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3 juin, 2026 - 22:32:14
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Champ de bataille sanglant des armées rwandaise et ougandaise Kisangani, 25 ans après : un documentaire de Déo Kasongo pour conjurer l’oubli

Vingt-cinq ans ont passé, mais à Kisangani, le temps n’a pas effacé les blessures. Du 5 au 10 juin 2000, la ville fut le théâtre d’un affrontement d’une rare violence entre armées étrangères du Rwanda et de l’Ouganda, au prix de centaines de vies civiles et d’un saccage durable. Ce drame, longtemps relégué aux marges de la mémoire nationale, revient aujourd’hui dans la lumière grâce au documentaire « La guerre des six jours de Kisangani », écrit et produit par Déo Kasongo. Projeté à Kinshasa le 5 juin, ce film bouleversant exhume les silences, redonne voix aux survivants, et rappelle à la nation que sans mémoire, il n’est ni justice, ni avenir commun.

Vingt-cinq ans après la guerre des Six Jours, Kisangani n’a pas oublié. La capitale provinciale de la Tshopo, théâtre d’un affrontement sanglant entre deux armées étrangères au mois de juin 2000, porte encore les marques d’un drame qui a bouleversé à jamais son histoire. Pour raviver cette mémoire, le film documentaire « La guerre des six jours de Kisangani », produit par Déo Kasongo, a été projeté jeudi 5 juin à Kinshasa, dans la salle Ciné Buzz, devant un public attentif et ému.

Cette initiative, soutenue par le ministère de la Justice et le Fonds de répartition des indemnisations aux victimes des activités illicites de l’Ouganda (Frivao), a été pensée comme un acte de mémoire, un geste de reconnaissance envers les victimes et les survivants. Un quart de siècle plus tard, alors qu’une nouvelle génération se lève, souvent ignorante de ce pan de l’histoire nationale, ce documentaire se veut un pont entre les époques, une tentative de transmission.

Avant la projection, le coordonnateur ad intérim du Frivao, Chancard Bolukola, a pris la parole pour souligner la portée de l’événement : « Ce soir, nous faisons silence pour écouter le cri d’une ville, le cri des Kisangani, le cri d’un peuple, le cri d’une nation. Ce documentaire n’est pas simplement une production cinématographique. C’est un cri déchirant dans la mémoire collective. C’est un acte de transmission, une mémoire tendue à une histoire pour que jamais l’oubli ne devienne une force. »

La guerre des Six Jours, du 5 au 10 juin 2000, a vu s’affronter à Kisangani les forces ougandaises et rwandaises, provoquant la mort de centaines de civils, la destruction d’infrastructures publiques et privées, et des traumatismes durables pour la population. Alors que les armes se sont tues depuis longtemps, les séquelles, elles, demeurent visibles et vivantes.

Le documentaire, en retraçant les événements, fait entendre des témoignages directs. Il redonne visage et voix à ceux dont la douleur est restée enfouie. Il rappelle aussi que la mémoire n’est pas un luxe, mais une nécessité : « Un pays affronte la douleur, et le pays, c’est donc le moyen de nourrir sa mémoire collective. Car, sans mémoire collective, il n’y a pas de destin commun. Sans mémoire, il n’y a pas de solidarité entre les générations », a rappelé Bolukola.

Frivao, en tant qu’organe de répartition des indemnisations décidées par la justice internationale, poursuit également une mission concrète : celle de réparer, autant que possible, les dommages humains et matériels causés par l’invasion du territoire national. À cet égard, le documentaire agit comme un levier : « C’est un appel à la responsabilité individuelle, un appel à la mobilisation collective, un appel à l’éveil patriotique », a-t-il insisté.

Une lumière dans l’obscurité

Dans l’obscurité feutrée de la salle de cinéma, le film n’a pas seulement ravivé la douleur, il a éclairé un chemin. Celui de la justice, de la mémoire, et de l’avenir. Le coordonnateur de Frivao l’a exprimé avec gravité : « Nous tendons la main aux survivants. Nous leur disons : nous vous avons vus. Nous vous avons écoutés. Votre douleur est inscrite dans notre mémoire et elle le restera. »

« Ensemble, faisons de ce film un point de départ. Un acte fondateur. Une pierre blanche dans notre chemin. Vers la vérité. Vers la justice. Vers la République. »

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