À l’heure où la République démocratique du Congo célèbre la 32ᵉ Journée mondiale de la liberté de la presse, la parole du ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a résonné comme un cri d’alarme autant qu’un acte de foi. En présence du président Félix Tshisekedi, le porte-parole du gouvernement a dressé un tableau contrasté de la situation médiatique nationale : d’un côté, des avancées législatives inédites portées par une volonté politique assumée ; de l’autre, un climat de guerre et de répression qui frappe de plein fouet les journalistes dans les zones sous occupation, livrés à la terreur et réduits au silence. Au-delà des faits, c’est un changement de paradigme que le ministre a voulu inscrire dans les esprits : la liberté de la presse, déjà fragile, se trouve désormais au cœur d’un affrontement global où les armes classiques côtoient les technologies numériques, dans une guerre hybride où l’intelligence artificielle alimente la désinformation. Face à cette offensive algorithmique, Muyaya a plaidé pour une mobilisation nationale — médias, État, société civile — afin de sanctuariser la vérité comme bien commun et ultime rempart contre la manipulation. Tout en rendant hommage aux professionnels de l’information engagés sur ce qu’il appelle « le front médiatique », le ministre a réaffirmé que l’indépendance journalistique ne s’oppose pas à la souveraineté nationale, mais en est l’un des piliers. Dans une adresse lyrique, il a défendu une presse debout, enracinée dans les valeurs républicaines, et porteuse d’un idéal : celui d’un Congo réconcilié avec lui-même, libre de ses mots autant que de ses frontières.
À l’occasion de la 32ᵉ Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée le 5 mai 2025 en République démocratique du Congo, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya a dressé un état des lieux contrasté de la situation médiatique du pays, entre avancées législatives et menaces sécuritaires persistantes. Dans un long discours prononcé en présence du président Félix Tshisekedi, Patrick Muyaya, a salué les progrès réalisés sous l’impulsion présidentielle tout en alertant sur les effets dévastateurs de l’agression rwandaise avec ses supplétifs.
« La presse congolaise traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire », a déclaré d’entrée de jeu le porte-parole du gouvernement, dénonçant la terreur, la censure, les arrestations et la destruction de matériels dans les zones sous occupation. Dans ces territoires, a-t-il poursuivi, « plus aucune voix ne se lève », alors que les journalistes y sont « ciblés » pour avoir tenté de « chercher la vérité ».
Un contexte de guerre informationnelle
Dans un discours particulièrement martial, le ministre a élargi la menace au champ de la désinformation numérique, décrivant une « guerre hybride » dans laquelle les balles rivalisent avec les algorithmes. « La guerre n’est plus seulement militaire ou diplomatique, elle est aussi médiatique », a-t-il insisté. S’appuyant sur l’exemple de la campagne nationale « Congolais Telema », Patrick Muyaya a vanté les efforts du gouvernement pour mobiliser la société face aux campagnes de manipulation, souvent alimentées, selon lui, par des outils d’intelligence artificielle malveillante au service des forces hostiles à la République.
À ce titre, le thème retenu pour cette édition — « Le journaliste congolais face au défi de l’intelligence artificielle : information et désinformation en temps de guerre » — a été jugé « hautement pertinent » par les autorités. Le ministre a annoncé la tenue prochaine d’un symposium national sur l’IA et plaidé pour une « coalition nationale » entre gouvernement, médias, fact-checkers et institutions d’autorégulation afin de répondre aux dérives numériques qui gangrènent l’espace public.
Une réforme législative d’ampleur
Malgré les menaces, Kinshasa entend poursuivre ses réformes du secteur médiatique. Le ministre Muyaya a rappelé que l’adoption de l’Ordonnance-Loi n°23/009 du 13 mars 2023 constitue une « réforme structurelle sans précédent ». Ce texte définit de nouvelles règles pour l’exercice de la liberté de la presse en RDC, requalifie économiquement l’entreprise de presse, et amorce la dépénalisation partielle des délits de presse en imposant l’obligation du droit de réponse avant toute action judiciaire.
Parmi les innovations en cours, plusieurs projets de décrets et arrêtés sont en phase de finalisation, notamment : une exonération des droits de douane sur les intrants médiatiques ; un allègement fiscal pour les médias de proximité ; une réforme du système d’accréditation des journalistes étrangers ; et la simplification des procédures d’enregistrement des médias.
Un projet de texte portant sur le statut du journaliste congolais — destiné à remplacer l’ordonnance-loi de 1981 — devrait être présenté prochainement au Conseil des ministres. « Ce texte viendra mettre en place des mécanismes clairs d’identification des journalistes », a assuré le ministre Muyaya.
Un partenariat renforcé avec la presse nationale
Autre annonce : le gouvernement envisage un appui financier transitoire à l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC), dont les activités ont récemment été relancées après plusieurs mois de paralysie. Avec le nouveau comité directeur et des textes rénovés, il sera question, selon le ministre, de renforcer le partenariat institutionnel pour l’amélioration de l’écosystème médiatique.
Évoquant la modernisation des médias publics, notamment la RTNC et l’Agence congolaise de presse (ACP), Patrick Muyaya a indiqué que l’État reste disposé à accompagner les médias privés dans leur mutation technologique, dans un contexte de transition numérique accélérée.
L’indépendance journalistique compatible avec la souveraineté nationale
S’adressant directement au chef de l’État, le ministre a conclu en rendant hommage aux journalistes engagés dans ce qu’il a qualifié de « front médiatique ». « L’indépendance rattachée au journalisme est compatible avec les intérêts vitaux de la République », a-t-il souligné, saluant les efforts des professionnels qui « déconstruisent la désinformation » et « défendent l’unité nationale » au péril de leur sécurité.
Dans un élan lyrique, il a qualifié la politique actuelle d’« écriture d’une page d’histoire en lettres d’or », annonciatrice d’un « Congo durablement guéri des cycles d’agression ». « Ce que nous défendons ici, ce n’est pas une corporation, c’est un idéal. C’est la vérité. Et dans notre pays, la vérité ne pliera jamais », a-t-il martelé.
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