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Accord de partenariat stratégique : pilier du protectorat américain [Tribune de Freddy Mulumba Kabuayi]

Après trente ans de guerres d’occupation, de pillages systématiques et de tragédie humaine dans l’Est, la République Démocratique du Congo et les États-Unis ont scellé en décembre 2025 un partenariat stratégique inédit. Qualifié de « deal minerais contre sécurité », voulu par les présidents Trump et Tshisekedi, cet accord fait de la RDC un protectorat américain de facto – le moindre mal, certes, mais un tournant décisif. Il met fin à l’impunité des réseaux mafieux et des armées étrangères, sécurise les ressources critiques du pays, et impose le respect de son intégrité territoriale. En assumant ce leadership, Washington offre à Kinshasa le cadre militaire et juridique pour restaurer la paix, briser la balkanisation et tourner la page de trente ans d’holocauste congolais. 

Tribune.

Pour mettre fin à trente ans de guerre d’occupation, de pillage et à l’holocauste congolais, huit documents ont sanctionné de longues périodes de négociations entre Congolais, Rwandais et médiateurs nationaux et internationaux, à savoir : Déclaration conjointe de la RDC et du Rwanda à l’occasion de l’établissement des Accords de Washington pour la paix et la prospérité, signée le 4 décembre 2026 ; Déclaration de principes du 25 avril 2025 ; Accord de partenariat stratégique entre les USA et la RDC ; Accord de paix entre la RDC et le Rwanda du 4 décembre 2025 ; Cadre d’intégration économique régionale du 4 décembre 2025 ; Accord-cadre de Doha pour un accord de paix global entre la RDC et l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), du 15 novembre 2025 ; Déclaration conjointe des États-Unis et de la Commission européenne concernant le corridor de Lobito et les investissements dans la région des Grands Lacs, du 4 décembre 2025.

Parmi ces documents, l’Accord de partenariat stratégique entre les États-Unis et la RDC fait de la RDC un protectorat américain. Il ne s’agit pas d’un plan de développement de la RDC concocté par les USA.

Qualifié de « deal », l’accord « minerais contre sécurité », voulu par les présidents Trump et Félix Tshisekedi, est axé sur le secteur des minerais stratégiques et critiques. Celui-ci s’inscrit dans le cadre de la compétition technologique et commerciale entre la Chine et les USA pour la répartition des sphères d’influence entre grandes puissances.

Dans cet accord de partenariat, le secteur minier constitue le pilier principal. Pour les États-Unis, il est urgent de mettre de l’ordre dans l’extraction et l’exportation des minerais stratégiques et critiques pour le bien-être des peuples congolais et américain. Ce secteur doit fonctionner « conformément à la loi et avec intégrité, responsabilité et transparence, et garantir que les ressources minérales sont exploitées de manière responsable pour le bénéfice à long terme du peuple congolais ainsi que du peuple des États-Unis d’Amérique ».

Ce nouveau partenariat accorde à la RDC la possibilité de « diversifier ses partenariats, toujours dans le respect des intérêts du peuple congolais, en construisant des partenariats mutuellement bénéfiques qui tirent parti de sa dotation géologique inégalée et l’élargissent afin d’accélérer davantage son développement économique par la transformation industrielle, pour une prospérité accrue du peuple congolais ».

Le grand tournant

Cette prise de position des USA par rapport aux minerais congolais est une conséquence de la coopération sino-congolaise. En 2008, l’État congolais, sous la présidence de Joseph Kabila, à travers la Gécamines et un groupement d’entreprises chinoises (GEC), a signé une joint-venture qui a créé la Société Congolaise des Mines (SICOMINES SA), dans laquelle les entreprises détiennent 68 % du capital et la Gécamines 32 %. Cette société de droit congolais a une double mission : exploiter un projet minier et financer des projets d’infrastructures en RDC. Selon l’Inspecteur général de l’Inspection générale des finances, il ne s’agit pas d’un accord « minerais contre infrastructures », mais d’une exonération contre infrastructures. En d’autres termes, au lieu de payer des taxes et des impôts à l’État congolais, la SICOMINES finance les projets d’infrastructures présentés par le gouvernement, exécutés par des sociétés chinoises.

Par ailleurs, les désordres qui se sont installés dans le secteur minier congolais profitent à certaines sociétés chinoises, occidentales et à d’autres acteurs mafieux qui échappent au contrôle des États-Unis, malgré certaines sanctions du Département du Trésor américain. Mettre de l’ordre dans le secteur minier congolais devient ainsi une nécessité pour la sécurité nationale américaine.

Cependant, l’importance accordée aux minerais critiques congolais replace le Congo au centre des enjeux géopolitiques mondiaux. Ignorée par l’administration Biden, qui avait déjà fait le choix de l’Angola et du Kenya comme alliés en Afrique centrale et dans la région des Grands Lacs, la RDC est de retour sur la scène géopolitique mondiale grâce à l’administration Trump. L’accord de partenariat stratégique est clair : les États-Unis d’Amérique reconnaissent « le rôle central de la République démocratique du Congo en Afrique australe et centrale et son intégration future dans un marché régional de plus de 600 millions d’habitants à court terme ». Bref, l’établissement d’un partenariat stratégique entre Kinshasa et Washington reflète le nouveau rôle central de la RDC en Afrique.

Pendant plus de trente ans, les minerais congolais ont été pillés par plusieurs multinationales sous le regard de la communauté internationale. Ces pillages ont profité à des sociétés chinoises, russes, arabes, asiatiques et occidentales, à la faveur des guerres d’agression et d’occupation rwandaises et ougandaises.

La signature de ce partenariat stratégique donne aux sociétés américaines l’opportunité d’investir en RDC. Cela exige une sécurité militaire et juridique. En d’autres termes, il faut mettre fin à ces guerres de pillage. D’abord, une coopération en matière de sécurité et de défense est relancée entre les deux pays afin de stabiliser et de restaurer l’autorité de l’État sur toute l’étendue du territoire congolais. En bref, la RDC doit retrouver son intégrité territoriale et sa souveraineté. Les frontières héritées de la Conférence de Berlin doivent être respectées.

Bien que cet accord de partenariat stratégique soit bénéfique pour les sociétés américaines, il présente deux mérites. Le premier fait de la RDC, de facto, un protectorat américain, comme l’écrit Andrew Korybko (20 décembre 2025). Ainsi, les porteurs du projet de balkanisation de la RDC n’ont pas d’autre choix que de le mettre de côté, malgré les illusions fédéralistes de la rébellion AFC/M23, soutenue par le Rwanda, l’Ouganda et certains acteurs anglo-saxons qui rêvent encore d’une balkanisation pacifique du Congo. Le deuxième mérite de cet accord réside dans la perspective de mettre fin à trente ans de pillage des richesses du Congo et aux massacres des populations congolaises par les armées rwandaise et ougandaise, avec la complicité de certaines puissances occidentales et de leurs multinationales.

De toute façon, l’accord de partenariat stratégique entre la Rdc et les Usa reste le moindre mal. D’ailleurs, les minerais congolais étaient sans qu’aucune institution ou grandes puissances dénoncent. Seul l’Amérique a eu le courage et la volonté de mettre fin au drame congolais. Entre deux maux, on choisit le moindre mal, dit-on. Ce qu’on appelle le réalisme.

Freddy Mulumba Kabuayi

Politologue

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