La chute d’Uvira aurait pu n’être qu’un épisode de plus dans la litanie tragique de l’Est congolais. Elle a finalement agi comme un révélateur. En menaçant l’axe stratégique du Katanga, l’offensive de l’AFC/M23 a franchi une ligne rouge. Cette fois, le Rwanda n’a pas seulement défié la RDC : il a mis à l’épreuve la crédibilité de son allié américain. Le « coup de fil poignard » du vice-président J.D. Vance à Paul Kagame, évoqué par le journaliste et chercheur Ambroise Mamba Ntambwe, marque un basculement. Washington a parlé fort. Kigali a reculé. Et la RDC a cessé d’être spectatrice de son propre drame. Ce tournant ne doit rien au hasard. Il est le produit d’une stratégie diplomatique assumée, portée au plus haut niveau par la ministre d’État Thérèse Kayikwamba Wagner. En installant son quartier général à Washington après la prise d’Uvira, elle a refusé l’ambiguïté confortable d’une médiation tiède. Elle a rappelé une évidence trop souvent oubliée : les États-Unis ne sont plus seulement arbitres, ils sont partenaires, donc comptables des conséquences d’un déséquilibre qu’ils ont longtemps toléré. Comme le souligne Ambroise Mamba Ntambwe, « les États-Unis ont inversé la hiérarchie du CONOPS ». Là où le Rwanda tentait d’imposer la neutralisation préalable des FDLR pour justifier ses prétendues « mesures défensives », Washington exige désormais un retrait total et inconditionnel des troupes rwandaises et de leurs supplétifs. Uvira devient la première phase visible d’un CONOPS accéléré, assorti d’un chronogramme contraignant. Le message est limpide : l’occupation n’est plus négociable, elle est illégitime.
Ci-dessous l’analyse d’Ambroise Mamba Ntambwe
Uvira – Retrait de l’AFC/M23 accéléré : les États-Unis inversent la hiérarchie du CONOPS – Quand Thérèse Kayikwamba réveille la puissance du pouvoir américain de sa torpeur
■ Le coup de fil poignard
La prise de la ville d’#Uvira et la menace de l’#AFC/#M23 de s’emparer du grand Katanga ont été le péché impardonnable commis par le #Rwanda, pour lequel son allié traditionnel, les États-Unis d’Amérique, a vociféré. Un coup de fil du vice-président américain J.D. Vance à Paul Kagame est l’acte qui a poussé le président rwandais à donner, à son tour, l’ordre à ses supplétifs de plier bagage.
■ Le réveil de la puissance enfuie, œuvre de la MAE #Kayikwamba
Depuis la prise d’Uvira, la ministre d’État aux affaires étrangères de la RDC a établi son QG à #Washington. Il était inacceptable pour elle de considérer qu’un médiateur reste désintéressé alors qu’il est désormais un partenaire bilatéral du pays malmené.
Les lundi et mardi 15 et 16 décembre 2025, Thérèse Kayikwamba Wagner a eu des rencontres de haut niveau à Washington D.C., avec des membres de l’Administration Trump et du Congrès des États-Unis. La ministre d’État a également eu des échanges tout aussi fructueux avec M. Dan Dunham, directeur Afrique du Conseil de sécurité nationale (NSC), M. Rudolph Atallah, directeur adjoint principal pour la lutte contre le terrorisme au sein du NSC, le congressman Chris Smith, président de la Sous-commission Afrique de la Chambre des représentants, ainsi qu’avec M. John Tomaszewski, conseiller principal de la Commission des relations étrangères du Sénat.
Ces occasions ont été saisies par elle pour pousser les États-Unis à faire amende honorable afin de sauver leur réputation dans ce qui apparaît comme la concrétisation de leur plan de balkanisation de la RDC, concocté depuis des lustres. Wagner a su appuyer sur l’accélérateur pour sortir la grande puissance économique mondiale de sa torpeur. Conséquences positives : le retrait total du Rwanda du territoire congolais.
■ Inversion de la hiérarchie du CONOPS
La pression américaine ne saurait se mesurer à la conditionnalité de l’#AFC/#M23 pour se retirer d’#Uvira. Les Américains parlent désormais d’un retrait total des troupes rwandaises du territoire congolais, là où le CONOPS de Luanda 2024 leur reconnaissait le concept de « mesures défensives », faisant allusion à la menace sécuritaire pourtant illusoire des #FDLR.
■ Exécution accélérée du CONOPS
Washington aurait enclenché une phase d’exécution accélérée du CONOPS, avec un dispositif politico-militaire visant le désengagement total des forces rwandaises de l’Est de la RDC, condition préalable à toute stabilisation durable dans les Grands Lacs.
Le plan exigerait d’abord le retrait complet des troupes rwandaises et des éléments du M23, suivi d’un redéploiement progressif des forces congolaises pour neutraliser les groupes armés résiduels, dont le FDLR, sous supervision internationale.
■ Chronogramme contraignant et cauchemardesque pour Kagame
Lors du coup de fil de lundi soir, le vice-président américain J.D. Vance aurait adressé une injonction directe au président Paul Kagame : retrait inconditionnel des forces rwandaises et du M23 avant le 1ᵉʳ janvier 2026.
Passé ce délai, toute présence militaire rwandaise en RDC serait considérée par Washington comme une menace directe à la paix régionale.
Une date d’évaluation serait fixée au 19 décembre 2025.
La ville d’Uvira constitue la première phase opérationnelle de ce CONOPS accéléré.
■ Fin du débat sur la hiérarchie des opérations
Après la signature, le 27 juin dernier, de l’accord de paix, le Rwanda avait, dans sa ruse, lancé un débat sur la hiérarchie des opérations entre la neutralisation des FDLR qui était, selon lui, un préalable à la levée de ce qu’il considère comme des mesures défensives. Dans le CONOPS de Luanda 2024, la hiérarchie consacrée n’est pas juridique mais sémantique. Le Rwanda, profitant des rapports de force sur le terrain, a souhaité imposer la neutralisation des FDLR avant le retrait de ses troupes du territoire congolais.
Mais le courroux suscité auprès des États-Unis aurait bouleversé les choses. Désormais, le Rwanda est sommé de retirer ses troupes du territoire congolais à Uvira, Bukavu, Goma, Bunagana, ainsi que dans toutes les entités sous son contrôle. Ce n’est qu’après que pourrait s’effectuer la neutralisation des FDLR.
■ Kayikwamba, la mandataire qui ne rate pas la coche
Malgré son état de mère porteuse, la MAE Thérèse Kayikwamba s’est lancée dans l’arène diplomatique pour obtenir des résultats. Wagner a rappelé aux Américains qu’ils n’étaient pas seulement un médiateur désintéressé d’un accord violé par le Rwanda, mais qu’ils étaient désormais un partenaire bilatéral dont les intérêts sont menacés en RDC. Elle est pour le pays la Jeanne d’Arc qui permet à tout un pays de souffler grâce à la diplomatie, dans une période de faiblesse militaire sur le théâtre des affrontements.
Ambroise Mamba Ntambwe, Journaliste et chercheur en sciences politiques et administratives

