Il arrive un moment où les masques tombent et où les faits rattrapent les discours. Le 12 octobre 2026, à Goma, Joseph Kabila prend la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), une nouvelle structure politico-militaire qui rassemble plusieurs figures majeures de l’AFC/M23. Pour Félix Tshisekedi, qui dénonçait depuis longtemps les liens entre l’ancien président et la rébellion, cette annonce donne une résonance particulière à ses avertissements. Le doute politique cède du terrain devant une réalité désormais difficile à ignorer : l’ancien chef de l’État choisit de s’inscrire ouvertement dans une dynamique qui défie la République. Rien ne surprend. Ou presque. Car le plus troublant n’est pas le changement de nom. C’est la continuité des hommes, des ambitions et d’une entreprise qui prolonge le drame de l’Est congolais.
Kabila change d’enseigne, pas de stratégie. Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa et Sultani Makenga figurent dans l’architecture annoncée du FRN. Les mêmes figures, les mêmes réseaux, les mêmes interrogations sur la chaîne de commandement. Seule la façade politique change. Le discours de refondation tente de donner une apparence nationale à une initiative criminelle et d’occupation territoriale.
Mais qui peut sérieusement prétendre refonder la nation en s’adossant à une dynamique politico-militaire qui contribue à la déchirer ?
Pendant des mois, Félix Tshisekedi a affirmé que Joseph Kabila se trouvait derrière l’AFC/M23. Ses adversaires ont contesté ses déclarations. Certains les ont réduites à une querelle entre anciens et nouveaux dirigeants. D’autres y ont vu une manœuvre politique.
Aujourd’hui, la présence de Kabila à la tête du FRN et son association avec les principaux responsables de l’AFC/M23 donnent une nouvelle portée à ces avertissements. Le président congolais apparaît conforté dans son analyse politique. Ceux qui ont balayé ses alertes doivent désormais expliquer comment ils interprètent cette nouvelle configuration.
L’ancien président doit des explications aux Congolais. Pourquoi cette alliance ? Pour quel projet ? Au bénéfice de qui ? Et au prix de quelles conséquences pour les populations de l’Est ?
Le Congo n’est pas un butin politique
La RDC n’est ni un héritage privé ni un territoire que d’anciens dirigeants peuvent se disputer au gré de leurs ambitions. Elle appartient à ses citoyens. Goma n’est pas un décor pour le retour politique de Kabila. L’Est n’est pas une monnaie d’échange.
Face à cette menace, Félix Tshisekedi a raison de défendre fermement la souveraineté nationale. Le gouvernement doit poursuivre ses efforts militaires et diplomatiques, renforcer les capacités des FARDC, protéger les civils et obtenir le respect des engagements internationaux. La communauté internationale doit, elle aussi, cesser de traiter les conséquences de la guerre sans s’attaquer à ses causes et aux soutiens qui l’alimentent.
Mais la fermeté de Kinshasa doit s’accompagner de résultats tangibles. Les responsables des crimes doivent répondre de leurs actes.
Joseph Kabila a exercé la plus haute fonction de l’État. Il connaît les institutions, les fragilités du pays et le prix des conflits armés. Cette expérience aurait dû faire de lui un acteur de rassemblement. Son choix de prendre la tête du FRN, aux côtés des figures de l’AFC/M23, soulève au contraire une question politique majeure : que reste-t-il de son devoir envers la République ?
On ne prétend pas sauver un peuple en contribuant à l’incertitude sur son avenir. Et l’on ne peut invoquer l’intérêt national sans répondre des conséquences de ses alliances.
Rien ne surprend : Tshisekedi avait vu venir le danger. L’annonce du FRN donne un relief nouveau à ses avertissements et place Joseph Kabila devant ses responsabilités politiques.
Le Congo n’a pas besoin d’une nouvelle enseigne rebelle, ni d’un ancien président reconverti en chef d’une structure politico-militaire. Il a besoin de paix, de justice et d’un État capable de protéger son territoire.
Les sigles passeront. Les discours s’effaceront. Mais les Congolais n’oublieront ni ceux qui auront défendu la République ni ceux dont les choix auront contribué à la mettre à l’épreuve.
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