transition énergétique, avec l’inauguration du nouveau parc de gaz de pétrole liquéfié (GPL) JPL à la SOCIR, renforçant les capacités de stockage et la logistique. Surtout, une banque de données pétrolières moderne est en cours de mise en place, une première nationale. Collecte, centralisation et sécurisation des données doivent doter l’État d’un outil stratégique indispensable à l’attribution transparente des blocs et à l’attractivité auprès d’investisseurs exigeant des informations fiables.
Parallèlement, la révision de la loi portant régime général des Hydrocarbures est engagée. L’ambition affichée : offrir un cadre moderne et équilibré, protégeant les intérêts de l’État tout en rassurant les partenaires nationaux et internationaux. « Structurer l’information, c’est structurer l’avenir énergétique du pays », résume l’entourage ministériel.
Une méthode et un pari
En six mois, Acacia Bandubola aura combiné diplomatie, contrôle et réforme normative. Les chiffres attestent d’un redressement rapide des recettes ; les chantiers ouverts : infrastructures, données, cadre légal, dessinent une transformation plus profonde. Reste le défi de la constance : consolider les gains, maintenir la discipline dans la chaîne logistique et convertir l’embellie financière en investissements durables au service de la souveraineté énergétique de la RDC.
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