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2 juin, 2026 - 18:50:06
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Auditions décisives à Paris : le procès Lumbala met sous pression l’AFC/M23 et son illusion d’impunité

La Cour d’assises de Paris a fait basculer le procès de Roger Lumbala dans sa phase la plus cruciale en ouvrant, cette semaine, les auditions des témoins et des victimes, après avoir sèchement écarté l’exception d’incompétence soulevée par l’ancien chef du RCD-N. Pour la première fois, une figure politique et militaire congolaise de premier plan se retrouve placée devant une cour occidentale face aux récits structurés de survivants, d’ex-combattants et d’experts qui remontent le fil des violences de l’opération « Effacer le tableau ». Ce moment marque bien plus qu’une étape judiciaire : il consacre un tournant politique majeur pour la République démocratique du Congo, en démontrant que les crimes commis dans l’Est du pays ne restent plus enfermés dans la clandestinité des maquis ni protégés par les jeux troubles des alliances régionales. Désormais, ils entrent dans le champ du droit international, où aucune frontière ne peut garantir l’impunité. Ce signal résonne d’autant plus fort que les violences continuent de ravager le Nord-Kivu et l’Ituri, où l’AFC/M23 multiplie les exactions : viols collectifs, exécutions sommaires, enlèvements, documentées par Amnesty International et d’autres organisations. Les dirigeants de ces mouvements, qu’ils se nomment Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa ou autrement, ne peuvent ignorer la portée de ce procès : la justice internationale, lente mais implacable, progresse toujours vers ceux qui pensent pouvoir l’esquiver. Et si la procédure se déroule en France, elle repose sur un patient travail congolais de documentation, d’enquête et de coopération, signe d’un État qui, malgré les obstacles, renforce son appareil judiciaire et refuse que les crimes de l’Est sombrent dans l’oubli. L’affaire Lumbala dépasse donc le destin d’un homme : elle éclaire la permanence d’un système de violence que la RDC a entrepris de déconstruire. Elle rappelle que les guerres congolaises ne sont pas un chapitre clos, mais une réalité dont les séquelles structurent encore le présent. Elle montre enfin que lorsque la justice s’affirme avec constance, elle devient une promesse pour les victimes et une menace pour les bourreaux. Le message est clair : ceux qui, aujourd’hui encore, instrumentalisent la terreur finiront par répondre de leurs actes. L’histoire judiciaire ne se referme jamais sans avoir d’abord retrouvé ceux qui l’ont affrontée.

Le procès de Roger Lumbala Tshitenga, ancien ministre, ex-sénateur et ex-chef du RCD-N, a franchi un nouveau seuil dès le début de la semaine. Dans un document rendu public, la Cour d’assises de Paris a confirmé être compétente pour connaître des accusations de crimes contre l’humanité liées aux exactions perpétrées entre 2000 et 2003 dans le Nord-Est de la RDC. Le rejet de l’exception d’incompétence, dernier bouclier juridique tenté par la défense, ouvre la porte à une séquence d’auditions particulièrement dense.

Les témoignages se succèdent déjà : un ancien officier du RCD-KML puis du RCD-N a inauguré, lundi 24 novembre, cette longue série, avant les premières victimes venues de Bafwasende, dans la Tshopo, l’un des bastions historiques du mouvement. Suivront, les jours suivants, les victimes pygmées et les survivantes de violences sexuelles, puis celles d’Epulu. À partir du 1ᵉʳ décembre, les habitants de Mambasa, puis un prêtre italien ayant vécu les événements de près, viendront déposer. La Cour entendra ensuite les victimes de Mandima, principalement des affaires de violences sexuelles, puis des experts psychologues. Les auditions se clôtureront par des témoignages en visioconférence et par les témoins cités par la défense.

Cette organisation minutieuse reflète l’ambition du tribunal : comprendre l’architecture des violences, leur systématicité, et le degré de responsabilité de l’accusé.

La justice française expose la mécanique du commandement

Les enquêteurs français ont, durant plusieurs années, accumulé témoignages directs, rapports d’ONG, articles de presse et dépositions recueillies par la Cour pénale internationale. Ces éléments, mis en perspective, convergent vers la même conclusion : le RCD-N a commis des « violences systématiques », et Roger Lumbala, en tant que chef politique et militaire, « ne pouvait ignorer les exactions perpétrées sous son autorité ».

Pour Me Daniele Perissi, avocat de la partie civile, cette phase d’audition marque un « moment charnière » de la procédure : « Les juges peuvent enfin dépasser les objections préliminaires et entrer pleinement dans l’examen du fond », estime-t-il.

Arrêté par les autorités françaises en 2020, Roger Lumbala est ainsi devenu la première personnalité congolaise jugée en France pour crimes contre l’humanité. Cette affaire, inédite par son ampleur, pourrait ouvrir la voie à d’autres poursuites dans le cadre de la compétence extraterritoriale exercée par certains États européens.

Un signal politique qui dépasse le seul cas Lumbala

Au-delà de sa portée judiciaire, le procès envoie un message politique d’une rare clarté. Il montre que les crimes commis dans l’Est de la RDC peuvent aujourd’hui entraîner des poursuites bien au-delà des frontières congolaises. Le temps où des chefs rebelles pouvaient espérer disparaître dans les interstices des conflits régionaux paraît révolu.

Cette affaire résonne particulièrement dans un contexte où les violences se poursuivent dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, notamment du fait de la coalition AFC/M23. Plusieurs organisations internationales, dont Amnesty International dans un rapport largement relayé, ont documenté des violations massives : viols collectifs, exécutions sommaires, enlèvements, attaques ciblées contre des civils. Des crimes qui rappellent, par leur ampleur et leur méthode, les opérations menées par des groupes armés dans les années 2000.

Dans cette perspective, des figures comme Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa ou d’autres membres de la direction politique et militaire de l’AFC/M23 ne peuvent ignorer la portée de cette procédure. Le procès Lumbala constitue une réponse indirecte mais ferme à ceux qui se pensent hors d’atteinte : l’impunité n’est plus une garantie, ni en RDC, ni à l’étranger. La mécanique judiciaire, lente mais imparable, finit toujours par rattraper ses cibles.

Un avertissement adressé à tous les fauteurs de guerre dans l’Est

Le procès Lumbala rappelle que l’histoire judicaire ne s’efface jamais totalement. Les crimes commis au nom d’une cause armée, d’un agenda politique ou d’une stratégie de terreur finissent toujours par émerger dans les prétoires, parfois des décennies plus tard. Les survivants, eux, ne renoncent pas. Les ONG poursuivent. Les États qui se dotent de juridictions extraterritoriales avancent.

Pour les populations du Nord-Kivu, du Sud-Kivu ou de l’Ituri, ce procès a une portée symbolique forte : les crimes commis aujourd’hui sont déjà en train d’être documentés, et leurs auteurs qu’ils évoluent dans les maquis ou dans les salons diplomatiques, pourraient demain être confrontés aux mêmes salles d’audience que Roger Lumbala.

L’affaire Lumbala n’est donc pas seulement un procès du passé : elle est un avertissement pour le présent. Un message adressé à ceux qui, comme l’AFC/M23, continuent de penser que la violence armée peut encore leur offrir une immunité politique. La justice, en RDC comme au-delà, finit toujours par retrouver son chemin.

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