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29 août, 2026 - 15:40:12
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C64 : Olivier Kasanda démonte un communiqué laconique, réduit aux procès d’intention contre le président Tshisekedi

La Coalition Article 64 a choisi l’affrontement politique là où une lecture sérieuse du discours présidentiel était attendue. Dans son analyse, le député national Olivier Kasanda Katuala fustige une réaction de la C64 qu’il juge davantage fondée sur les procès d’intention que sur l’examen du contenu de l’allocution du président Félix-Antoine Tshisekedi du 27 août. Le député relève une absence qu’il considère révélatrice : aucune attention véritable n’aurait été accordée à la place donnée au peuple dans le Dialogue national, avec des consultations annoncées dans les 26 provinces et l’association des différentes composantes de la société. Il démonte également les accusations de changement de Constitution, de troisième mandat et de balkanisation, estimant que la C64 ne les appuie par aucune citation ni démonstration tirée du discours. Pour Olivier Kasanda Katuala, les principaux garde-fous posés par le Chef de l’État : maintien des institutions jusqu’au terme constitutionnel de leurs mandats, refus d’un Dialogue propriété d’un camp et distinction avec le processus de Doha, ont été soigneusement évités. À ses yeux, cette omission affaiblit considérablement la posture de la C64, qui substitue aux arguments une lecture politique préfabriquée.

Ci-dessous la réplique du député national Olivier Kasanda Katuala

C64 : un communiqué de combat, zéro lecture du discours, beaucoup de procès d’intention

Le communiqué de la Coalition Article 64, daté de ce 28 août et relayé notamment par Stanis Bujakera Tshiamala, n’est pas une réponse à l’allocution du Chef de l’État. C’est un tract. Un texte de positionnement, écrit comme si le Président Félix-Antoine Tshisekedi n’avait rien dit le 27 août, sinon ce que la C64 avait déjà décidé de lui faire dire. On attendait d’une coalition qui se prétend gardienne de l’ordre constitutionnel une lecture principe par principe, verrou par verrou. On a eu cinq signatures, une marche au 15 septembre, et une accusation-massue : changement de Constitution, troisième mandat, balkanisation. Sans citation. Sans démonstration. Sans même le minimum d’honnêteté intellectuelle qui consiste à affronter le cadre proposé plutôt que de le remplacer par un épouvantail. C’est grave ! Ce n’est pas de l’opposition. C’est de la paresse politique habillée en patriotisme. Ils n’ont pas daigné saluer l’essentiel : le peuple n’est plus figurant.

Le premier manquement est déjà une faute. Nulle part la C64 ne salue (même du bout des lèvres, même pour le contester ensuite) l’implication populaire voulue par le Président. Or c’est, dans l’histoire de nos concertations, une rupture de méthode. Le Dialogue annoncé ne commence pas à Kinshasa, entre états-majors. Il part des 26 provinces, des territoires, des communautés. Forums préliminaires : populations, autorités locales, élus de la province, majorité et opposition, société civile, coutumiers, confessions, professionnels, universitaires, femmes, jeunes, travailleurs, personnes vivant avec handicap, économie informelle, diaspora. Les assises de la capitale ne seront pas le point de départ : elles seront l’aboutissement d’une parole recueillie à travers le pays.

C’est une première. Nos tables rondes, nos conférences, nos « inclusifs » ont trop souvent été des chambres d’enregistrement d’arrangements d’élites. Le Président inverse la séquence : le peuple d’abord, Kinshasa ensuite. La C64 passe là-dessus comme on passe sur un détail de protocole. Pourquoi ? Parce que cette égalité-là la dérange. Elle place le politicien de coalition sur le même pied que le déplacé de Masisi, l’enseignant de Lubero, l’agricultrice d’Uvira. Plus de file prioritaire vers le gâteau. Plus de monopole de la « voix du peuple » exercé depuis un hôtel de Kinshasa.

Regretter cette omission n’est pas un point de style. C’est pointer un aveu : ce qui les intéresse n’est pas que le Congo parle. C’est de savoir s’ils resteront les interlocuteurs obligés du Congo.

Des griefs lacunaires, laconiques, sans tête ni queue

Deuxième faute, plus lourde encore. La C64 n’indique pas, n’argumente pas, n’étaye pas ses griefs contre l’allocution. Elle évoque, de façon lacunaire et laconique, un « prétendu » projet de changement de Constitution et un troisième mandat. Point. Circulez. Où, dans le discours du 27 août, le Président a-t-il convoqué une constituante ?

Où a-t-il annoncé la révision de l’article 220 ? Où a-t-il dit que le Dialogue servirait à prolonger son mandat au-delà du terme constitutionnel ? Où a-t-il lié le Pacte national à un référendum de reconduction personnelle ?

Nulle part. Au contraire, le texte pose un verrou que la C64 feint de n’avoir pas entendu : ce Dialogue « ne saurait davantage conduire à la suspension des institutions de la République, lesquelles continueront d’exercer pleinement leurs prérogatives jusqu’au terme constitutionnel de leurs mandats ». Il « ne constituera ni une négociation avec l’agresseur ou ses supplétifs ni un moyen détourné de remettre en cause le choix souverain du peuple exprimé par les urnes ».

On peut être contre une révision constitutionnelle. On peut militer contre un troisième mandat. C’est un droit. Ce qui n’en est pas un, c’est d’imputer au Chef de l’État, le lendemain d’un discours qui verrouille les mandats en cours, un projet qu’il n’a pas énoncé, puis de baptiser cela « lecture ». Accuser sans citer, c’est calomnier par procuration. Compter « 754 jours » comme s’il s’agissait d’une preuve, c’est faire de l’arithmétique un substitut à l’argument.

Quant à la « balkanisation », le mot est d’une indécence particulière. L’allocution exige le retrait complet, effectif et vérifiable des forces étrangères non invitées, le démantèlement des administrations parallèles, le rétablissement intégral de l’autorité de l’État. Elle s’adosse aux résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité. Elle refuse que l’occupation soit recyclée en légitimité politique. Accuser celui qui pose ces exigences de « consolider la balkanisation pour se maintenir au pouvoir », ce n’est plus de la contestation. C’est un retournement de charge au bénéfice de ceux qui occupent effectivement le territoire.

Ils ont le devoir de dire en quoi les principes et les verrous les mettent mal à l’aise

Une opposition responsable ne se contente pas de crier « non ». Elle dit à la population ce qui, dans le cadre proposé, la blesse. La C64 ne le fait pas. Alors posons-lui la question qu’elle fuit. Le Président a dit que nul ne sera exclu pour ses opinions, ses critiques, son parti, son origine, sa langue, son ethnie ou sa religion. Cela vous met-il mal à l’aise ? Il a dit que le Dialogue ne sera la propriété d’aucun parti, d’aucune institution, d’aucune confession, d’aucune personnalité, d’aucune majorité. Cela vous met-il mal à l’aise ? Il a dit que les institutions iront au bout de leur mandat constitutionnel. Cela vous met-il mal à l’aise ? Il a limité le processus à trois mois, pour empêcher l’enlisement et les manœuvres dilatoires. Cela vous met-il mal à l’aise ? Il a annoncé un Pacte assorti d’une matrice publique, d’un responsable, d’un calendrier, de résultats mesurables et de rapports périodiques. Cela vous met-il mal à l’aise ? Il a renvoyé Doha comme seul cadre pour traiter avec l’AFC/M23 de la cessation des hostilités, du désengagement, du cantonnement et du désarmement, et précisé que le Dialogue national ne s’y substituera pas. Cela vous met-il mal à l’aise ?

Voilà le nœud. Ce n’est pas le peuple dans les provinces qui les dérange le plus. C’est le verrou de Doha. C’est le refus de faire de Kinshasa une voie parallèle pour obtenir par les armes, ou par le chantage à « l’inclusivité », ce que la démocratie et l’ordre constitutionnel n’ont pas accordé.

Certains, dans cette opposition, ont réclamé que l’on assoie à la table nationale des acteurs de l’entreprise armée ou ceux qui lui sont politiquement liés. Le Président a répondu : non. L’arme ne crée pas un droit supérieur au suffrage. Nul ne s’assoit à la table de la Nation tout en prenant les armes contre elle.

Si c’est cela qui rend le cadre « inacceptable », que la C64 ait le courage de le dire au pays. Qu’elle explique aux déplacés de Goma, de Rutshuru, de Kalehe, de Djugu, pourquoi la refondation de l’État devrait commencer par légitimer ceux qui occupent, administrent illégalement et pillent. Tant qu’elle ne le fait pas, son « dialogue inclusif » restera ce qu’il est dans les faits : un slogan de repositionnement, pas un projet de Nation.

Un bilan d’urgence brandi pour ne pas parler du texte

Le communiqué énumère la guerre, l’insécurité, les crises sanitaires, la détresse sociale, et conclut que les consultations « détournent le pays de ses véritables priorités ». C’est un procédé. On empile les souffrances du peuple pour dispenser de lire le discours qui prétend précisément s’y attaquer par la racine : insécurité, conflits fonciers et coutumiers, tensions communautaires, État absent, inégalités, justice, sécurité, service du citoyen.

On peut juger le pouvoir sur son bilan. On le doit. On ne peut pas, en même temps, réclamer un dialogue depuis des semaines, obtenir l’annonce d’un cadre, puis le disqualifier le lendemain sans en discuter une seule pièce, sous prétexte que « le peuple n’est pas dupe ». Le peuple, justement, est assez dupe de ceux qui parlent en son nom tout en éludant la seule question qui vaille : voulez-vous un processus congolais, provincial d’abord, sans table d’honneur pour l’agresseur et ses supplétifs, avec des institutions qui restent debout ? Ou voulez-vous un forum d’élites où l’on négocie le pays comme un butin ?

La C64 a choisi de ne pas répondre. Elle a choisi la marche du 15 septembre comme substitut à l’argument. Soit. La rue est un droit. Le mensonge par omission n’en est pas un. Une coalition qui se réclame de l’article 64 devrait commencer par respecter la population assez pour lui dire la vérité sur le texte qu’elle combat. Tant qu’elle remplace cette vérité par un troisième mandat imaginaire et une balkanisation inversée, elle ne défend pas la Constitution. Elle défend son inconfort devant un Dialogue où le peuple est enfin convoqué, et où le gâteau n’est plus le préalable.

Le Congo n’appartient à personne. Ni à un président. Ni à une coalition. Surtout pas à ceux qui, le lendemain d’une parole de clarification, n’ont rien trouvé à dire du peuple, rien à dire de Doha, rien à dire des verrous (et tout à inventer d’un projet qu’ils sont seuls à avoir lu dans un discours qui ne le contient pas).

Olivier Kasanda Katuala

Député national, élu de la Lukunga (Kinshasa)

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