Le Président Félix-Antoine Tshisekedi a lancé jeudi à Kinshasa la campagne de solidarité nationale à caractère permanent, destinée à structurer et pérenniser la mobilisation des Congolais en faveur des populations en détresse. Présentée comme « le commencement d’un véritable sursaut républicain », l’initiative vise notamment les déplacés et les victimes de crises humanitaires, de violences et de catastrophes naturelles. Le Chef de l’État a appelé les institutions, les opérateurs économiques, la société civile, les confessions religieuses, la diaspora et l’ensemble des citoyens à contribuer selon leurs possibilités, tout en réaffirmant que l’État demeure le premier garant de la protection sociale et de l’assistance humanitaire. Il a également exigé des mécanismes stricts de contrôle, d’audit, de traçabilité et de publication des résultats afin que chaque contribution atteigne effectivement les bénéficiaires. La ministre des Affaires sociales, Ève Bazaiba, a précisé le dispositif de collecte et de distribution des dons en nature.
Au Centre culturel et artistique d’Afrique centrale, le Chef de l’État a présenté cette initiative comme « le commencement d’un véritable sursaut républicain ». Selon lui, elle doit inscrire durablement la solidarité dans les valeurs, les institutions et les comportements des Congolais. « Le premier droit de notre peuple est d’être protégé ; le premier devoir de l’État est de secourir les plus fragiles », a-t-il déclaré. Il a invité les opérateurs économiques, les institutions, la société civile, les confessions religieuses et la diaspora à contribuer selon leurs possibilités.
Félix Tshisekedi a toutefois souligné que la campagne ne se substitue pas aux responsabilités publiques. « Elle ne constitue ni un désengagement du gouvernement ni un transfert de ces obligations sur la population », a-t-il insisté, réaffirmant que l’État demeure le premier garant de la protection sociale et de l’assistance humanitaire.
Contrôle et traçabilité
La transparence constitue l’autre exigence fixée par le Président de la République. Des mécanismes de contrôle, d’audit, de redevabilité et de publication régulière des résultats devront encadrer la gestion des contributions. « Aucune complaisance, aucune opacité et aucun détournement ne seront tolérés », a-t-il averti. Chaque don, financier ou matériel, devra être tracé et parvenir à sa destination.
La ministre des Affaires sociales, Ève Bazaiba, a précisé que les dons en nature seront réceptionnés, triés, stockés et distribués par le Centre de collecte des dons, sous la responsabilité de la Direction générale de la solidarité nationale. Elle a appelé toutes les forces vives du pays à participer à l’effort, notamment en faveur des déplacés et des victimes de catastrophes. « Chaque geste compte, chaque don sauve une vie », a-t-elle lancé.
Pour le responsable de l’Assemblée évangélique de nouvelle alliance (CENA), Joël Kabasele, cette mobilisation doit dépasser la simple pitié. Il a appelé à faire de l’amour un engagement durable, capable de « construire une autre vie ». La campagne, lancée sur toute l’étendue de la RDC, entend ainsi organiser la générosité nationale autour des personnes les plus vulnérables.
MOT DE SON EXCELLENCE MONSIEUR FELIX-ANTOINE TSHISEKEDI TSHILOMBO, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO, A L’OCCASION DU LANCEMENT OFFICIEL DE LA CAMPAGNE DE SOLIDARITE NATIONALE
Honorable Président de l’Assemblée nationale,
Honorable Président du Sénat,
Madame la Première Ministre, Cheffe du Gouvernement,
Monsieur le Président de la Cour Constitutionnelle et Président du Conseil Supérieur de la Magistrature,
Honorables Députés et Sénateurs,
Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Chefs de missions diplomatiques et Représentants des Organisations du Système des Nations Unies,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,
Mes très chers compatriotes,
Je m’adresse à vous aujourd’hui avec une conviction profonde : dans les heures décisives de son histoire, une Nation ne tient debout que par l’unité, la fraternité et la solidarité de ses filles et de ses fils.
Le lancement de la Campagne de solidarité nationale à caractère permanent ne consiste donc pas simplement à mettre en place un mécanisme de collecte de dons. Il marque le commencement d’un véritable sursaut républicain.
Au cœur de ma vision pour la République Démocratique du Congo se trouve un engagement non négociable : garantir à notre population un meilleur accès aux services sociaux de base, renforcer la protection sociale, assurer la prise en charge des personnes vulnérables et apporter des réponses durables aux crises humanitaires.
Car le premier droit de notre peuple est d’être protégé. Le premier devoir de l’État est de secourir les plus fragiles et de restaurer la dignité de celles et ceux que la violence, la pauvreté ou les catastrophes ont dépouillés de l’essentiel.
L’action humanitaire n’est pas seulement une réponse aux urgences. Elle est le reflet de notre humanité, l’expression de notre fraternité et l’un des fondements de notre cohésion nationale.
La promesse que nous renouvelons aujourd’hui devant la Nation est simple, mais solennelle : redonner le sourire à nos enfants, apporter du réconfort à nos populations éprouvées et faire renaître l’espérance partout où la violence et la détresse ont voulu imposer le désespoir.
Mesdames et Messieurs ;
Distingués invités ;
Mes très chers compatriotes,
La situation que traverse notre pays nous interdit l’indifférence et nous commande l’action.
Plus de 15 millions de nos compatriotes se trouveraient aujourd’hui dans une situation de grave vulnérabilité, privés, pour beaucoup, des conditions essentielles à une existence digne.
Derrière ce chiffre, il y a des vies humaines, des familles dispersées, des enfants déscolarisés, des femmes exposées à toutes les formes de violence, ainsi que des personnes âgées et des personnes vivant avec handicap laissées sans protection suffisante.
Au drame persistant des conflits armés dans la partie orientale de notre pays s’ajoutent les urgences sanitaires, les catastrophes provoquées par les dérèglements climatiques ainsi que les conflits intercommunautaires. Ces crises fragilisent notre tissu social et contraignent un nombre toujours plus important de nos compatriotes à quitter leurs foyers, parfois sans abri, sans ressources et sans certitude quant au lendemain.
Cette tragédie se mesure également au sacrifice de celles et ceux qui, au péril de leur vie, portent secours aux populations vulnérables. Depuis le début de cette année, 6 travailleurs humanitaires auraient tragiquement perdu la vie dans l’exercice de leur mission.
Je m’incline avec respect devant leur mémoire. J’adresse à leurs familles, à leurs proches et à l’ensemble de la communauté humanitaire l’expression de la compassion et de la reconnaissance de la Nation.
Je réaffirme, avec la plus grande fermeté, l’engagement de la République Démocratique du Congo à faire respecter le droit international humanitaire. Les personnels humanitaires, les structures sanitaires et les populations civiles doivent être protégés en toutes circonstances.
En République Démocratique du Congo, les humanitaires ne sont pas des cibles. Ils ne le seront jamais.
Mesdames et Messieurs ;
Distingués invités ;
Mes très chers compatriotes,
Face à l’ampleur de ces besoins, nous devons regarder la réalité avec lucidité. Le modèle traditionnel de financement de l’aide humanitaire montre aujourd’hui ses limites. La diminution préoccupante des ressources internationales affectées aux urgences expose davantage nos populations et compromet la continuité de nombreuses interventions vitales.
Nous exprimons notre reconnaissance à tous les partenaires qui continuent de se tenir aux côtés de notre pays. Mais nous devons également comprendre que la protection des Congolais ne peut dépendre exclusivement de la disponibilité, nécessairement fluctuante, de l’aide extérieure.
Il nous faut désormais bâtir un modèle plus autonome, plus durable et plus résilient. Il nous faut mobiliser nos propres ressources, organiser notre générosité et puiser dans les valeurs africaines d’entraide et de fraternité qui constituent l’un des héritages les plus précieux de notre peuple.
Cette démarche relève d’un impératif de responsabilité et de souveraineté.
Toutefois, je tiens à être parfaitement clair : la Campagne de solidarité nationale ne se substitue pas aux responsabilités constitutionnelles et sociales de l’État. Elle ne constitue ni un désengagement du Gouvernement ni un transfert de ses obligations vers la population.
L’État demeure et demeurera le premier garant de la protection sociale, le principal acteur de l’assistance humanitaire et le premier responsable de la sécurité et du bien-être de la population.
Cette campagne offre plutôt à chaque citoyen, à chaque institution et à chaque organisation la possibilité de contribuer volontairement, selon ses moyens, à l’effort national. Elle vient renforcer l’action publique par la mobilisation de toutes les énergies de la Nation.
Mesdames et Messieurs ;
Distingués invités ;
Mes très chers compatriotes,
La solidarité ne peut prospérer là où s’installent la haine, la discrimination et la division.
Cette campagne doit également devenir un instrument de cohésion nationale et un puissant rempart contre le tribalisme, le racisme, le régionalisme, les discours de rejet et toutes les formes d’exclusion. La souffrance de nos compatriotes ne connaît ni province, ni ethnie, ni langue, ni religion.
Lorsqu’un Congolais est éprouvé à l’Est, à l’Ouest, au Nord, au Sud ou au Centre, c’est la Nation tout entière qui est touchée. C’est elle tout entière qui doit se sentir concernée et se mobiliser, d’un même élan, pour lui porter secours.
Divisés, nous nous fragilisons ; unis, nous constituons une force qu’aucune épreuve ne peut vaincre.
J’en appelle tout particulièrement à la jeunesse congolaise, force vive et espérance de notre Nation, afin qu’elle fasse preuve de discernement, de responsabilité et de patriotisme.
J’en appelle également à tous les utilisateurs des plateformes numériques afin qu’ils privilégient la lucidité, la retenue et le sens de l’intérêt national.
L’unité nationale n’est pas un simple slogan. Elle est une exigence historique et un impératif existentiel. À la barbarie, opposons notre humanité. À la haine, opposons notre fraternité. À la volonté de nous diviser, opposons une unité nationale forte, consciente et inviolable.
Que cette campagne devienne le ciment qui relie le Nord au Sud, l’Est à l’Ouest, nos villes à nos villages, notre diaspora à la mère patrie, et toutes les générations congolaises autour d’un même idéal de fraternité.
Mesdames et Messieurs ;
Distingués invités ;
Mes très chers compatriotes,
La confiance de la population sera la condition essentielle de la réussite de cette initiative.
J’instruis donc le Gouvernement et toutes les structures chargées de sa mise en œuvre de garantir une gestion exemplaire des ressources mobilisées.
Chaque contribution financière devra être identifiée, tracée et sécurisée. Chaque don en nature devra être enregistré, centralisé et acheminé vers les populations qui en ont réellement besoin. Des mécanismes rigoureux de contrôle, d’audit, de redevabilité et de publication régulière des résultats devront être établis.
Aucune complaisance, aucune opacité et aucun détournement ne pourront être tolérés. Chaque franc versé devra servir. Chaque don devra parvenir à sa destination. Chaque geste de solidarité devra produire un résultat concret dans la vie de nos compatriotes.
C’est ici le lieu de lancer un appel solennel aux forces vives de notre Nation : aux institutions publiques, aux provinces, aux entités territoriales décentralisées, aux confessions religieuses, aux organisations de la société civile, aux communautés locales, à la diaspora congolaise ainsi qu’à tous les citoyens de bonne volonté.
Je m’adresse tout particulièrement aux entreprises publiques et privées, aux mandataires publics, aux capitaines d’industrie ainsi qu’aux dirigeants des secteurs minier, bancaire, commercial, agricole, des télécommunications et des assurances. Votre responsabilité sociale doit aujourd’hui se traduire par un engagement patriotique concret, durable et mesurable.
En soutenant structurellement cette campagne, vous ne faites pas seulement œuvre de générosité. Vous investissez dans le capital humain de notre pays, dans la stabilité de notre société et dans la consolidation de notre souveraineté nationale.
À chacune et à chacun, je demande de contribuer selon ses possibilités. Aucun geste n’est insignifiant lorsqu’il est accompli avec sincérité et amour.
La force de cette campagne ne résidera pas seulement dans l’importance des sommes recueillies, mais dans l’ampleur de la mobilisation nationale qu’elle suscitera.
Ensemble, montrons au monde la grandeur de l’âme congolaise. Ensemble, prouvons que notre Nation sait se rassembler lorsque l’un de ses enfants souffre.
Faisons triompher, sur la peur et le désespoir, le sourire, le réconfort et l’espérance. C’est fort de cette confiance en notre peuple et de cette foi inébranlable en l’avenir de notre Nation que je déclare solennellement ouverte la Campagne de solidarité nationale à caractère permanent.
Que vive la solidarité nationale.
Que vive l’unité du peuple congolais.
Que Dieu bénisse la République Démocratique du Congo et son peuple.
Je vous remercie.

