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4 juin, 2026 - 05:00:29
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Russie–Afrique : le Caire accueille une conférence ministérielle consacrée à la coopération politique et économique

La deuxième conférence ministérielle du Forum de partenariat Russie–Afrique s’ouvre ce vendredi 19 décembre au Caire, réunissant les chefs de la diplomatie russe et africaine dans un moment de forte densité géopolitique. Pour la première fois depuis la création du Forum en 2019, cette rencontre de deux jours se tient sur le continent africain, un choix que Moscou revendique comme éminemment politique. « Nous nous félicitons que cette conférence ait lieu en Afrique, conformément au souhait exprimé par nos partenaires », souligne Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères. L’événement intervient dans un contexte international marqué par la fragmentation des alliances traditionnelles, la remise en cause de l’ordre libéral occidental et l’affirmation croissante des puissances du Sud. Pour la Russie, l’Afrique n’est plus un simple espace d’influence périphérique, mais un acteur central de la recomposition du monde.

Dans son texte, Sergueï Lavrov inscrit résolument le partenariat russo-africain dans la longue durée. « Nos amis africains se souviennent que notre pays, alors l’Union soviétique, a soutenu leur aspiration à se libérer du joug de la dépendance coloniale », écrit-il, rappelant le rôle déterminant de Moscou dans l’adoption, il y a 65 ans, de la Déclaration des Nations unies sur l’octroi de l’indépendance aux pays coloniaux.

Cette référence n’est pas fortuite. Elle permet à la Russie de se distinguer des anciennes puissances coloniales et de revendiquer une relation « sans zones d’ombre ». Vladimir Poutine l’a lui-même affirmé, rappelle Lavrov : « Jamais, à aucun moment, nous ne nous sommes livrés à l’exploitation des peuples africains. » Un argument politique central, à l’heure où de nombreux États africains dénoncent la persistance de rapports asymétriques avec l’Occident.

L’Afrique, pilier du monde multipolaire

Au cœur du discours russe figure une conviction : l’Afrique traverse ce que Lavrov qualifie de « second réveil ». Après la décolonisation politique du XXᵉ siècle, les peuples africains luttent désormais pour une souveraineté pleine, économique, sécuritaire et diplomatique. « Nous soutenons pleinement cette lutte », affirme le chef de la diplomatie russe, soulignant l’engagement de Moscou contre les « formes contemporaines du néocolonialisme ».

La Russie plaide pour une Afrique qui parle « d’une seule voix » sur la scène internationale et soutient une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU intégrant davantage les intérêts du continent. « La diplomatie russe contribuera à l’édification de l’Afrique en tant que centre d’influence majeur du monde multipolaire », insiste Lavrov, rappelant que cette priorité figure noir sur blanc dans le Concept de politique étrangère de la Fédération de Russie.

Sécurité et souveraineté : une approche assumée

Membre permanent du Conseil de sécurité, la Russie affirme accorder une « attention particulière » à la paix et à la sécurité en Afrique, condition sine qua non du développement. « Dans l’esprit du principe “des solutions africaines aux problèmes africains”, nous contribuons au règlement des conflits régionaux », écrit Sergueï Lavrov, évoquant également le renforcement des capacités des États africains face au terrorisme et aux menaces transnationales.

Ce positionnement, souvent perçu comme pragmatique par plusieurs capitales africaines, tranche avec les conditionnalités politiques fréquemment associées à l’aide occidentale. Moscou met en avant une coopération sécuritaire fondée sur la demande des États et le respect de leur souveraineté.

Économie, commerce et investissements : le tournant pragmatique

Au-delà du politique, la Russie insiste sur la densification des échanges économiques. Le volume du commerce russo-africain a dépassé 27 milliards de dollars en 2024, soit une hausse de plus de 50 % par rapport à 2019. « Nous sommes convaincus que ce chiffre est loin d’être la limite », assure Lavrov, évoquant l’élargissement des règlements en monnaies nationales et l’accès accru des produits africains au marché russe.

La Russie met également en avant la Zone de libre-échange continentale africaine, appelée à devenir un marché commun de plus de trois trillions de dollars de PIB. « Nous n’avons jamais considéré l’Afrique comme une simple base de matières premières », insiste le ministre, soulignant les projets d’investissement dans l’énergie, les infrastructures, la logistique, l’agriculture et les hautes technologies, y compris le numérique et l’intelligence artificielle.

Humanitaire, éducation et soft power

Moscou rappelle enfin ses actions humanitaires et éducatives. En 2024, 200 000 tonnes de blé russe ont été livrées à des pays africains vulnérables. Parallèlement, plus de 32 000 étudiants africains poursuivent actuellement leurs études en Russie, tandis que le nombre de bourses accordées au continent a presque triplé depuis 2020, dépassant 5 300 places.

« Au cœur du code culturel russe se trouvent les valeurs de solidarité et d’assistance mutuelle », écrit Lavrov, établissant un parallèle avec la philosophie africaine de l’Ubuntu : « Je suis parce que nous sommes. »

Une offre politique claire, un test pour l’Afrique

La conférence du Caire ne se limite pas à un exercice diplomatique. Elle constitue un test. La Russie propose un partenariat « constructif, tourné vers l’avenir », sans masquer son ambition stratégique. Pour les États africains, l’enjeu est désormais de transformer cette convergence politique en résultats économiques et sociaux tangibles, sans substituer une dépendance à une autre.

Moscou espère que cette réunion donnera un nouvel élan au partenariat et ouvrira la voie à un troisième sommet Russie–Afrique en 2026. Dans un monde fragmenté, l’Afrique apparaît plus que jamais comme un arbitre discret mais décisif des équilibres à venir.

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