L’heure n’est plus aux approximations ni aux raccourcis. En accusant le pouvoir d’avoir « bradé » les ressources minières de la République démocratique du Congo à travers un prétendu accord de 99 ans avec les États-Unis, Mgr Fulgence Muteba a franchi une ligne : celle de la contrevérité factuelle. La réplique de Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, se veut cinglante et documentée : « Vous n’avez pas dit la vérité, Monseigneur ». Publié, expliqué et débattu publiquement le jour même de sa signature, l’Accord de partenariat stratégique RDC–USA ne cède ni mines, ni souveraineté, ni durée irrévocable. Il définit un cadre interétatique, résiliable, fondé sur des principes de coopération, de transparence et d’intérêt mutuel. Persister à évoquer un « bradage » sans texte à l’appui relève moins de la vigilance citoyenne que de la manipulation de l’opinion. Plus troublant encore : ce procès à charge contraste avec le silence observé sur l’agression rwandaise, les massacres dans l’Est, l’exploitation illicite de Rubaya et l’explosion des exportations de coltan du Rwanda. À l’épreuve des faits, la critique morale s’effondre quand elle s’affranchit de la vérité. Dans un débat aussi structurant pour l’avenir national, l’exigence première demeure la rigueur, surtout lorsqu’on parle au nom de la foi et du peuple.
« Vous n’avez pas dit la vérité, Mgr. Fulgence Muteba ! »
Vos propos sur l’Accord de partenariat stratégique RDC–USA sont factuellement faux. Il n’existe ni accord de 99 ans, ni bradage des ressources, ni le nom d’aucune mine encore moins une quelconque forme de cession de souveraineté dans ce texte.
L’Accord définit plutôt les principes qui vont permettre, de manière transparente, un win-win entre les deux parties.
L’État Congolais conserve l’intégralité de son pouvoir y compris le droit de refuser toute proposition jugée contraire à l’intérêt national.
Affirmer le contraire, malgré la publication le jour même de la signature du texte et un briefing en direct, ressemble bien à une manipulation.
Les écritures disent, dans Ephésiens 4-25 : « Renoncez au mensonge, et que chacun de vous parle selon la vérité à son prochain ; car nous sommes membres les uns des autres. »
Pour la messe de Noël, jour de communion, il aurait fallu des mots clairs pour condamner les hordes rwandaises et leurs supplétifs qui fauchent chaque jour des milliers de vies de nos compatriotes, y compris les chrétiens catholiques dans les parties sous occupation.
Il aurait fallu aussi des mots clairs pour dénoncer l’agression, la tentative d’expansion territoriale sur fond des massacres et du pillage systématique de nos minerais.
Il aurait fallu des mots clairs pour condamner ceux qui contraignent à l’errance plus de 500.000 compatriotes après l’attaque d’Uvira.
Aujourd’hui, grâce l’exploitation illicite de Rubaya, le Rwanda a accru ses exportations de coltan de janvier à juin 2025 de 213%. Pas un mot !
Dîtes-nous, Mgr., de quel texte tirez les 99 ans sur lesquels vous avez insisté dans votre homélie ?
Pour la transparence et la redevabilité qui caractérisent notre gestion, nous sommes prêts pour un débat public pour mieux éclairer le peuple de Dieu sur le bien-fondé de cet Accord.
Pour ceux qui, comme Mgr. Fulgence Muteba, n’ont pas lu l’Accord, ce compatriote Engunda Alain offre un bel éclairage.
Accord RDC–Etats-Unis : comprendre avant de juger
Le débat public évoque un supposé accord de 99 ans et un bradage des minerais de la RDC. Une lecture factuelle du texte montre pourtant qu’il s’agit d’un partenariat stratégique interétatique, et non d’un contrat d’exploitation minière.
L’accord ne prévoit : ni cession de propriété des ressources, ni concessions automatiques, ni durée de 99 ans ; il est encadré par la loi et peut être dénoncé.
L’analyse jointe explique le contexte, la structure et les mécanismes de cet accord, et confronte le texte aux affirmations qui circulent. Lire l’analyse :
Le partenariat stratégique conclu entre la République démocratique du Congo et les États-Unis ne peut être compris sans revenir au contexte géopolitique, sécuritaire et économique qui l’a rendu possible, voire nécessaire. Depuis le début des années 2020, le monde est entré dans une phase de recomposition accélérée des chaînes d’approvisionnement mondiales, en particulier pour les minerais dits critiques, cobalt, cuivre, lithium, nickel, terres rares, devenus indispensables à la transition énergétique, à l’industrie de défense et aux technologies avancées. Les États-Unis, longtemps dépendants de chaînes dominées par la Chine, ont engagé une stratégie explicite de sécurisation externe de leurs approvisionnements, en recherchant des partenariats directs avec des pays disposant de ressources stratégiques.
Dans le même temps, la République démocratique du Congo, malgré son potentiel minier exceptionnel, reste confrontée à une instabilité sécuritaire chronique, à une faible transformation locale de ses minerais, à des déficits d’infrastructures majeurs et à une gouvernance minière encore largement dépendante de capitaux et d’opérateurs étrangers. La signature en 2025 d’un accord de paix entre la RDC et le Rwanda, sous médiation américaine, a ouvert une fenêtre politique nouvelle : celle d’un repositionnement stratégique de la RDC comme acteur central des chaînes de valeur régionales et mondiales, à condition d’attirer des investissements lourds, sécurisés et politiquement soutenus.
C’est dans ce contexte que le gouvernement du président Félix Tshisekedi a engagé des discussions avec les États-Unis, débouchant sur la signature d’un Strategic Partnership Agreement. L’accord ne se présente pas comme un contrat d’exploitation minière, mais comme un accord-cadre interétatique définissant des objectifs, des mécanismes de coopération et des instruments de gouvernance destinés à orienter l’investissement et l’accès aux ressources stratégiques congolaises.
Sur le plan de sa structure, l’accord est organisé autour de plusieurs piliers. Il commence par des objectifs généraux : reconnaissance de la RDC comme partenaire stratégique des États-Unis, coopération en matière de minerais critiques, d’énergie, d’infrastructures, de sécurité et de gouvernance. Il met ensuite en place des outils opérationnels, parmi lesquels la Strategic Asset Reserve (SAR), les Qualifying Strategic Projects (QSP), un Joint Steering Committee (JSC) paritaire, des mécanismes d’« offtake » (droits de premier accès aux volumes), ainsi qu’un cadre d’incitations fiscales et réglementaires à mettre en œuvre par la RDC.
La Strategic Asset Reserve constitue l’un des mécanismes centraux de l’accord. Elle consiste en une liste d’actifs miniers, de zones d’exploration non encore attribuées ou d’actifs aurifères que la RDC désigne comme stratégiques. Ces actifs restent juridiquement propriété de l’État congolais, mais leur mise en valeur obéit à une procédure spécifique : toute opportunité liée à un actif classé SAR doit être notifiée à un comité conjoint, et les entreprises américaines bénéficient d’un droit de première offre, c’est-à-dire d’une priorité temporelle pour proposer un projet avant que d’autres investisseurs ne puissent être considérés. Ce mécanisme n’attribue pas automatiquement les ressources, mais il oriente fortement la concurrence.
Les Qualifying Strategic Projects, définis en annexe, précisent quant à eux quels projets peuvent bénéficier pleinement du cadre préférentiel de l’accord. Pour être qualifié, un projet doit répondre à des critères précis de contrôle capitalistique, d’alignement stratégique et de débouchés. Concrètement, les projets doivent être majoritairement contrôlés par des entreprises américaines ou dites « alignées », et la part des investisseurs non alignés est appelée à diminuer progressivement dans le temps. L’objectif affiché est de garantir que les projets stratégiques contribuent prioritairement à la sécurité d’approvisionnement des États-Unis.
La gouvernance de l’ensemble repose sur un Joint Steering Committee, composé à parité de représentants congolais et américains, qui fonctionne par consensus. Ce comité suit la mise en œuvre de l’accord, discute des projets, définit des lignes directrices pour l’exportation des minerais vers le marché américain et joue un rôle de coordination stratégique. Sur le plan commercial, l’accord introduit des mécanismes d’offtake, par lesquels la RDC et ses entreprises publiques s’engagent à offrir en priorité aux entreprises américaines l’achat de certains volumes de production destinés à l’export, à des conditions dites « commercialement comparables », avec une orientation claire vers le marché américain.
Enfin, l’accord engage la RDC à mener un ensemble de réformes internes : révision de la législation fiscale et douanière applicable aux projets miniers stratégiques, mise en place de clauses de stabilisation, accélération du remboursement de la TVA, centralisation administrative, et amélioration du climat judiciaire et réglementaire. Ces engagements sont juridiquement significatifs, car ils conditionnent la crédibilité du partenariat.
C’est à la lumière de cette architecture qu’il convient d’examiner les affirmations de Mgr Fulgence Muteba Mugalu, président de la CENCO, selon lesquelles le chef de l’État aurait « bradé les minerais du Congo » en signant un accord d’exploitation de 99 ans avec les États-Unis.
Sur la question du bradage, une lecture factuelle du texte montre que l’accord ne cède ni la propriété des ressources, ni des titres miniers automatiques, ni des prix préférentiels fixés à l’avance. Il n’y a donc pas, au sens juridique classique, d’aliénation directe ou de vente à vil prix. En revanche, l’accord institue une préférence stratégique systémique : priorité d’accès, orientation des flux, filtrage des partenaires et alignement réglementaire au service d’intérêts américains clairement assumés. À la lecture du texte, il apparaît que l’accord ne consacre ni un bradage ni une aliénation des ressources minières de la République démocratique du Congo. Les mécanismes qu’il institue s’inscrivent dans une logique de partenariat stratégique et de sécurisation des investissements, dont les effets concrets dépendront largement des modalités de mise en œuvre, du cadre réglementaire national et de l’exercice effectif des prérogatives de l’État congolais. Dans cette perspective, l’appréciation de la notion de « bradage » relève moins d’un constat juridique établi que d’une interprétation politique ou morale, tributaire de l’évolution future du partenariat.
S’agissant de la durée de 99 ans, l’affirmation ne trouve aucun fondement dans le texte de l’accord. Celui-ci ne fixe aucune durée d’exploitation ni de concession. Il prévoit une entrée en vigueur à la signature, des revues périodiques tous les trois ans et, surtout, la possibilité pour chaque partie de dénoncer l’accord, avec un effet différé de cinq ans après notification. Il s’agit donc d’un accord à durée indéterminée mais résiliable, et non d’un engagement irrévocable de 99 ans. L’impression de long terme découle de certaines trajectoires prévues sur vingt ans, mais celles-ci ne constituent pas une durée d’exploitation figée.
En définitive, l’accord de partenariat stratégique entre la République démocratique du Congo et les États-Unis constitue un instrument de coopération de portée large, visant à structurer les relations économiques, minières et industrielles entre les deux pays, sans opérer de transfert de la propriété des ressources naturelles congolaises. Les préoccupations exprimées par certains acteurs nationaux s’inscrivent dans un contexte historique marqué par des expériences passées de gestion contestée des ressources, mais elles ne trouvent pas, en l’état, une traduction directe dans les dispositions juridiques de l’accord. L’enjeu principal réside dès lors dans la capacité des institutions nationales à assurer une mise en œuvre rigoureuse, transparente et conforme à l’intérêt général, afin que ce partenariat contribue pleinement aux objectifs de développement, de souveraineté économique et de stabilité du pays.
Enfin, dans un débat aussi sensible et structurant pour l’avenir national, il appartient aux intellectuels et aux analystes d’éclairer l’opinion avec rigueur, objectivité et sens des responsabilités, sans prétention à la vérité absolue ; la présente analyse est livrée avec humilité et dans un esprit de contribution au débat public, en invitant chacun à lire directement l’accord, à en examiner les dispositions et à vérifier la pertinence des arguments avancés, car nul ne détient à lui seul la science infuse.
Lien pour accéder à l’accord :
https://www.state.gov/strategic-partnership-agreement-between-the-government-of-the-united-states-of-america-and-the-government-of-the-democratic-republic-of-the-congo

