La réflexion sur le développement de la République démocratique du Congo s’est enrichie, samedi à Kinshasa, d’un double apport scientifique porté par le professeur Modeste Bahati Lukwebo et le professeur émérite Jean Kambayi Bwatshia. Réunis à la Galerie La Fontaine devant un parterre d’universitaires, de chercheurs, d’étudiants et de responsables publics, les deux auteurs ont présenté respectivement « Fondamentaux des assurances et Banque » et « Faillite de la raison et raisons de la faillite dans l’obscurantisme de l’aujourd’hui ». Loin d’être deux publications indépendantes, ces ouvrages établissent un dialogue entre philosophie et économie autour d’une même ambition : démontrer que la qualité de la pensée, la confiance dans les institutions et la responsabilité collective constituent les conditions indispensables d’un développement durable. Les intervenants ont plaidé pour une société où la rationalité éclaire l’action publique, tandis que des institutions financières crédibles soutiennent la croissance et la stabilité économique.
Le professeur Modeste Bahati Lukwebo et le professeur émérite Jean Kambayi Bwatshia ont présenté, samedi, à la Galerie La Fontaine, dans la commune de la Gombe, deux ouvrages qui établissent un dialogue entre les fondements philosophiques et économiques du développement de la République démocratique du Congo. Organisée en collaboration avec le Centre de Recherche sur l’Histoire des Mentalités et l’Anthropologie Juridique « Eugemonia » ainsi que la Fondation Nicole Ntumba Bwatshia (FONIB), la cérémonie a réuni des députés, des sénateurs, des membres du Gouvernement, des recteurs d’universités, des chercheurs, des étudiants et plusieurs personnalités du monde académique.
Les invités ont découvert « Faillite de la raison et raisons de la faillite dans l’obscurantisme de l’aujourd’hui », publié aux éditions Eugemonia par le professeur émérite Jean Kambayi Bwatshia, ainsi que « Fondamentaux des assurances et Banque », édité par Le Lysbleu sous la plume du professeur Modeste Bahati Lukwebo.
Bien que relevant de disciplines différentes, les deux publications convergent vers une même problématique : les conditions intellectuelles, morales et institutionnelles nécessaires à la construction d’un État moderne, capable de soutenir une croissance durable et une gouvernance responsable.
Même interrogation sur les fondements de la société
Intervenant lors du vernissage, la professeure Nicole Ntumba Bwatshia a expliqué que le rapprochement entre ces deux ouvrages reposait sur une interrogation fondamentale.
« Qu’est-ce qui permet à une société de tenir debout ? », a-t-elle lancé devant l’assistance.
Selon elle, les deux auteurs abordent cette question sous des angles complémentaires. Le professeur Jean Kambayi Bwatshia s’intéresse aux fondements intellectuels des sociétés, tandis que le professeur Modeste Bahati Lukwebo examine leurs bases économiques.
« Le premier s’interroge sur les fondements intellectuels de la société. Le second s’intéresse à ses fondements économiques. L’un cherche à comprendre pourquoi les sociétés s’égarent lorsque la raison abdique devant l’obscurantisme. L’autre explique comment elles peuvent construire une économie solide grâce à des institutions financières crédibles », a-t-elle expliqué.
Cette complémentarité, a-t-elle souligné, traduit une vision commune selon laquelle le développement ne saurait être réduit à la seule exploitation des ressources naturelles, mais repose également sur la qualité de la pensée, des institutions et des comportements.
La raison comme socle de la confiance économique
Au cœur des échanges, les intervenants ont mis en évidence le lien étroit entre la rationalité et le fonctionnement des institutions financières.
« Il ne peut y avoir de banques solides sans confiance. Il ne peut y avoir d’assurances efficaces sans prévoyance. Et il ne peut y avoir ni confiance ni prévoyance lorsque la raison est remplacée par l’irrationnel ou l’irraison », a affirmé la professeure Nicole Ntumba Bwatshia.
Pour elle, la banque et l’assurance constituent « des victoires de la raison sur l’incertitude », dans la mesure où elles permettent d’organiser la gestion des risques selon des règles rationnelles et prévisibles.
Elle a poursuivi en établissant le lien entre les deux ouvrages.
« Le professeur Kambayi nous rappelle pourquoi une société doit préserver sa capacité de penser. Le professeur Bahati nous montre comment cette pensée se traduit dans l’organisation concrète de la vie économique », a-t-elle déclaré. Selon cette analyse, la pensée critique constitue le fondement de la confiance, laquelle demeure indispensable au fonctionnement des banques, des assurances et, plus largement, de l’économie.
Deux approches complémentaires du développement
Dans son essai philosophique, le professeur émérite Jean Kambayi Bwatshia examine les mécanismes qui conduisent au recul de la pensée critique et à la progression de l’obscurantisme dans les sociétés contemporaines. Son ouvrage défend la rationalité comme condition essentielle de la stabilité des institutions, de la gouvernance et du progrès collectif.
Le professeur Modeste Bahati Lukwebo adopte, quant à lui, une approche économique et financière. Son ouvrage expose les principes qui régissent les secteurs bancaire et assurantiel, en mettant en évidence leur rôle dans la mobilisation de l’épargne, le financement de l’économie, la gestion des risques et la sécurisation des investissements.
Pour les deux auteurs, les institutions ne peuvent être solides que si elles reposent sur la discipline, la transparence, la responsabilité et le respect des règles.
Cette convergence illustre l’idée selon laquelle le développement durable exige à la fois une culture de la raison et des mécanismes économiques capables de susciter la confiance des citoyens et des investisseurs.
Un plaidoyer pour l’intelligence collective
Invité à partager son témoignage, l’abbé Guylain Tshikendwa Matadi est revenu sur les parcours intellectuels des deux auteurs.
Évoquant sa rencontre avec le professeur Jean Kambayi Bwatshia au début des années 1990, il a salué un universitaire capable de mobiliser les étudiants par la force de sa pensée.
« En ce moment-là, je me dis : voilà le genre d’intellectuel que je me permets de devenir », a-t-il confié.
À propos du professeur Modeste Bahati Lukwebo, il a estimé que son engagement dépassait le seul domaine financier.
« L’assurance qu’il donne n’est pas seulement celle liée aux banques ou aux sociétés d’assurance. C’est un homme envers sa société qui doit être assurée », a-t-il déclaré.
S’inspirant d’Antoine de Saint-Exupéry, l’abbé a rappelé que « l’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit qu’avec le cœur », avant d’inviter les participants à cultiver la pensée et la connaissance comme fondements de toute œuvre durable.
En conclusion de la cérémonie, la professeure Nicole Ntumba Bwatshia a résumé le message commun porté par les deux publications.
« Si le professeur Kambayi Bwatshia nous apprend à éviter la faillite de la raison, et si le professeur Bahati Lukwebo nous apprend à éviter la faillite des banques et des assurances, alors les professeurs Bahati Lukwebo et Kambayi Bwatshia ont trouvé aujourd’hui la meilleure police d’assurance qui soit : assurer notre intelligence avant d’assurer notre argent. Voilà un investissement dont le rendement est garanti : plus on lit, plus on s’enrichit », a-t-elle déclaré.
Au-delà de leurs apports scientifiques respectifs, « Faillite de la raison et raisons de la faillite dans l’obscurantisme de l’aujourd’hui » et « Fondamentaux des assurances et Banque » proposent une réflexion convergente sur la place de la connaissance, de l’éthique, de la confiance et de la responsabilité dans la construction d’institutions solides. À travers ce dialogue entre philosophie et économie, les deux auteurs plaident pour un modèle de développement où la pensée éclaire l’action publique et où la crédibilité des institutions constitue le principal levier de la prospérité nationale.
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