À Paris, où il est jugé pour complicité de crimes contre l’humanité, Roger Lumbala joue désormais sa survie judiciaire. L’ancien chef rebelle congolais, qui conteste la compétence des tribunaux français, tente une ultime manœuvre : appeler à la rescousse ceux qui furent jadis ses compagnons de lutte. Dans une lettre adressée au vice-Premier ministre de la Défense, Jean-Pierre Bemba, il supplie ce dernier de témoigner en sa faveur, évoquant « une peine maximale » qu’il dit encourir. Lumbala, 67 ans, exhorte également d’anciens cadres du MLC à sortir du silence. Au cœur de cette affaire, l’opération « Effacer le tableau », une offensive meurtrière menée dans le Nord-Kivu en 2002-2003, dont il nie aujourd’hui avoir assumé le commandement politique et militaire. Entre bataille judiciaire, enjeux de mémoire et tensions diplomatiques latentes, l’ancien ministre semble miser sur le poids symbolique de Bemba pour infléchir une procédure qu’il juge implacable. Une stratégie à haut risque, dans un dossier où justice et politique s’enchevêtrent.
Face à une justice française qu’il accuse d’acharnement, Roger Lumbala tente une dernière stratégie. À 67 ans, l’ancien chef rebelle congolais, poursuivi à Paris pour complicité de crimes contre l’humanité, implore désormais l’intervention de Jean-Pierre Bemba, actuel vice-Premier ministre de la Défense et figure centrale de l’ex-rébellion du MLC. Dans une lettre au ton dramatique, transmise ces derniers jours, il demande à son ancien allié politique de témoigner en sa faveur.
« Je risque une peine maximale », écrit-il, exhortant Bemba à faire parvenir, via l’ambassade de France ou la MONUSCO, une déclaration susceptible d’alléger sa charge. Il invite également « ceux qui connaissent la vérité », anciens cadres du MLC, à se manifester. Une démarche exceptionnelle tant les relations entre anciens groupes armés demeurent marquées par des rivalités persistantes.
Un procès hautement politique
Depuis l’ouverture de son procès, Roger Lumbala conteste frontalement la légitimité de la procédure. « La France n’est pas compétente pour me juger, vous allez me juger tout seuls », avait-il lancé aux magistrats, refusant de se présenter à plusieurs audiences. Son nom reste associé à l’opération « Effacer le tableau », une offensive menée entre octobre 2002 et janvier 2003 par le RCD-National dans le Nord-Kivu, région convoitée pour ses ressources minières. Les enquêteurs français l’accusent d’en avoir dirigé la structure politique et militaire, ce que l’intéressé récuse fermement.
Dans ce dossier, où se croisent histoire du conflit congolais, justice internationale et rivalités internes aux anciennes factions armées, l’appel à Jean-Pierre Bemba revêt une dimension hautement politique. Lumbala compte sur celui qu’il considère encore comme un acteur clé de l’époque pour apporter un éclairage susceptible de fragiliser l’accusation.
L’ultime pari d’un prévenu isolé
À mesure que les audiences avancent, l’ancien ministre semble se retrouver seul face à une machine judiciaire qu’il juge « implacable ». Son appel à témoins, lancé à l’ensemble des ex-responsables du MLC, témoigne de l’isolement grandissant dans lequel il évolue. Pour le principal intéressé, l’intervention de Bemba pourrait infléchir une procédure dont l’issue s’annonce lourde de conséquences.
Dans cette affaire explosive, où se mêlent mémoire des violences, ambitions politiques passées et responsabilité pénale, Roger Lumbala joue désormais sa dernière carte : convaincre ses anciens compagnons de lutte de se ranger à ses côtés dans une bataille judiciaire qui dépasse largement sa seule personne.
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