Bandundu-ville s’impose, le temps d’une séquence politique majeure, comme le centre de gravité des enjeux de gouvernance territoriale en République démocratique du Congo. Mardi 24 mars, le président Félix-Antoine Tshisekedi a ouvert la 13ᵉ Conférence des gouverneurs, consacrée à la transformation des secteurs agricole, pastoral et halieutique, dans un contexte marqué par des défis internes persistants. Entre impératif de souveraineté alimentaire, relance du développement rural et encadrement des dérives numériques, les travaux engagés dans la province du Kwilu traduisent une volonté affichée de repenser les équilibres entre villes et campagnes. Au-delà des discours, cette conférence cristallise les attentes d’une population confrontée à l’urgence de résultats concrets.
Bandundu-ville a vécu, mardi 24 mars, au rythme d’une mobilisation exceptionnelle à l’occasion de l’arrivée du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Accueilli par une population nombreuse et enthousiaste, le chef de l’État a donné le coup d’envoi de la 13ᵉ Conférence des gouverneurs, organisée dans la province du Kwilu autour d’un thème central : « Transformation du secteur agricole, pastoral et halieutique : développement rural et connexion aux marchés urbains ».
Dans cette ville du sud-ouest du pays, l’événement dépasse le cadre institutionnel. Il s’inscrit dans une dynamique plus large visant à repositionner Bandundu comme un pôle régional stratégique, notamment à travers les projets d’infrastructures et de routes de desserte agricole inscrits dans le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T). Pour les autorités provinciales, accueillir cette conférence constitue à la fois une reconnaissance politique et une opportunité d’accélération du développement local.
La cérémonie d’ouverture, organisée au chapiteau du gouvernorat du Kwilu, a été marquée par des interventions à forte portée. Dans son discours inaugural, le président Tshisekedi a placé la question agricole au cœur de l’avenir du pays, en insistant sur les enjeux de souveraineté et de résilience économique.
« Le thème retenu pour nos travaux engage directement l’avenir économique, social et stratégique de la République démocratique du Congo », a-t-il déclaré, avant de préciser : « Il touche à des enjeux fondamentaux, à savoir la sécurité alimentaire de notre peuple, l’emploi des jeunes, la réduction de la pauvreté, le rééquilibrage entre les villes et les campagnes et, au bout du compte, l’affirmation même de notre souveraineté ».
Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques, la hausse du coût de la vie et les perturbations des chaînes d’approvisionnement, le chef de l’État a insisté sur la nécessité pour la RDC de réduire sa dépendance alimentaire. « Aucune nation ne peut durablement prétendre à la puissance si elle demeure dépendante pour se nourrir », a-t-il averti, appelant à une mobilisation accrue en faveur du développement rural.
Au-delà des enjeux économiques, les gouverneurs ont également mis en avant des préoccupations liées à la cohésion nationale, notamment à l’ère du numérique. Prenant la parole au nom de ses pairs, le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, a tiré la sonnette d’alarme sur les dérives observées sur les réseaux sociaux.
« Les gouverneurs expriment leurs vives préoccupations face à l’usage abusif et irresponsable des réseaux sociaux devenus, dans plusieurs provinces, des vecteurs de désinformation, de manipulation et de déstabilisation institutionnelle », a-t-il déclaré, en lisant le mémorandum remis au chef de l’État.
Tout en reconnaissant l’importance des libertés publiques, les gouverneurs plaident pour un encadrement plus strict des plateformes numériques. « Il s’agit de protéger à la fois les libertés publiques et la stabilité institutionnelle de nos provinces et de notre pays », a insisté Jean-Jacques Purusi, évoquant la nécessité de renforcer les mécanismes de lutte contre la cybercriminalité et la désinformation.
Le gouverneur du Kwilu, Philippe Akamituna, a pour sa part salué le choix de sa province pour accueillir cette 13ᵉ session, y voyant une marque de considération du pouvoir central. « Le fait pour vous de choisir la province du Kwilu témoigne une marque de considération pour les fils de notre province », a-t-il déclaré, avant de souligner le caractère stratégique du thème retenu.
« Le choix de ce thème n’est ni gratuit, ni anodin. Il s’agit d’un choix longuement réfléchi, délibéré et stratégique », a-t-il affirmé, établissant un lien direct entre les potentialités agricoles du Kwilu et les ambitions nationales en matière de développement.
Au fil des interventions, une même ligne de fond se dessine : celle d’un pays en quête d’équilibre entre ses ressources naturelles, ses besoins sociaux et ses ambitions économiques. La transformation des secteurs agricole, pastoral et halieutique apparaît ainsi comme un levier incontournable pour répondre aux défis structurels auxquels la RDC est confrontée.
Mais au-delà des discours, les attentes restent élevées. Dans les provinces, la question de l’accès aux marchés, de la modernisation des infrastructures rurales et du soutien aux producteurs demeure centrale. La réussite des orientations issues de cette conférence dépendra en grande partie de leur traduction en politiques publiques concrètes et en investissements durables.
À Bandundu, l’effervescence de l’accueil et la solennité des discours traduisent une volonté politique affirmée. Reste à savoir si cette dynamique saura s’inscrire dans la durée et produire des effets tangibles pour les populations. Car au cœur de cette conférence, c’est bien la question du quotidien des Congolais : se nourrir, produire, vivre dignement, qui se joue au plus près des réalités rurales.
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