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20 septembre, 2026 - 22:11:23
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PAPSS, EAC, IA : la BCC porte la RDC au cœur de l’intégration financière africaine

À Nairobi, la République démocratique du Congo a choisi de ne plus regarder l’intégration financière africaine depuis ses marges. Du 16 au 18 septembre 2026, la Banque centrale du Congo (BCC) a multiplié les rendez-vous consacrés à la coopération monétaire, aux paiements transfrontaliers et aux mutations technologiques qui redessinent les missions des banques centrales du continent. Conduite par son Gouverneur, André Wameso, la délégation congolaise a participé à la 48ᵉ réunion du Conseil des gouverneurs de l’Association des Banques centrales africaines (ABCA), à des rencontres sur l’intégration financière au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), ainsi qu’à une conférence consacrée à l’intelligence artificielle. Le point d’orgue de cette séquence est intervenu le 18 septembre, avec la signature de l’accord d’adhésion de la RDC au Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS).

L’adhésion de la RDC au PAPSS dépasse la seule dimension technique. Elle s’inscrit dans la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dont le développement suppose des mécanismes capables de faciliter les transactions entre économies du continent. En permettant de mieux connecter les systèmes de paiement africains, le dispositif doit contribuer à réduire les coûts et les délais des règlements transfrontaliers, tout en améliorant la traçabilité des flux financiers.

Cette volonté d’interconnexion s’est prolongée le même jour avec la signature, par André Wameso Nkualoloki, d’un mémorandum d’entente entre les banques centrales des États membres de l’EAC sur la convertibilité des monnaies et le rapatriement des devises. La cérémonie s’est déroulée en présence d’Emmanuel M. Tutuba, Gouverneur de la Banque de Tanzanie et président du Comité des Affaires monétaires de l’EAC.

Avec cet accord, la RDC rejoint le Burundi, l’Ouganda, la Tanzanie, le Kenya et le Soudan du Sud dans un mécanisme destiné à fluidifier les opérations financières au sein de la sous-région. L’objectif est notamment de faciliter les transactions des opérateurs économiques, de réduire les coûts et les délais des paiements transfrontaliers et de renforcer la traçabilité des flux.

Pour l’économie congolaise, l’enjeu est aussi monétaire. Une meilleure interconnexion des systèmes de paiement peut favoriser les échanges avec les partenaires de l’EAC et accompagner les efforts visant à renforcer la convertibilité du franc congolais dans les transactions régionales.

La souveraineté financière comme horizon

Cette dynamique régionale s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’avenir du système monétaire africain. Le 17 septembre, André Wameso a participé au symposium de l’ABCA consacré à l’« Intégration monétaire africaine et souveraineté financière : perspectives stratégiques pour réduire la dépendance du Continent vis-à-vis des institutions internationales ».

À cette occasion, le Gouverneur a exposé les spécificités de l’économie congolaise, notamment sa forte dollarisation et la coexistence de plusieurs devises. Il a également présenté les mesures engagées par la BCC pour améliorer le fonctionnement du marché des changes et renforcer la transmission de la politique monétaire.

Parmi les mesures évoquées figurent la correction du niveau des réserves obligatoires et la modernisation du marché des changes à travers l’utilisation de plateformes spécialisées. Selon son exposé, ces initiatives ont contribué à améliorer le fonctionnement du marché, à résorber certains déséquilibres de liquidité et à produire un effet favorable sur le franc congolais.

Mais la souveraineté financière ne se joue pas uniquement sur le marché des changes. Elle dépend également de la capacité d’une économie à mobiliser ses propres ressources pour financer son développement. C’est dans cette perspective que la BCC travaille avec le gouvernement à la mise en place d’un mécanisme de fonds de pension complémentaire en francs congolais pour les fonctionnaires de l’État.

Le développement des fonds de pension, des investisseurs institutionnels et d’un marché des capitaux plus profond pourrait permettre de mobiliser davantage l’épargne domestique en monnaie nationale et de l’orienter vers le financement de long terme. À l’échelle africaine, cette évolution participe d’une même ambition : renforcer la capacité des économies du continent à financer leurs investissements et leurs infrastructures à partir de ressources mobilisées localement.

La convergence macroéconomique au cœur de l’agenda africain

Ces discussions ont trouvé leur prolongement dans les travaux institutionnels de l’ABCA. Le 16 septembre, André Wameso a participé à la réunion du Bureau de l’organisation en sa qualité de président de la sous-région Afrique centrale. Deux jours plus tard, il a pris part à la 48ᵉ réunion du Conseil des gouverneurs.

Les échanges ont porté sur plusieurs conditions de l’intégration économique et financière du continent : convergence macroéconomique, harmonisation des cadres de politique monétaire, notamment autour du ciblage de l’inflation, amélioration des systèmes de paiement transfrontaliers et réduction de leurs coûts. Les gouverneurs ont également examiné l’opérationnalisation de l’Institut monétaire africain.

À l’issue des travaux, ils ont recommandé aux banques centrales africaines de poursuivre leurs efforts en matière de convergence macroéconomique. Une attention particulière a été accordée à la pression fiscale, dont la cible n’est actuellement atteinte que par 25 % des pays, selon les éléments présentés lors des assises.

Derrière ces discussions se trouve une difficulté centrale de l’intégration africaine : rapprocher des économies qui présentent encore des écarts importants en matière de développement, de mobilisation des recettes publiques et de régimes monétaires. La convergence ne peut donc être réduite à une harmonisation institutionnelle ; elle suppose également des économies capables de partager des objectifs de stabilité et des instruments compatibles.

L’intelligence artificielle, nouveau chantier des banques centrales

À cet agenda monétaire s’est ajoutée une dimension technologique. Le 16 septembre, le Gouverneur de la BCC a participé à la conférence sur l’intelligence artificielle organisée par la Banque centrale du Kenya. Il est intervenu dans le panel consacré à l’« Intelligence artificielle, la politique monétaire, l’analyse des données et la stabilité financière ».

Les échanges ont porté sur les applications possibles de l’intelligence artificielle dans les missions des banques centrales : prévision macroéconomique, analyse des données, supervision bancaire, surveillance des systèmes de paiement et aide à la décision. André Wameso a présenté les initiatives engagées par la BCC ainsi que les perspectives d’une intégration progressive de ces technologies.

L’utilisation de l’intelligence artificielle pose toutefois des exigences particulières. La gouvernance des données, leur confidentialité, la solidité des infrastructures technologiques et la formation des ressources humaines apparaissent comme des conditions essentielles. La coopération entre banques centrales peut, dans ce domaine, favoriser le partage d’expériences et le renforcement des compétences.

Une même trajectoire pour la RDC

Du PAPSS à l’EAC, des travaux de l’ABCA à l’intelligence artificielle, la séquence de Nairobi rassemble ainsi plusieurs dimensions de la transformation du système financier congolais. L’enjeu est à la fois régional, avec l’interconnexion des paiements et la convertibilité des monnaies, continental, avec la convergence macroéconomique, et national, avec la mobilisation de l’épargne et la modernisation des outils de politique monétaire.

Pour la RDC, ces différentes initiatives peuvent contribuer à renforcer ses connexions avec les économies voisines, à faciliter les échanges commerciaux et à améliorer les conditions de financement de l’économie. Elles posent également la question de la capacité du pays à tirer pleinement parti de ces nouveaux mécanismes, notamment en développant ses infrastructures financières, son marché des capitaux, ses compétences technologiques et les instruments permettant de mobiliser davantage l’épargne en monnaie nationale.

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