À Bandundu, la 13ᵉ Conférence des gouverneurs s’affirme comme un tournant dans la coordination entre Kinshasa et les provinces. Sous la conduite de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, le gouvernement appelle à une implication accrue des exécutifs provinciaux dans les projets structurants, notamment dans l’agriculture, le développement rural et le recensement national. Sur fond de bilan jugé globalement positif des recommandations antérieures, l’exécutif met en avant une stratégie visant à renforcer l’autonomie alimentaire et à accélérer la transformation économique du pays.
La 13ᵉ Conférence des gouverneurs, réunie à Bandundu, chef-lieu de la province du Kwilu, a poursuivi ses travaux mercredi 25 mars 2026 sous la présidence de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, en sa qualité de vice-présidente de cette instance de concertation entre le gouvernement central et les provinces. Au cœur des échanges : la nécessité d’impliquer davantage les exécutifs provinciaux dans la mise en œuvre des projets structurants de développement local.
Dès l’ouverture de cette deuxième journée, la Conférence a procédé à la validation des mandats des gouverneurs ou de leurs représentants, avant de se pencher sur l’évaluation des recommandations issues de la 12ᵉ session tenue en juin 2025 à Kolwezi. Selon le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, qui assure également le rôle de rapporteur, « 74 % des recommandations ont été exécutées de façon générale », couvrant des secteurs clés tels que l’éducation, la santé, la gouvernance et les projets structurants, notamment le programme de développement local des 145 territoires.
Ce bilan jugé globalement positif n’occulte pas les défis persistants. Le rapporteur a relevé des contraintes financières, administratives, techniques et sécuritaires, particulièrement dans la partie Est du pays, qui continuent de freiner la mise en œuvre complète des engagements pris.
Dans le prolongement de cet état des lieux, les travaux ont été articulés autour du thème central de cette session : la transformation du secteur agricole, halieutique et pastoral ainsi que le développement rural et leur connexion aux marchés urbains. Une orientation stratégique qui s’inscrit dans la vision présidentielle de « la revanche du sol sur le sous-sol ».
Intervenant sur ce volet, le ministre d’État en charge de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi, a présenté les principaux leviers pour atteindre l’autonomie alimentaire. Il a notamment pointé l’urgence de réhabiliter le système de production des semences. « 95 % des infrastructures de production de semences sont dans un état de délabrement très avancé », a-t-il alerté, plaidant pour la création de centres d’appui et de production des services agricoles dans chaque province.
Le ministre a également insisté sur la nécessité de développer une production nationale de fertilisants, de renforcer la mécanisation agricole et d’intégrer davantage le secteur privé dans les stratégies de production. À ces piliers s’ajoutent des enjeux liés au stockage, à la transformation et à la commercialisation des produits agricoles, considérés comme essentiels pour structurer la chaîne de valeur.
Au-delà des aspects techniques, Muhindo Nzangi a souligné l’importance de réformes profondes, notamment en matière de gouvernance agricole, de financement du secteur et d’accès aux terres, tout en dénonçant les entraves liées aux tracasseries fiscales.
Sur le volet du développement rural, le ministre d’État Grégoire Mutshaïl a insisté sur l’urgence d’améliorer les conditions de vie des populations rurales, majoritaires dans les provinces. « Si on n’arrive pas à donner de l’eau à boire à cette population, nous aurons failli à notre mission », a-t-il déclaré, appelant à une implication directe des gouverneurs dans cette dynamique.
Dans le même esprit, le projet de revitalisation du milieu rural, en appui au programme de développement local, a été présenté comme un levier pour lutter contre l’exode rural et renforcer l’attractivité des territoires.
Par ailleurs, la question du deuxième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH2) s’est invitée aux discussions. Le ministre d’État au Plan, Guylain Nyembo, a exhorté les gouverneurs à s’approprier ce processus, le qualifiant de « grand projet d’intérêt stratégique pour la planification du développement durable ». Il a appelé les provinces à jouer un rôle actif dans la sensibilisation des populations et la sécurisation des opérations.
Les travaux, entamés le 24 mars, se poursuivent jusqu’au 28 mars, avec l’ambition de consolider les bases d’un développement inclusif ancré dans les réalités locales.
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