La proposition de Martin Fayulu d’associer Joseph Kabila et Corneille Nangaa au dialogue national inclusif suscite une opposition frontale. Dans une interview exclusive accordée mercredi 19 août à Infos27, le député national Olivier Kasanda Katuala rejette leur inclusion, estimant que leur participation risquerait de brouiller la nature de la guerre dans l’Est et de transformer une crise sécuritaire à dimension régionale en simple différend politique interne. L’élu de Lukunga, à Kinshasa, met particulièrement en cause Corneille Nangaa, chef de l’AFC/M23, ainsi que les accusations visant Joseph Kabila quant à ses présumés liens avec les forces déstabilisant l’Est du pays. Pour lui, le dialogue ne peut se construire au détriment de la justice, de la mémoire des victimes et de la souveraineté nationale. Olivier Kasanda Katuala nuance toutefois sa position en reconnaissant au Président Félix Tshisekedi, initiateur du processus et garant des institutions, le pouvoir souverain d’en fixer les contours. Si le Chef de l’État décidait leur participation, l’élu affirme qu’il respecterait cette décision, à condition qu’aucune négociation à parts égales, amnistie ou impunité ne soit accordée.
Interview
Infos27 : Honorable Olivier Kasanda Katuala, Martin Fayulu plaide pour l’inclusion de Joseph Kabila et de Corneille Nangaa parmi les parties prenantes au dialogue national inclusif initié par le Président Félix Tshisekedi. Évoquant la nécessité de « laver le linge sale en famille », il estime que cette crise doit être réglée entre Congolais. Quelle est votre réaction ?
Honorable Kasanda Katuala Olivier : Je vais être clair, direct et sans détour. Ces propos de Martin Fayulu sont non seulement irresponsables, mais dangereux. Ils relèvent d’une logique politicienne qui, sous couvert de dialogue, risque de transformer une guerre d’agression en une simple « brouille de famille ». Joseph Kabila et Corneille Nangaa ne sont pas de simples acteurs politiques congolais en désaccord avec le pouvoir. Ce sont, aux yeux de l’histoire et des faits, des proxys locaux de l’agresseur rwandais.
Nangaa, ancien président de la CENI devenu chef de l’AFC/M23, a pris les armes contre son propre pays, tue ou fait tuer ses frères et sœurs, et collabore ouvertement avec une force étrangère qui occupe des pans entiers de notre territoire, pille nos ressources et perpétue le Genocost. Kabila, quant à lui, est accusé de longue date de liens avec ces mêmes forces qui déchirent l’Est. Les appeler à la table comme des « parties prenantes » équivaut à légitimer ceux qui servent de relais à Kigali. C’est une offense à la mémoire des millions de victimes du Genocost, à ceux qui ont été massacrés, violés, déplacés et exilés.
Mes positions antérieures restent inchangées : les proxys locaux de l’agresseur ne doivent pas franchir certaines lignes rouges. On ne dialogue pas avec ceux qui occupent et pillent comme s’il s’agissait d’une simple divergence interne. Cela donnerait à l’ennemi étranger le prétexte parfait d’une « guerre congolo-congolaise » alors qu’il s’agit d’une agression caractérisée, documentée par les experts de l’ONU, et motivée par le contrôle géostratégique de nos minerais stratégiques (coltan, or, etc.) essentiels à l’économie mondiale et à la transition énergétique.
Infos27 : Vous avez récemment, à l’occasion du Genocost, plaidé pour une victoire militaire et rejeté l’option du dialogue qui servirait les intérêts de Kigali. Comment conciliez-vous cela avec l’éventualité d’un dialogue inclusif ?
Honorable Kasanda Katuala Olivier : Exactement. Le 2 août dernier, j’ai rappelé une vérité géopolitique élémentaire : dans les conflits contemporains (Ukraine face à la Russie, Iran/USA, Palestine/Israël ou d’autres théâtres la diplomatie seule n’a jamais forcé un agresseur à se retirer sans un rapport de force militaire préalable). Le M23 n’est pas une rébellion autonome ; c’est un outil de l’armée rwandaise. L’AFC de Nangaa n’est que le vernis politique de cette occupation.
Géostratégiquement, Kigali vise le contrôle durable de l’Est congolais pour sécuriser des corridors économiques, neutraliser toute menace perçue et s’assurer un accès privilégié aux ressources. Sécuritairement, cela se traduit par des massacres, des déplacements massifs, le recrutement d’enfants soldats et une déstabilisation qui affaiblit l’État congolais. Face à cela, notre priorité doit rester la mobilisation totale pour l’effort de guerre : renforcer les FARDC, mobiliser les moyens de l’État, et obtenir le retrait vérifiable des forces rwandaises.
Un dialogue national a du sens s’il rassemble les Congolais authentiques (victimes, femmes, jeunes, société civile, forces politiques responsables) pour consolider l’unité nationale et ôter à l’ennemi tout prétexte de division interne. Mais y inviter les proxys de l’agresseur sans conditions strictes, c’est trahir cette unité.
Infos27 : Dans l’éventualité où le Président Félix Tshisekedi déciderait souverainement d’associer Joseph Kabila et Corneille Nangaa au dialogue national inclusif, quelle serait alors votre position ?
Honorable Kasanda Katuala Olivier : Je fais une confiance totale à SEM Félix-Antoine Tshilombo Tshisekedi. En sa qualité de Chef de l’État, garant du bon fonctionnement des institutions et Commandant suprême des Forces armées, il a la légitimité et la sagesse pour fixer les contours de ce dialogue qu’il convoque. Si, dans sa haute sagesse et après une analyse approfondie des enjeux géopolitiques et sécuritaires, il décide que leur participation est nécessaire, alors je m’inclinerai devant cette décision souveraine. Mais (et c’est capital), cette participation devra se faire strictement aux conditions que le Président aura fixées. Pas de négociation à parts égales avec ceux qui ont pris les armes contre la République. Pas d’amnistie formelle ou déguisée. Pas de « messe de réconciliation » entre élites politiques qui effacerait les crimes.
La justice et la réparation en faveur des victimes ne doivent en aucun cas être sacrifiées sur l’autel d’arrangements politiques. Les crimes de lèse-humanité sont imprescriptibles. Ceux qui ont ordonné, financé ou exécuté des massacres, des viols de masse, des pillages systématiques devront répondre de leurs actes devant les cours et tribunaux, nationaux ou internationaux. La réconciliation authentique entre fils et filles du Congo est possible et souhaitable pour priver l’agresseur étranger de tout prétexte. Mais elle ne se fera jamais au détriment de la vérité, de la justice et de la dignité des victimes du Genocost. C’est la seule garantie de non-répétition.
Infos27 : Quels sont, selon vous, les grands enjeux géopolitiques et sécuritaires qui doivent guider ce processus ?
Honorable Kasanda Katuala Olivier : Ils sont multiples et interdépendants. Géopolitiquement, la RDC est au cœur d’une compétition mondiale pour les ressources critiques. L’agression rwandaise s’inscrit dans une stratégie de projection de puissance régionale, tolérée trop longtemps par certains partenaires internationaux. Géostratégiquement, contrôler l’Est congolais, c’est contrôler des axes logistiques vitaux et influencer l’équilibre de la région des Grands Lacs. Sécuritairement, cela se traduit par une guerre hybride : troupes régulières rwandaises déguisées, groupes armés locaux instrumentalisés, propagande, et exploitation économique parallèle.
Le dialogue, s’il a lieu, doit renforcer notre souveraineté, pas l’affaiblir. Il doit s’accompagner d’une diplomatie offensive pour isoler Kigali, d’un effort de guerre soutenu et d’une justice transitionnelle centrée sur les victimes. Le Président Tshisekedi a montré, à plusieurs reprises, qu’il place l’intérêt supérieur de la nation au-dessus de tout. C’est pourquoi je lui renouvelle mon soutien total et mon respect.
Aux proxys de l’agresseur, je dis ceci : le Congo n’est pas à vendre, et le sang de nos martyrs n’est pas une monnaie d’échange. À Martin Fayulu et à ceux qui prônent une inclusivité sans garde-fous : cessez de jouer avec le feu. L’unité des Congolais face à l’ennemi extérieur est non négociable. Et la justice pour les victimes non plus.
Infos27 : Que dire pour conclure ?
Honorable Kasanda Katuala Olivier : Vive la République démocratique du Congo unie et souveraine ! Que le Président Félix Tshisekedi continue de guider la nation avec fermeté et clairvoyance. Et que jamais la mémoire de nos victimes ne soit trahie.
Propos recueillis par Pitshou Mulumba

