2 août. En ce jour de mémoire profonde, Félix Tshisekedi a insufflé une nouvelle dynamique à la commémoration du Génocost. Plus qu’un simple hommage, cette cérémonie à Kinshasa s’est muée en un engagement ferme et solidaire, où vérité historique et aspiration à la paix s’entrelacent. Par ses mots et ses actions, le président affirme la détermination de la RDC à faire reconnaître ce chapitre douloureux à l’échelle internationale, tout en jetant les bases d’un avenir respectueux de la dignité de son peuple.
Sous un ciel lourd de mémoire, le président Félix Tshisekedi a présidé, samedi 2 août, la cérémonie commémorative de la Journée du Génocost. Face aux autorités, aux représentants de la société civile et aux survivants, le chef de l’État a livré un message solennel : « Nous sommes venus répondre à un triple appel : mémoire, dignité, justice ».
Dans un silence recueilli, interrompu par un moment d’hommage aux millions de Congolais « sauvagement massacrés, souvent déportés, et trop longtemps condamnés au silence », le président a rappelé la gravité de l’histoire. « Le contraire de l’amour, ce n’est pas la haine, c’est l’indifférence. Le contraire de la vie, ce n’est pas la mort, c’est l’oubli », a-t-il cité d’Elie Wiesel, avant de dresser un constat accablant : « Depuis plus de trois décennies, la République démocratique du Congo subit une guerre d’agression… transformée en une entreprise prédatrice à visée économique et en une atteinte délibérée à notre identité collective ».
Des noms devenus des stigmates
Kasika, Makobola, Katogota, Kamituga, Mwinga, Kilungutwe, Mugunga, Bambo, Yumbi… autant de localités que Félix Tshisekedi a égrenées comme des plaies béantes. « Ces noms ne sont plus de simples repères géographiques, mais les stigmates d’un drame humain d’une ampleur telle qu’il interpelle la conscience universelle », a-t-il lancé, rappelant que « chaque chiffre dissimule une vie brisée, un rêve éteint, une famille meurtrie ».
Le chef de l’État a appelé à « préserver cette mémoire et en faire le socle d’une action lucide, responsable et irréversible », dénonçant un projet d’éradication « parfois jusqu’à l’extermination », tel que l’établit le rapport Mapping des Nations unies et les travaux d’experts congolais.
« Le Génocost n’est pas qu’un épisode du passé »
Plus qu’un retour sur l’histoire, Félix Tshisekedi a alerté sur la continuité des violences : « Cette logique d’anéantissement se poursuit aujourd’hui, sous d’autres formes mais avec la même brutalité dans l’Est de notre pays », accusant « les forces rwandaises et leurs supplétifs du M23-AFC » de commettre « massacres, violences sexuelles systématiques, enrôlement forcé d’enfants et destructions d’infrastructures ».
Ces exactions, selon lui, « menacent à chaque instant les efforts de paix que nous avons engagés avec détermination », en référence à l’accord de Washington conclu sous l’égide de Donald Trump. Et de marteler : « Ce drame, rapporté par les médias internationaux, vient cruellement nous rappeler que le Génocost n’est pas qu’un épisode du passé ».
Un appel à la communauté internationale
À la veille de l’installation d’une commission d’enquête indépendante sur les massacres dans l’Est, le président a lancé « un appel solennel à la communauté internationale » pour qu’elle soutienne « cette démarche essentielle visant à établir la vérité, rendre justice aux victimes et jeter les fondements d’une paix durable fondée sur la mémoire et la responsabilité ».
Il a annoncé « un plaidoyer de haut niveau pour la reconnaissance internationale du Génocost comme génocide », affirmant qu’il est « temps de rompre le silence, de lever les tabous et de démontrer juridiquement que plusieurs massacres répondent aux critères définis par la Convention de 1948 ».
« Ce combat n’a rien d’un statut victimaire. Il s’agit de rétablir une vérité historique occultée et d’exiger justice au nom de notre dignité », a-t-il insisté, promettant : « Quel que soit le temps que cela prendra, nous n’abandonnerons jamais ce combat ».
Une double offensive : politique et diplomatique
Félix Tshisekedi a appelé les deux chambres du Parlement à « adopter sans délai une résolution officielle proclamant, au nom de la nation, la reconnaissance des génocides commis sur notre sol », qualifiant cette démarche « d’acte souverain de vérité et de mémoire ».
Sur le plan international, il a annoncé « une campagne offensive et concertée auprès des États épris de justice et des institutions multilatérales », avec « une séquence structurante à l’automne 2025 en marge de la 60e session des Nations unies », et un dialogue diplomatique ciblé avec les chancelleries accréditées à Kinshasa.
« La République ne vous oubliera jamais »
Le président a conclu son allocution par un hommage vibrant aux forces vives de la nation : associations, chercheurs, survivants, défenseurs des droits humains, qui « ont maintenu vivante la flamme de la vérité et de la mémoire ». « À nos victimes, à leurs familles, à notre peuple meurtri, je dis ceci : la République ne vous oubliera jamais.
Ne pas oublier, ne jamais répéter, et commencer à guérir, plus jamais seul », a-t-il affirmé, avant de rappeler les mots d’Isaïe : « Les ténèbres ne régneront pas à toujours sur le pays envahi par l’angoisse ».
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