« Le Congo est en péril », proclame Joseph Kabila, appelant les Congolais à agir sous peine de devenir complices du déclin national. Mais comment celui qui a dirigé le pays pendant dix-huit ans peut-il se poser en témoin extérieur d’une crise dont son propre bilan constitue une part essentielle ? La politique transforme parfois les responsabilités d’hier en indignations d’aujourd’hui : l’ancien pouvoir devient procureur du présent, le bilan se mue en réquisitoire. Pourtant, aucune solennité ne peut effacer les faits ni soustraire un ancien dirigeant à l’exigence de rendre des comptes.
De 2001 à 2019, Joseph Kabila a disposé de dix-huit années pour consolider l’État, renforcer l’armée et transformer les richesses nationales en prospérité. S’il peut revendiquer certaines réalisations, il doit également répondre des échecs, des occasions manquées et des crises de son règne. Gouverner, ce n’est pas seulement récolter les mérites du pouvoir, mais assumer les conséquences de ses choix. Le report des élections de 2016, son maintien au pouvoir au-delà du terme constitutionnel et la répression de manifestations pacifiques demeurent des épisodes majeurs. Dès lors, dénoncer aujourd’hui les dérives politiques sans affronter les controverses de son propre passé révèle une contradiction profonde : la démocratie ne saurait être une mémoire sélective.
Plus grave, les accusations visant Joseph Kabila touchent au cœur de la souveraineté nationale. Le 30 avril 2026, les États-Unis l’ont sanctionné pour son soutien au M23 et à l’Alliance Fleuve Congo. Le 30 septembre 2025, la Haute Cour militaire l’a condamné à mort par contumace, notamment pour trahison et crimes de guerre. Ces décisions pèsent nécessairement sur la crédibilité de son discours, dès lors qu’il prétend se poser en sauveur de la nation.
La paix exige plus que des déclarations solennelles : elle repose sur la cohérence, la vérité et la responsabilité. Le dialogue national ne peut devenir ni une prime à la violence armée ni un instrument d’effacement des responsabilités, au mépris des victimes et de la justice. Joseph Kabila a le droit de s’exprimer, mais les Congolais ont celui d’examiner ses paroles à la lumière de ses actes. Le patriotisme ne se proclame pas : il se démontre par le respect des institutions et de la souveraineté. Le Congo n’appartient à personne. Avant de prétendre le sauver, encore faut-il répondre de son passé.
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