Un tournant attendu pour un secteur clé. À Kinshasa, le président Félix Tshisekedi a ouvert les premiers états généraux des Postes et Télécommunications, avec une ambition claire : poser les bases d’une transformation numérique à la hauteur des défis du pays. Dans un contexte mondial dominé par les flux numériques et les enjeux de souveraineté technologique, ces assises visent à corriger des déséquilibres structurels persistants : fracture territoriale, infrastructures insuffisantes, cadre légal inadapté. Mais elles portent aussi une promesse : celle de repositionner la RDC comme un acteur crédible de l’économie numérique africaine. Connectivité, inclusion, innovation, sécurité des réseaux : autant de chantiers au cœur d’un processus présenté comme décisif. Au-delà des constats, l’enjeu est désormais celui de l’exécution et de la capacité à transformer les engagements en résultats concrets.
À Kinshasa, la République démocratique du Congo ouvre un chantier majeur. Lundi 27 avril 2026, à l’amphithéâtre du Centre culturel et artistique des pays d’Afrique centrale (CCAPAC), le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a donné le coup d’envoi des premiers États généraux des Postes et Télécommunications. Trois jours d’assises, du 27 au 29 avril, pour repenser en profondeur un secteur devenu central dans la compétition économique mondiale.
L’ambition est clairement assumée : poser les bases d’une transformation numérique capable de corriger les déséquilibres structurels et de repositionner la RDC dans l’économie numérique africaine. Connectivité territoriale, inclusion digitale, modernisation des infrastructures, sécurité des réseaux : les enjeux sont multiples et déterminants.
Dans son discours d’ouverture, le chef de l’État a fixé le ton. « Aucun État sérieux ne peut négliger l’architecture de ses communications, la maîtrise de ses réseaux et la sécurisation de ses infrastructures critiques », a-t-il affirmé, insistant sur les risques liés aux cybermenaces, à la dépendance technologique et à la vulnérabilité des systèmes.
Au-delà du constat, trois priorités structurent la démarche : un diagnostic « lucide et sans complaisance », l’élaboration d’une feuille de route « opérationnelle et mesurable » et la mise en place d’un cadre permanent de concertation. « Moderniser les Postes et les Télécommunications, ce n’est pas seulement réformer un secteur : c’est préparer la croissance, élargir les opportunités et renforcer la souveraineté », a-t-il martelé.
Un secteur en expansion mais encore fragmenté
Porté par la libéralisation, le secteur congolais des télécommunications affiche une croissance notable. Le nombre d’abonnements mobiles est passé de 56,2 millions en 2023 à 69,5 millions au deuxième trimestre 2025. Mais cette progression masque une réalité plus contrastée : seuls 37 millions d’utilisateurs sont effectivement actifs, soit à peine un tiers de la population.
La fracture numérique demeure profonde. Moins de 6 000 kilomètres de fibre optique sont déployés, alors que les besoins dépassent 52 000 kilomètres. Une grande partie des 145 territoires reste insuffisamment connectée, en particulier dans les zones rurales et périurbaines.
Le réseau postal illustre cette dégradation structurelle. Sur 365 bureaux existants, moins de 100 sont réellement opérationnels. Un recul qui traduit l’obsolescence du cadre légal et le déficit d’investissements dans un secteur pourtant essentiel à la cohésion territoriale.
Face à ces défis, les États généraux se veulent un espace de rupture. Ils ambitionnent de transformer ces faiblesses en leviers de développement, dans un pays où les télécommunications constituent déjà le deuxième pourvoyeur de recettes publiques.
José Mpanda en première ligne pour structurer la réforme
Au cœur de cette dynamique, le ministre des Postes et Télécommunications, José Mpanda Kabangu, s’impose comme l’architecte opérationnel des réformes attendues. Fort des consultations menées avec les acteurs publics et privés du secteur, il a dressé un diagnostic précis et décliné les axes d’action prioritaires.
Parmi les chantiers identifiés : la modernisation du réseau postal, l’extension de la couverture télécom, la réduction de la fracture numérique et l’accélération de la digitalisation du pays à l’horizon 2030. À cela s’ajoute une réforme du cadre légal, jugé « insuffisamment harmonisé » et inadapté aux mutations technologiques.
Le ministre a également insisté sur un enjeu clé : la soutenabilité financière du secteur. « Nous devons élargir la chaîne fiscale pour faire des Postes et Télécommunications un contributeur majeur au Trésor public », a-t-il déclaré, plaidant pour une mobilisation accrue des ressources et des investissements.
Dans cette perspective, l’intégration des technologies numériques dans les services postaux apparaît comme une priorité stratégique. Le secteur est appelé à évoluer vers des solutions logistiques modernes, adossées aux technologies de l’information, afin de répondre à la baisse du courrier traditionnel et aux exigences du commerce électronique.
Une ambition : faire de la RDC un hub numérique régional
Au-delà des contraintes, les perspectives sont réelles. La croissance des services numériques, l’essor du mobile money, le développement de l’e-commerce et les partenariats public-privé offrent un terrain propice à une transformation rapide.
La position géographique de la RDC, au cœur de l’Afrique et connectée à neuf pays, renforce cette ambition. Le pays peut devenir un hub numérique régional, à condition d’investir massivement dans les infrastructures et de sécuriser son environnement réglementaire.
La relance de la Poste s’inscrit dans cette vision. Longtemps marginalisée, elle est désormais envisagée comme un outil moderne d’intégration territoriale, de logistique et de services financiers. « La Poste ne doit pas être laissée au bord du chemin », a insisté le président de la République.
Un moment de vérité pour la transformation numérique
Loin d’un exercice formel, ces États généraux se présentent comme un test de crédibilité. Leur réussite dépendra de la capacité des autorités à traduire les engagements en actions concrètes, dans un secteur où les attentes sont élevées.
La RDC joue ici une part essentielle de son avenir. Dans un monde structuré par les flux numériques, la connectivité n’est plus une option, mais une condition de souveraineté et de développement.
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