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28 avril, 2026 - 00:05:33
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Sous-traitance en RDC : la régulation accélère, les PME congolaises gagnent du terrain

La transformation est nette, les chiffres parlent. En République démocratique du Congo, la sous-traitance s’impose progressivement comme un levier structurant de création de richesse et d’emplois. Portée par une volonté politique affichée et une régulation renforcée, elle passe d’un secteur marginal à un moteur économique en construction. En trois ans, son volume d’affaires a été multiplié, révélant l’ampleur d’un potentiel longtemps sous-exploité. Mais derrière ces avancées, les défis restent réels : respect des règles, assainissement du marché, équilibre entre attractivité des investissements et promotion des opérateurs locaux. Lors d’un briefing spécial presse, le directeur général l’Autorité de régulation de la sous-traitance (ARSP), Miguel Kashal, a, aux côtés du ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, dressé un état des lieux précis, entre résultats tangibles, mesures correctives et perspectives. Au cœur de cette dynamique : une ambition assumée, celle de structurer une classe moyenne congolaise à partir de l’économie réelle.

La République démocratique du Congo reconfigure progressivement son modèle économique à travers la régulation de la sous-traitance. Lundi, à Kinshasa, le Directeur général de l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP), Miguel Kashal Katemb, a présenté, aux côtés du ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya Katembwe, un état des lieux détaillé d’un secteur désormais placé au cœur de la stratégie de développement national.

Dès l’entame, le ton est donné : la sous-traitance n’est plus un segment périphérique, mais un outil central de création de valeur. « Nous sommes dans une politique de redevabilité, étant donné que la sous-traitance tient à cœur le chef de l’État afin de développer la chaîne de valeurs, avec pour conséquence la création massive d’emplois », a déclaré Miguel Kashal. L’objectif est clair : contribuer à la promesse présidentielle de plus de six millions d’emplois.

Une progression rapide, malgré un contexte contraint

Les chiffres illustrent une mutation rapide. En 2022, le volume d’affaires de la sous-traitance ne dépassait pas 300 millions de dollars. Une situation jugée « inacceptable » au regard du poids du secteur minier dans l’économie nationale.

En l’espace d’un an, la tendance s’est inversée. « En 2023, nous sommes passés à plus de 2 milliards de dollars, ce qui démontre l’impact de la vulgarisation menée auprès des parties prenantes », a expliqué le DG de l’ARSP. La dynamique s’est confirmée en 2024, avec un niveau supérieur à 2,4 milliards de dollars.

L’année 2025 marque toutefois un recul, avec un volume estimé à plus de 1,7 milliard de dollars. Une baisse que les autorités attribuent au contexte sécuritaire. « Cette diminution est notamment liée à la guerre d’agression », a précisé Miguel Kashal, soulignant néanmoins la résilience globale du secteur.

Autre indicateur clé : la répartition du marché. La règle des 51 % pour les Congolais contre 49 % pour les expatriés commence à produire ses effets. Elle vise à garantir une participation majoritaire nationale dans les activités de sous-traitance, condition essentielle à l’émergence d’un tissu entrepreneurial local.

Assainir le secteur pour protéger la chaîne de valeur

Au-delà des performances, l’ARSP insiste sur la nécessité de mettre fin aux pratiques déviantes. Plusieurs contrôles ont révélé des irrégularités, notamment la présence d’entreprises ne respectant pas les critères d’éligibilité.

« La loi est claire : la sous-traitance est réservée aux sociétés à capitaux majoritairement congolais. Si cette règle n’est pas respectée, l’entreprise n’est pas éligible », a rappelé le DG de l’ARSP. Dans certaines provinces, comme le Kongo Central, des structures opéraient sans participation congolaise effective, en violation directe de la réglementation.

Dans cette logique d’assainissement, des mesures fortes ont été prises. Pas moins de 408 opérateurs cimentiers ont été radiés pour non-conformité. Une décision qui illustre la volonté de restaurer l’ordre dans un secteur longtemps marqué par l’opacité.

Le domaine minier, principal moteur de l’économie, a été ciblé en priorité. « Nous avons commencé par là parce que c’est là où il y avait le plus de désordre », a reconnu Miguel Kashal. Certaines sociétés principales s’étaient arrogé des activités relevant de la sous-traitance, réduisant l’espace économique des opérateurs locaux.

Encadrer les activités pour préserver les PME

L’ARSP a également clarifié les règles du jeu en matière d’activités autorisées. Les entreprises minières ne peuvent plus commercialiser certains intrants stratégiques, tels que l’acide sulfurique, la chaux vive ou le charbon.

« Une société minière a pour objet la production et la commercialisation des minerais. Elle ne peut pas exercer des activités secondaires au détriment des sous-traitants », a insisté le DG de l’ARSP.

Ces activités doivent être confiées à des entreprises spécialisées, disposant du statut de sous-traitant. « Nous avons demandé aux sociétés principales de travailler avec des maisons de distribution ayant qualité de sous-traitant », a-t-il précisé.

Cette orientation vise à structurer une véritable chaîne de valeur, où chaque acteur occupe une place définie, favorisant ainsi l’émergence de PME congolaises compétitives.

Une réforme progressive, entre rigueur et climat des affaires

Conscientes des enjeux, les autorités affirment avancer avec méthode. « Nous y allons méthodiquement, en tenant compte du climat des affaires », a souligné Miguel Kashal. L’objectif est d’éviter toute rupture brutale, tout en garantissant l’application stricte de la loi.

Le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a, pour sa part, replacé cette réforme dans une dynamique plus large de gouvernance économique et de redevabilité. La sous-traitance est présentée comme un levier de souveraineté économique et de redistribution des richesses.

Dans cette perspective, la transparence devient un impératif. L’ARSP met désormais à disposition des statistiques détaillées, accessibles par secteur et par province. « Ces données sont vérifiables. Cela n’a jamais existé dans ce pays », a insisté son directeur général.

Vers l’émergence d’une classe moyenne congolaise

Au-delà des chiffres, l’enjeu est structurel. Il s’agit de faire de la sous-traitance un moteur d’industrialisation et de création d’emplois durables. « Ensemble, dans cet écosystème entrepreneurial, nous pouvons atteindre l’indépendance économique voulue par le Président de la République », a affirmé Miguel Kashal.

La trajectoire engagée reste fragile, mais elle marque une rupture avec le passé. Entre assainissement du secteur, montée en puissance des opérateurs locaux et structuration des chaînes de valeur, la sous-traitance apparaît désormais comme un levier stratégique pour bâtir une classe moyenne congolaise.

Reste à consolider ces acquis. Car, au-delà des intentions, c’est la capacité à maintenir la rigueur, à garantir l’équité et à produire des résultats tangibles qui déterminera la crédibilité de cette réforme dans la durée.

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