Il est des victoires qui dépassent le tableau d’affichage. Celle des Léopards face à l’Ouzbékistan en est une. Trois buts à un. Une qualification historique pour les seizièmes de finale de la Coupe du monde. Mais surtout une nation qui retrouve confiance. Cinquante-deux ans après 1974, la République démocratique du Congo renoue avec son destin footballistique.
Le football ne résout ni les crises ni les difficultés d’un pays. Pourtant, il accomplit parfois ce que peu d’institutions réussissent : rassembler un peuple autour d’une même émotion.
C’est exactement ce qui s’est produit.
De Kinshasa à Lubumbashi, de Kisangani à Goma, les Congolais ont célébré une même victoire. Les clivages se sont effacés. Les différences se sont tues. Pendant quelques heures, il n’y avait qu’un seul drapeau, un seul maillot, une seule fierté.
Cet exploit récompense une génération talentueuse qui a su surmonter une préparation perturbée par l’épidémie d’Ebola. Il traduit aussi un engagement politique assumé. Le président Félix Tshisekedi a choisi d’être le premier supporter des Léopards. Sa présence, son soutien constant et sa confiance ont rappelé qu’une nation grandit aussi par le sport, puissant facteur de cohésion et de rayonnement.
Certes, le football ne remplace pas les politiques publiques. Mais un pays a besoin de symboles autant que de résultats. Les grandes nations l’ont compris. Elles investissent dans le sport parce qu’il forge la confiance collective et nourrit l’ambition.
Les Léopards ne se sont pas seulement qualifiés. Ils prolongent l’héritage de Kazadi, Kibonge, Pierre Ndaye Mulamba, Kakoko et des héros de 1974. Aujourd’hui, Wissa, Mbemba, Tuanzebe, Masuaku, Wan-Bissaka, Moutoussamy, Elia, Mayele et leurs partenaires écrivent, à leur tour, une page majeure de cette histoire.
Face à l’Angleterre, le défi sera immense. Mais l’essentiel est déjà acquis. Les Léopards ont rendu aux Congolais une part de leur confiance et rappelé au monde que la RDC demeure une terre de football.
Cette qualification ne doit pas rester un exploit isolé. Elle doit ouvrir une nouvelle ambition pour le sport congolais. Car le rendez-vous avec l’Angleterre décidera d’un résultat. Celui avec l’histoire est, lui, déjà honoré.
Pitshou Mulumba

