La République démocratique du Congo vient de faire un choix qui mérite d’être salué : celui de ne plus laisser la solidarité aux seuls réflexes de circonstance. En lançant une campagne nationale à caractère permanent, le président Félix-Antoine Tshisekedi veut transformer l’élan de générosité en politique durable.
Le constat est brutal. Des millions de Congolais vivent dans la vulnérabilité. Déplacements forcés, conflits, catastrophes naturelles, urgences sanitaires : les crises s’accumulent. Dans le même temps, l’aide internationale se raréfie. La RDC ne peut donc attendre indéfiniment que le monde extérieur réponde à toutes ses détresses.
C’est là que l’initiative prend son sens. Elle ne demande pas à l’État de se défausser. Le président l’a clairement rappelé : l’État reste le premier garant de la protection sociale et de l’assistance humanitaire. La solidarité nationale doit compléter l’action publique, non la remplacer.
Cette précision est essentielle. Elle protège l’initiative d’un contresens dangereux : celui qui consisterait à faire payer aux citoyens les insuffisances de l’État. La mobilisation proposée est d’une autre nature. Elle fait appel à la responsabilité collective. Entreprises, institutions, Églises, société civile, diaspora et citoyens sont invités à participer selon leurs moyens.
Mais la générosité ne suffit pas. Elle doit être protégée par la transparence. Chaque franc doit être tracé. Chaque don doit être enregistré. Chaque opération doit pouvoir être contrôlée. L’exigence présidentielle d’audit, de redevabilité et de publication régulière des résultats est donc décisive. Sans cette rigueur, la confiance disparaîtra. Avec elle, la solidarité peut devenir une force nationale.
L’enjeu dépasse l’urgence humanitaire. Il est aussi politique et moral. Aider un Congolais déplacé à l’Est, une famille sinistrée au Centre ou une communauté frappée par une catastrophe ailleurs, c’est rappeler que la nation ne s’arrête ni aux frontières provinciales ni aux appartenances communautaires.
La RDC n’a pas seulement besoin de compassion. Elle a besoin d’une culture de responsabilité.
Cette campagne doit désormais être jugée sur ses résultats. Les annonces doivent céder la place aux actes. Les contributions doivent atteindre les bénéficiaires. La solidarité doit devenir visible dans les vies qu’elle améliore.
Le pari est ambitieux. Il mérite d’être soutenu. Mais il impose une vigilance tout aussi ambitieuse.
Pitshou Mulumba

