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13 mai, 2026 - 01:40:48
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Joseph Kabila, de maître du verrouillage à donneur de leçons : Une incohérence entre ses accusations et son propre bilan politique

Après des années de silence, Joseph Kabila sort de sa réserve pour critiquer la gouvernance actuelle de la RDC. Dans une interview au Sunday Times, il dénonce des « élections truquées » et une violation du « Pacte républicain ». Pourtant, ces accusations résonnent étrangement dans la bouche de celui qui a dirigé le pays pendant 18 ans, prolongeant son pouvoir par des manœuvres contestées et réprimant toute opposition. Peut-on véritablement donner des leçons de démocratie quand on a soi-même bâti un système opaque et autoritaire ? Son retour sur la scène publique soulève bien des questions.

Il est des silences qui honorent, et des paroles qui avilissent. L’ancienne posture mutique de Joseph Kabila, longtemps perçue comme un choix stratégique, a soudainement cédé la place à un discours qui suscite à la fois indignation et incrédulité. Dans une interview accordée au Sunday Times, l’ancien président de la RDC s’est livré à une critique acerbe de la gouvernance de son successeur, fustigeant la gestion de la crise politique, sécuritaire et sociale actuelle. Pourtant, ce qu’il présente comme un constat d’échec ne peut occulter son propre passif, encore trop douloureusement ancré dans la mémoire collective des Congolais.

Joseph Kabila dénonce la violation du « Pacte républicain » issu du dialogue de Sun City et pointe du doigt des « élections truquées » en 2023. L’indignation aurait été plus crédible si elle émanait d’une figure politique au passé exemplaire. Or, ce rappel aux principes républicains sonne faux, venant d’un homme qui a verrouillé le pays pendant 18 ans, prolongeant son mandat par des artifices constitutionnels et réprimant brutalement toute voix contestataire.

L’ironie est d’autant plus frappante lorsqu’il met en garde l’Afrique du Sud contre son engagement militaire en RDC sous mandat de la SADC, prétextant que ce soutien favoriserait un « régime tyrannique ». De quelle tyrannie parle-t-il donc ? Celle qui, sous son règne, a vu les manifestants pacifiques assassinés par les forces de l’ordre ? Celle qui a plongé le pays dans une corruption systémique, vidant les caisses de l’État ? Ou encore celle qui, à travers les politiques de mixage et de brassage des rébellions, a ouvert les portes de l’armée à des traîtres infiltrés par les ennemis de la RDC ?

Joseph Kabila refuse de voir l’évidence : si la RDC est aujourd’hui en proie à une guerre sanglante dans l’Est, c’est en partie le résultat de sa propre complaisance avec Kigali et Kampala. Son silence obstiné face aux massacres récurrents des populations congolaises par les forces supplétives rwandaises et ougandaises contraste avec sa soudaine volubilité sur des questions politiques. Que signifie donc cette prise de parole soudaine ? Une défense des intérêts du peuple congolais ? Rien n’est moins sûr.

Il s’agit bien plus d’une tentative de réhabilitation personnelle, au moment où la RDC doit faire face à une crise existentielle.
Car enfin, peut-on parler de défense du Pacte républicain quand on a été l’architecte d’un système opaque qui a pillé les richesses du pays ? Peut-on parler de souveraineté nationale quand on a livré l’économie congolaise à des intérêts étrangers en échange de sa propre survie politique ? Peut-on parler de liberté alors qu’on a brisé les aspirations démocratiques d’un peuple en imposant un régime de peur et de violence ?

L’ancien président aurait dû garder le silence, par décence. Car en ouvrant la bouche, il n’a révélé qu’une chose : son mutisme d’hier était celui d’un complice. Un complice qui, aujourd’hui, prétend encore donner des leçons de gouvernance, tout en affichant une indulgence suspecte envers ceux qui détruisent la RDC.

Dans un pays en guerre, l’heure est à la résistance et à la défense de l’intégrité territoriale. Il ne peut y avoir d’équivoque, ni de place pour les nostalgiques d’une époque qui a préparé le terrain au chaos actuel. Joseph Kabila n’est pas un sauveur. Il est l’un des artisans du désastre. Son retour sur la scène médiatique ne trompe personne : il ne parle pas pour le peuple, mais pour lui-même.

Tribune de Sagesse Makanisi

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