Derrière le ton posé de l’analyse, Patrick Muyaya assume une mise en accusation frontale du pouvoir de Kigali, visant sans détour le président rwandais, Paul Kagame. En retraçant près de trois décennies de violences cycliques à l’Est de la RDC, le porte-parole du gouvernement conteste, lors d’une interview accordée mercredi à la télévision nationale, la posture victimaire entretenue par Kigali et dénonce une stratégie d’ingérence fondée sur l’exportation de la guerre. Pour Kinshasa, le discours sécuritaire rwandais masque mal une responsabilité persistante dans l’instabilité régionale et appelle à un changement radical de cap politique.
Dans une intervention médiatique, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, a livré une analyse sans concession de la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs, mettant directement en cause le rôle du Rwanda dans la persistance des violences à l’Est de la République démocratique du Congo.
Au cœur de son propos, une thèse qu’il affirme constante depuis plusieurs années : l’exportation de la violence. « La violence qui a commencé au Rwanda a été exportée dans notre pays par cycles répétitifs depuis 1996 avec la complicité d’une succession de supplétifs », a-t-il déclaré, inscrivant la crise actuelle dans une lecture historique.
Pour le porte-parole du gouvernement, cette dynamique s’est traduite par une succession de conflits armés ayant profondément marqué le territoire congolais. Il évoque notamment « des massacres, des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité », estimant que ces violences se sont déployées sous des justifications jugées fallacieuses, notamment la lutte contre les FDLR ou contre une prétendue idéologie génocidaire.
Dans cette analyse, Patrick Muyaya met en cause une contradiction des autorités rwandaises. « Ceux qui se présentent en victimes aujourd’hui sont fort malheureusement devenus des bourreaux en perpétuant cette culture de violence », a-t-il affirmé, dénonçant une logique qu’il juge incompatible avec les exigences de paix et de réconciliation.
Le ministre insiste également sur la dimension mémorielle du conflit, appelant à une reconnaissance globale des victimes. « Les familles du Président Juvénal Habyarimana et du Président burundais Cyprien Ntaryamira (…) sont aussi des victimes (…) Justice doit être faite pour eux aussi », a-t-il soutenu, plaidant pour une approche équilibrée de l’histoire.
Dans le même registre, il s’est exprimé sur la figure de Jean-Luc Habyarimana, qu’il distingue des dynamiques armées. « Son fils (…) n’est pas un chef de guerre », a-t-il déclaré, en opposition avec ce qu’il décrit comme un soutien actif de Kigali à des acteurs impliqués dans la déstabilisation de la RDC.
Au-delà de la dénonciation, Patrick Muyaya a insisté sur la nécessité de rompre avec les logiques de confrontation. « Une idéologie ne se combat pas par les armes », a-t-il rappelé, avant d’ajouter : « Ce n’est pas en semant la violence qu’on peut penser récolter la paix ».
Le ministre appelle ainsi à un changement d’approche qu’il estime indispensable pour sortir de l’impasse actuelle. « Le Président rwandais devrait changer de logiciel », a-t-il lancé, dans une formule qui résume la position du gouvernement congolais.
Dans le même temps, il a tenu à distinguer clairement les relations entre les peuples et les différends politiques. Kinshasa, a-t-il souligné, n’entend pas rompre avec le peuple rwandais, considéré comme un voisin avec lequel des relations de paix doivent être préservées.
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