Au cœur d’une séquence diplomatique décisive pour l’avenir de l’Est de la République démocratique du Congo, le Panel de l’Union africaine en appelle solennellement à la responsabilité collective des Congolais. En visite à Kinshasa lundi 14 juillet, un mois après la signature de l’accord de paix de Washington, les anciennes présidentes Sahle-Work Zewde et Catherine Samba-Panza ont exhorté autorités et populations à s’approprier pleinement cet engagement historique, présenté comme une « ouverture vers la stabilité ». Un appel fort, lancé depuis le bureau de la Première ministre Judith Suminwa, et qui sonne comme un point de bascule : entre espoir et détermination, l’appropriation nationale du processus devient la clef d’une paix durable.
Un mois après la signature de l’accord de paix de Washington, un tournant diplomatique salué à travers le continent, le Panel des Facilitateurs de la Médiation Africaine pour la paix en République démocratique du Congo (RDC) s’est rendu lundi 14 juillet à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, dans le cadre d’une visite de suivi. Reçues en audience par la Première ministre Judith Suminwa, les deux anciennes cheffes d’État Sahle-Work Zewde (Éthiopie) et Catherine Samba-Panza (République centrafricaine) ont appelé les autorités comme les populations congolaises à s’approprier pleinement cet accord, présenté comme un jalon décisif sur la voie de la stabilité durable dans l’Est du pays.
« La signature de l’accord de paix est une ouverture vers la stabilité. Il est crucial que la population congolaise se l’approprie », a insisté Catherine Samba-Panza à l’issue de la réunion.
Un échange stratégique avec la cheffe du gouvernement
C’est au cabinet de la Première ministre, dans une atmosphère décrite comme studieuse et ouverte, que s’est tenu l’entretien entre le Panel et l’Exécutif congolais. L’objectif affiché : recueillir la lecture de Kinshasa sur les processus en cours et renforcer la coordination régionale autour des initiatives de paix.
« Il était important pour nous, dans le cadre de la mission que l’Union africaine nous a confiée, de rencontrer les autorités, les acteurs clés et bientôt les communautés affectées, pour voir ce qu’il est possible de faire pour consolider les divers accords », a expliqué Mme Samba-Panza, qui co-pilote la médiation.
Dans un contexte marqué par de multiples tentatives diplomatiques — processus de Luanda, feuille de route de Nairobi, dialogue de Doha — la démarche vise à créer des synergies plutôt qu’à empiler les mécanismes. L’approche inclusive et contextuelle est privilégiée.
« Pour résoudre un conflit, il n’y a pas une feuille de route universelle », a souligné Mme Zewde, l’ancienne présidente éthiopienne, en saluant la richesse des informations partagées par la cheffe du gouvernement congolais.
L’accord de Washington salué, la dynamique de Doha encouragée
Signé le 27 juin dernier sous l’égide des États-Unis, l’accord de Washington prévoit notamment la cessation des hostilités dans l’Est de la RDC, le retrait progressif des groupes armés, et la mise en place d’un mécanisme conjoint d’évaluation sous supervision internationale. S’il reste encore flou sur certains aspects, le texte a été accueilli comme une percée majeure dans un contexte longtemps bloqué par l’intransigeance du M23, soutenu par le Rwanda, selon plusieurs rapports de l’ONU.
Le Panel des Facilitateurs ne cache pas son optimisme prudent.
« Cet accord constitue une base solide pour avancer. Il doit désormais vivre au cœur des populations, des autorités locales, des communautés », a martelé Mme Samba-Panza.
Quant aux discussions de Doha, toujours en cours sous la médiation du Qatar et avec l’appui des États-Unis et de l’Union africaine, les deux émissaires estiment qu’elles évoluent « dans le bon sens », malgré les tensions persistantes autour du statut de certaines localités stratégiques du Nord-Kivu et du rôle controversé de certains pays voisins.
« Nous espérons que cela aboutira à une solution durable, avec une Union africaine prête à assumer sa responsabilité dans la mise en œuvre », a déclaré Sahle-Work Zewde.
Un leadership féminin mis en avant
Ce déplacement fut aussi l’occasion de souligner la portée symbolique de cette rencontre entre trois femmes africaines aux commandes de dossiers stratégiques. La nomination de Judith Suminwa à la tête du gouvernement congolais — une première dans l’histoire du pays — continue de faire écho bien au-delà des frontières nationales.
« Vous êtes dans un pays où la promotion des femmes est une réalité. Le bon exemple est là, avec Mme la Première ministre », a salué la présidente honoraire de la République centrafricaine.
Cette dimension, loin d’être anecdotique, traduit une volonté de renforcer l’inclusion et la légitimité des processus de paix, souvent dominés par des logiques militaires et masculines. Le Panel, entièrement composé de femmes, souhaite porter les voix souvent marginalisées : celles des mères, des déplacés, des survivants.
Un mandat stratégique pour l’Union africaine
Créé par l’Union africaine au début de l’année 2024, le Panel des Facilitateurs pour la Paix en RDC a pour mission de favoriser la médiation, d’appuyer les efforts de réconciliation et de relancer les dialogues suspendus ou conflictuels. Son action se veut complémentaire des efforts bilatéraux et multilatéraux déjà engagés.
À l’heure où les FARDC poursuivent des opérations conjointes avec des contingents régionaux et que les tensions diplomatiques persistent avec Kigali, l’appel lancé ce 14 juillet depuis Kinshasa résonne comme une mise en garde : sans appropriation nationale, aucune paix ne tiendra.
La balle est désormais dans le camp des Congolais – gouvernants, forces vives et citoyens – pour transformer les avancées diplomatiques en paix tangible sur le terrain.
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