Il faut regarder la guerre du Kivu autrement. Pas seulement par le canon. Pas seulement par les territoires occupés. Mais par les mines.
Le nouveau rapport d’Amnesty International est, à cet égard, accablant. À Rubaya et à Lomera, le M23 ne contrôlerait pas seulement des hommes et des terres. Il contrôlerait aussi le coltan et l’or. Autour des puits, Amnesty documente exécutions sommaires, tortures, travail forcé et recrutements contraints. Puis vient la route du minerai. Elle mène vers le Rwanda.
Ce constat éclaire une dimension essentielle du conflit congolais : son économie.
Car une guerre qui rapporte trouve toujours des raisons de durer. Contrôler une mine, c’est contrôler une richesse. Contrôler le territoire, c’est imposer ses circuits. Entre l’extraction sous la contrainte et l’exportation clandestine se dessine ainsi une économie de prédation.
Amnesty va loin. Elle estime que l’appropriation de l’or et du coltan pourrait constituer un crime de guerre de pillage. Kigali se retrouve donc confronté à une question simple : d’où viennent les minerais qui entrent dans ses circuits commerciaux ?
Pendant ce temps, la RDC tente de reprendre la maîtrise de ses ressources, de renforcer leur traçabilité et de porter diplomatiquement la question du pillage de son sous-sol. Ces efforts doivent être soutenus.
La communauté internationale doit, elle aussi, sortir de l’ambiguïté. On ne peut dénoncer la guerre tout en fermant les yeux sur son économie. On ne peut réclamer la paix et acheter, sans garanties sérieuses de traçabilité, des minerais susceptibles de provenir de territoires contrôlés par un groupe armé.
Le rapport d’Amnesty impose donc une question aux États, aux négociants et aux industriels : qui finance réellement la chaîne ?
Le Congo paie en vies humaines. D’autres encaissent la valeur de son sous-sol.
Briser cette mécanique est désormais une condition de la paix.
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