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6 juillet, 2026 - 18:48:24
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CENCO : l’état d’ecclésiastique ne devrait pas servir de paravent pour faire passer ses propres intérêts

Les analyses vont dans tous les sens au sujet du message de la CENCO du 20 juin 2026. Le clergé catholique n’est pas aussi en reste. Mais à tout prendre, ce message constitue le parfait exemple d’une structure qui se trompe sur tout : sur sa nature, son rôle et les conséquences historiques de son «combat» qui n’a rien de pastoral. Aucun texte ne fait de la CENCO un acteur devant intervenir dans la recherche des solutions en vue de maintenir ou de rétablir la paix en RDC. Lui appartient-elle de se prononcer sur la nécessité ou l’opportunité d’une révision constitutionnelle que ne le feraient les autorités publiques congolaises dans la décision du Vatican de béatifier ou de canoniser tel ou tel autre Congolais ? Pourquoi demander au président de la République d’honorer son serment prêté devant Dieu, alors que les évêques avaient refusé d’assister à la cérémonie y relative où se trouverait Dieu pour recevoir ledit serment ? Aussi, convient-il de souligner ce manque de prudence et de circonspection dans le choix des mots dans un document officiel. Il va donc sans dire que l’état d’ecclésiastique ne devrait pas servir de paravent pour faire passer ses propres intérêts. 

Décryptage du message de la CENCO, intitulé «La nation est en péril !» 

1. «Mus par notre sollicitude pastorale (…) en vue d’apporter notre contribution à la consolidation de la paix et de l’unité nationale en RD Congo» 

C’est l’exemple classique d’une organisation qui ignore sa raison d’être et ses objectifs. L’Eglise, et encore moins une conférence épiscopale, n’a pas vocation à rétablir l’unité nationale ou à consolider la paix.

Au sein de l’Eglise catholique, il existe, par exemple, la Communauté San Egidio, une ASBL dédiée notamment à œuvrer en faveur de la paix dans le monde. Elle travaille avec les organisations internationales et les gouvernements des pays impliqués dans des conflits et aussi là où existe des tensions telles que la paix y est menacée. Elle collabore avec les autorités, car elle reconnaît que c’est à elles que revient la charge de maintenir la paix.

Dans un Etat de droit, la vie politique est caractérisée par l’existence de lois que tous les citoyens, sans exception, sont censés respecter et auxquelles ils doivent conformer leur conduite. Ni la Constitution du 18 février 2006, ni le Droit canon, et encore moins l’Accord-Cadre entre le Vatican et la RDC du 16 mai 2016, alors aucun texte ne fait de la CENCO un acteur, à quelque titre que soit, devant intervenir dans la recherche des solutions en vue de maintenir ou de rétablir la paix en RDC. Ce rôle appartient aux institutions légalement établies par les textes juridiques régissant le fonctionnement de la nation congolaise. Il peut arriver que ces dernières recourent à elle, mais cela ne fait pas d’elle l’acteur attitré. Et encore moins sa sollicitude pastorale.

L’Accord-Cadre entre le Saint-Siège et la RDC sur des matières d’intérêt commun est assez explicite en son article 1 : «Le Saint-Siège et la République Démocratique du Congo réaffirment que l’Église catholique et l’État sont, chacun dans son domaine, souverains, indépendants et autonomes, et déclarent s’engager, dans leurs relations, à respecter ces principes et à œuvrer ensemble pour le bien-être spirituel, moral, social, culturel et matériel de la personne humaine, ainsi qu’en faveur de la promotion du bien commun». Et le canon 455 limite l’objet des communications (décrets) des conférences épiscopales aux objets qui relèvent de leur compétence selon le droit de l’Eglise, ou sur autorisation du Vatican.

2. « Notre pays est toujours en guerre malgré les accords de paix » 

Le mot guerre est une notion juridique aussi bien en droit international qu’en droit interne. Dans l’un et l’autre cas, il s’agit d’un conflit armé opposant deux sujets de droit international. En 1967, Israël s’était battu avec trois nations arabes (Egypte, Jordanie et Syrie). Les belligérants étaient bien identifiés. Or, dans leur document, les évêques congolais de la CENCO s’abstiennent de nommer le pays contre lequel la RDC serait en guerre.

On est alors en droit de se demander comment ils comptent « apporter (leur) contribution à la consolidation de la paix et de l’unité nationale en RD Congo » s’ils ignorent contre qui ce pays est en guerre. Ils passent aussi sous silence les raisons profondes pour lesquelles celle-ci est attaquée depuis trois décennies, toutes les résolutions du Conseil de sécurité, ainsi que les rapports des Nations unies, voire ceux d’autres organisations internationales crédibles, y relatifs.

La solution miracle du «Pacte social pour le bien-vivre en RDC et dans les Grands Lacs» se révèle pour le moins une utopie. Comment un dialogue entre Congolais, dont certains sont à la solde du président Paul Kagame et reçoivent de lui des libéralités, et auquel le Rwanda ne va pas participer peut-il conduire au retrait de ses troupes en RDC ? N’est-ce pas une forme de «congolisation» de la crise comme par le passé, un retour à la case-départ ?

3. Changement de la Constitution 

La volonté de la majorité au pouvoir de changer la Constitution génère des tensions, avec trois conséquences : la mobilisation des moyens d’Etat pour ce faire, l’installation d’un climat de terreur contre les voix discordantes et une répression violente par la police des manifestations de l’opposition.

Utiliser les moyens de l’Etat, ce qui n’est pas évident parce qu’on n’y est pas encore, pour vulgariser une campagne en vue de réviser la Constitution – que les Congolais appellent tantôt changement tantôt modification – ne constitue pas une hérésie. Au contraire ! On imagine mal un particulier financer avec ses deniers une telle campagne ou un parti politique en assumer le coût avec les cotisations de ses membres. En 1964, les parlementaires congolais avaient séjourné à Luluabourg pendant le temps nécessaire aux travaux ayant abouti à l’adoption de la Constitution éponyme aux frais de la République.

Par ailleurs, il faut toujours faire preuve de prudence et de circonspection dans le choix des mots qu’on utilise dans un document officiel, car les mots ont un sens. Le mot «terreur» renvoie à des épisodes très sombres de l’humanité. D’après l’encyclopédie en ligne Wikipédia, la période, appelée la Terreur pendant la Révolution française, avait fait entre 35.000 et 40.000 morts. Il est difficile de soutenir la comparaison avec la situation en RDC à propos de l’agitation autour de la révision de la Constitution.

En ce qui concerne une répression violente de la police des manifestations de l’opposition, en l’occurrence le sit-in au Palais du Peuple le 12 juin, on espère que les évêques ont pu recouper leurs informations avec des sources indépendantes comme des ONG ou des observateurs neutres. A défaut, ils peuvent produire des rapports avec des noms, la nature des lésions ou des blessures, ainsi que les établissements de soins où les victimes ont été soignées. Sinon, nous tombons dans la délation et la diffamation, qui sont punies par la loi. Tel est le cas du rapport de la Commission justice et paix de la CENCO signé par Mgr Donatien Nshole alors qu’elle a un président qui, en cas d’indisponibilité, a un adjoint.

Un tel rapport, d’une structure au demeurant sous les ordres de l’Eglise, et signé de surcroît par un prélat réputé hostile au régime Tshisekedi peut-il être crédible, objectif et impartial ? Non. Le discrédit est venu, du reste, de son signataire lorsque, répondant à une question d’une journaliste en rapport avec des machettes détenues par certains partisans de l’opposition, il a affirmé, pince-sans-rire, que les moniteurs déployés sur le terrain étaient peu nombreux pour être partout et que, sans doute, ils n’ont pas bien vu !

4. «Nous ne voyons ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité du changement de la Constitution» 

L’Eglise du Congo sort de son domaine d’action. Il ne lui appartient pas de se prononcer sur la nécessité ou l’opportunité d’une révision constitutionnelle. On voit mal les autorités publiques congolaises critiquer la décision du Vatican de béatifier ou de canoniser tel ou tel autre Congolais selon les critères propres au droit de l’Eglise catholique.

En effet, en décembre 2023, le pape François a approuvé le document Fiducia Supplicans, permettant aux prêtres de bénir des couples de même sexe, tout en soulignant qu’il ne s’agissait en aucun cas d’un mariage ou d’une évolution de la doctrine catholique. Le cardinal Ambongo a pris la tête de la fronde africaine, déclarant que ces bénédictions ne seraient pas appliquées en Afrique pour éviter le « scandale ». Il s’est rendu à Rome et a adressé une lettre au pape pour lui faire part du refus catégorique des églises locales. Cette opposition a conduit à une concertation avec le pape et le Dicastère pour la Doctrine de la Foi. Il a été ainsi acté que l’Afrique constitue une exception et n’est pas contrainte d’effectuer ces bénédictions. Toutefois, ces bénédictions seraient appliquées ailleurs qu’en Afrique. Ce qui est une évolution dans la doctrine sociale de l’Eglise, même si l’Afrique s’y est inscrite encore en faux. Comment le cardinal Ambongo n’a pas obtenu carrément du pape la suppression de cette décision et penser qu’il peut s’imposer à l’Etat congolais, apparemment dans son domaine de souveraineté tel stipulé dans l’article 1 de l’Accord-Cadre précité ? Un véritable paradoxe : ce qui est à Dieu connaît une évolution et ce qui est à César !

5. «Dès ses origines, la CENCO défend constamment le respect de l’ordre constitutionnel comme gage du maintien d’une paix durable » 

Sans blague ! Dans une vidéo qui est visible sur les réseaux sociaux, on entend l’ancien président de la République, Joseph Kabila, revendiquer la paternité de la Constitution de 2006 et rappeler que parmi les opposants les plus farouches à son adoption, il y avait l’Eglise catholique. Celle-là même qui veut se faire passer aujourd’hui pour la gardienne du temple du respect de la Loi fondamentale.

Qu’est-ce qui a changé dans l’espace de vingt ans pour que la CENCO passe du statut de farouche opposant à ce texte à celui de son farouche défenseur ? Elle doit s’expliquer. C’est bien pour les fidèles catholiques qu’elle avait embarqués en son temps, en ce compris le peuple congolais.

6. La CENCO recommande au président de la République d’«honorer le serment qu’il a prêté devant Dieu et la Nation, celui de respecter et de défendre la Constitution promulguée en 2006. Agir autrement engagerait sa responsabilité personnelle et historique» 

L’honnêteté intellectuelle demande que l’on cite correctement une personne ou un texte sur lequel on prétend appuyer son argumentation. Le président de la République n’a jamais juré de «défendre et de respecter la Constitution promulguée en 2006». Le texte de son serment se trouve dans le corps même de la Constitution (article 74) et il est ainsi libellé :

« Moi…. élu Président de la République Démocratique du Congo, je jure solennellement devant Dieu et la nation : – d’observer et de défendre la Constitution et les lois de la République (…). Le texte ne mentionne pas expressément la Constitution de 2006.

En effet, outre la menace brandie par la CENCO, qui promet même des actions dont elle sera à l’initiative contre le président de la République, la lecture de leur message suggère que celui-ci s’était engagé à respecter la Constitution de 2006 telle qu’il l’avait trouvée. La mention de l’article 74 dans le texte des évêques est vicieuse, car ils essaient de lui faire dire ce qu’il ne dit pas. Ceci en ce qu’il existe une procédure pour la Constitution et elle est suivie. Quoi de plus normal qu’un référendum pour s’y atteler ? En janvier 2011, cette Constitution de 2006 avait fait l’objet de révision plutôt par voie parlementaire. Le régime Joseph Kabila avait évité la voie référendaire, de peur d’être recalé.

Aussi est-il besoin de rappeler qu’en droit, une personne qui a mal agi engage sa responsabilité civile ou pénale. Mais, pas personnelle et historique.

Par ailleurs, puisque les évêques rappellent que le président avait prêté serment devant Dieu, on peut difficilement s’empêcher de se demander pourquoi ils avaient refusé d’assister à la cérémonie de prestation de serment malgré l’invitation qui leur avait été adressée, alors qu’il savait que Dieu allait s’y trouver pour recevoir le serment du président qui venait d’être élu.

Donatien Nshole, alors abbé, avait tenu ces propos devant la presse : «Une invitation n’est pas une convocation». Le même prêtre s’était vanté d’avoir enregistré à leur insu les délégués des autres confessions religieuses lorsqu’ils avaient des réunions en vue de désigner le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Plus fondamentalement, le texte des évêques constitue le parfait exemple d’une structure qui se trompe sur tout : sur sa nature, son rôle et les conséquences historiques de son « combat » qui n’a rien de pastoral. L’histoire retiendra qu’à une époque, les évêques catholiques du Congo avaient quitté le champ de l’évangélisation pour investir celui de la politique, exactement comme on parle de la pédophilie, des malversations à la banque du Vatican ou encore des prêtres Sud-Américains qui s’étaient laissé séduire pour faire de la politique dans le cadre de la théologie dite de la libération dans les années 1980. On se souvient de l’image du pape Jean-Paul II, en 1983 au Nicaragua, admonestant le père Ernesto Cardenal Martinez qui exerçait la fonction de ministre de la Culture du gouvernement mis en place par le Front sandiniste.

L’état d’ecclésiastique ne devrait pas servir de paravent pour faire passer ses propres intérêts

Lors de son ordination, un prêtre prête un triple serment : de chasteté, de pauvreté et d’obéissance. Or, l’attitude de la CENCO peut s’analyser comme une désobéissance au pape François qui avait appelé le clergé à se concentrer sur sa mission pastorale qui est celle d’annoncer l’évangile.

Du point de vue du droit canonique 

Aux termes du canon 447 : « La conférence des Évêques, institution à caractère permanent, est la réunion des Évêques d’une nation ou d’un territoire donné, exerçant ensemble certaines charges pastorales pour les fidèles de son territoire, afin de mieux promouvoir le bien que l’Église offre aux hommes, surtout par les formes et moyens d’apostolat adaptés de façon appropriée aux circonstances de temps et de lieux, selon le droit.»

La conjonction de subordination « afin que » est censé focaliser les esprits sur le but des conférences des évêques : exercice collégial de certaines charges pastorales pour promouvoir le bien que l’Eglise offre aux hommes.

Lors de son passage à Kinshasa, l’ancien pape François avait rappelé à l’ordre le clergé catholique congolais et l’avait invité à ne pas se tromper de combat en ces termes : « Que n’entre pas (dans l’Eglise) l’esprit mondain qui nous fait interpréter le ministère selon les critères de nos intérêts lucratifs personnels, qui nous rend froids et détachés dans l’administration de ce qui nous est confié (…) ». Il avait, à cet effet, alors que le cardinal Ambongo ne s’était pas fait prier pour accuser publiquement le régime Tshisekedi en perspective des élections générales de décembre 2023, dénoncé la médiocrité spirituelle des religieux catholiques congolais qui se soucient plus de gérer les finances et quelques affaires avantageuses qui leur profitent en lieu et place de servir l’évangile.

Son représentant d’alors en RDC, Ettore Balestrero, ne mit non plus sa langue en poche fin juin 2023 à Lubumbashi à l’occasion de la 60ème Assemblée plénière de la CENCO, consécutive au 37ème Congrès de l’eucharistie qui eut lieu dans la même ville. Il déroula le message ci-après à l’intention de leurs Excellences : «Si nous voulons que notre vie soit fructueuse et que notre ministère porte des fruits, nous ne devons pas nous préoccuper des routes qui doivent être construites tout de suite, ni du genre du changement à obtenir dans le pays. Ceci d’autant qu’en réalité ledit changement ne dépendra pas de l’Eglise. Ce n’est pas nous les évêques, ce n’est pas nous les prêtres qui allons changer ce pays. Nous devons donner des principes pour que le pays puisse changer. Nous devons porter Dieu, amener Dieu à ce pays. Et une fois que Dieu est dans ce pays, celui-ci va changer. Si nous sommes très préoccupés par ce qui ne relève pas de nous et que nous n’avons pas le souci de faire ce qui relève directement de nous, il n’y aura personne pour faire ce que nous devons faire et par, conséquent, nous ne serons pas capables non plus de faire ce qui relève des autres. Nous perdons énormément d’énergie et nous allons nous éloigner de la perspective qui nous vient de Dieu, à savoir mettre Dieu au centre. C’est ce que l’Eglise est appelée à faire à travers le monde et en RDC».

Or, nous avons entendu les évêques de la CENCO se féliciter de ce que leur démarche, c’est-à-dire le tour de certaines capitales africaines en vue de ramener la paix dans la région des Grands Lacs, avait été saluée, notamment, par le président rwandais Paul Kagame. Celui-là même qui, non seulement a bâillonné l’opposition dans son pays où il règne en dictateur, mais qui est, en plus, cité dans différents rapports internationaux comme le responsable de l’insécurité à l’est de la RDC. Mgr Muteba est même allé jusqu’à confier que parmi les financiers de leurs pérégrinations figure le même Kagame.

Plus loin, dans la même homélie : « Non, le commerce, s’il vous plaît, laissons-le en dehors de la vigne du Seigneur ! Nous sommes des pasteurs du peuple, pas des hommes d‘affaires. » On pourrait ajouter « pas des politiciens ! »

Pour sa part, le canon 455 limite l’objet des communications (décrets) des conférences épiscopales aux objets qui relèvent de leur compétence selon le droit de l’Eglise, ou sur autorisation du Vatican. On doute que les évêques congolais soient en mesure de produire un document du Saint-Siège les habilitant à se substituer aux institutions de la République.

Quant aux articles éligibles à la révision de la Constitution, il sied de noter qu’au-delà de l’effervescence autour du changement ou de la modification de la Constitution congolaise, nul ne peut, à l’heure actuelle, présenter les articles dont la suppression est envisagée. En d’autres termes, la passion de cette effervescence ne repose sur rien de tangible. Pourtant, le sujet est sur toutes les lèvres au Congo, et même dans la diaspora.

Innocent Buyangu Ilunga (chercheur politologue, à Liège (Belgique) et Moïse Musangana (à partir de Fès, au Maroc)

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