Il arrive que des textes diplomatiques, longtemps attendus, portent davantage qu’un simple engagement politique : ils tracent une perspective. Les Accords de Washington appartiennent à cette catégorie. Le document scellant une désescalade entre la RDC et le Rwanda ouvre pourtant, pour la première fois depuis des années, un horizon de stabilité, de coopération et de prospérité pour la nation congolaise, pour les Grands Lacs et, au-delà, pour l’Afrique tout entière. Loin des fantasmes de « bradage » qui enflamment le débat, cet accord établit avec une clarté rare les garanties essentielles : souveraineté préservée, intégrité territoriale réaffirmée, prérogatives régaliennes intactes. Il engage surtout les parties à des mesures concrètes : retrait du M23, démantèlement des administrations parallèles, sécurisation des populations, restauration progressive de l’autorité de l’État. Pour la RDC, ces avancées ne sont pas accessoires : elles conditionnent le retour à la paix et la possibilité, enfin, de tourner la page des cycles de violence imposés à l’Est. La dimension positive ne tient pas seulement au cessez-le-feu structuré qu’il préfigure. Elle réside aussi dans la perspective de coopération régionale qu’il autorise, encadrée, transparente, conforme au droit congolais. Parcs nationaux mieux protégés, projets hydroélectriques, sécurisation des chaînes d’approvisionnement, initiatives économiques transfrontalières : autant de leviers qui, s’ils sont rigoureusement mis en œuvre, peuvent transformer durablement les dynamiques de conflit en dynamiques de développement partagé. Ce texte ne minimise ni la douleur vécue, ni les défis qui demeurent. Mais il reconnaît une vérité essentielle : la paix n’est pas seulement l’absence de guerre, elle est la condition même du développement. Mettre fin à l’insécurité dans l’Est, rétablir l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national, garantir l’accès humanitaire, rouvrir les routes, relancer les activités commerciales : c’est ainsi que les populations pourront retrouver une vie digne, productive, stable. L’accord de Washington est un pari, certes. Mais c’est un pari assumé, structuré, porteur de sens.
Rarement un accord de paix aura suscité autant de commentaires avant même sa publication complète. Signé à Washington sous l’égide du gouvernement américain, le texte qui doit encadrer la désescalade entre la République démocratique du Congo et le Rwanda fait l’objet d’un débat national intense. Entre accusations d’opacité, craintes de spoliation des ressources et soupçons de concessions territoriales, les autorités congolaises ont entrepris de clarifier les contours d’un document qu’elles jugent « protecteur de la souveraineté » et « structurant pour le retour de l’État » dans l’Est.
Au cœur de ce travail de pédagogie, dix questions, devenues en quelques jours les pivots de la controverse, définissent l’esprit et la portée de l’accord.
1. Le contenu de l’accord sera-t-il rendu public ?
Oui. La Constitution congolaise prévoit expressément la possibilité de publier tout accord international régulièrement signé au Journal officiel. Le gouvernement affirme qu’il s’y conformera.
2. La souveraineté est-elle menacée ?
Non, assure Kinshasa. Le préambule et l’un des points centraux de l’accord réaffirment le respect absolu de la souveraineté des États. L’article 1.4 engage les parties à « ne pas commettre, soutenir ou tolérer » tout acte portant atteinte à l’intégrité territoriale de l’autre. Les prérogatives régaliennes : retour des déplacés, contrôle du territoire, désarmement, gestion des ressources, restent strictement congolaises.
Cette clause implique, souligne le gouvernement, le retrait du M23 de Goma, Bukavu et de toutes les zones contrôlées, ainsi que le démantèlement des administrations parallèles.
3. Pourquoi Washington et non Kinshasa ?
Les États-Unis ont servi de lieu neutre accepté par les deux parties. Le gouvernement précise que le lieu n’a aucune incidence sur la souveraineté congolaise ni sur le contenu des engagements.
4. L’accord consacre-t-il un pillage des ressources par le Rwanda ?
Le texte n’introduit ni cogestion ni cession de ressources naturelles. Il prévoit, à une date ultérieure, un cadre séparé de coopération régionale, limité à quelques axes exploratoires : gestion des parcs nationaux, projets hydroélectriques, sécurisation des chaînes d’approvisionnement miniers ou coopération sur le lac Kivu.
Ces domaines seront encadrés par des mécanismes d’audit indépendants et devront respecter la législation congolaise. Il s’agit, selon Kinshasa, de prévenir les économies parallèles alimentant le conflit.
5. Y a-t-il eu opacité ?
Le gouvernement s’en défend fermement. Le Président de la République dispose d’un mandat constitutionnel pour négocier les accords internationaux. Le texte prévoit en outre une mise en œuvre inclusive avec les autorités territoriales, coutumières et les communautés locales. Un Comité conjoint, incluant des garants internationaux, surveillera l’application de l’accord.
6. Qu’en est-il de la justice et des droits des victimes ?
L’accord n’est pas un instrument de justice transitionnelle, mais il établit plusieurs garde-fous. Les signataires se déclarent déterminés à respecter les droits humains. Toute éventuelle réintégration dans les forces congolaises serait individuelle, conditionnelle et exclurait toute personne impliquée dans des violations graves.
7. L’accord facilite-t-il la balkanisation de la RDC ?
Non. Il réaffirme le principe d’intangibilité des frontières, inscrit dans l’Acte constitutif de l’Union africaine. Le démantèlement des administrations parallèles établies par le M23 constitue une obligation claire du texte.
8. Le document prévoit-il un mixage ou brassage FARDC–rebelles ?
Aucun des deux termes n’y figure. Le texte écarte explicitement toute réintégration automatique, la conditionnant à l’examen individuel et au respect du droit humanitaire.
9. L’accord est-il contraignant ?
Oui. Les engagements sont obligatoires, assortis d’un calendrier et d’un mécanisme de suivi impliquant des partenaires internationaux et régionaux.
10. Que gagne la population congolaise ?
Le gouvernement évoque cinq priorités : la restauration de l’autorité de l’État ; la réouverture des routes et la fin des obstacles posés par les groupes armés ; un accès humanitaire sécurisé ; une meilleure protection des civils ; la relance des activités économiques dans les zones jusque-là enclavées.
Pour Kinshasa, l’accord de Washington représente une « base de rupture » avec les cycles de violence répétés à l’Est.
Pitshou Mulumba, Envoyé Spécial à Washington DC

