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1 mai, 2026 - 14:55:16
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[Stabilité macroéconomique, digitalisation des paiements…] André Wameso détaille une stratégie monétaire axée sur la stabilité du franc congolais

Un cap monétaire affirmé, des indicateurs en amélioration et des réformes structurantes en cours. À Kinshasa, le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso, a présenté les axes de la politique monétaire dans un contexte caractérisé par l’appréciation du franc congolais et une inflation maîtrisée. Aux côtés du ministre Patrick Muyaya Katembwe, au cours d’un briefing sur la question de la politique monétaire, il a défendu une stratégie centrée sur la stabilité macroéconomique, la digitalisation des paiements et le renforcement de la confiance des marchés. Entre assouplissement du taux directeur, gestion prudente des réserves et encadrement des transactions en devises, l’institution monétaire vise à consolider les fondamentaux tout en accompagnant la transformation du système financier.

La politique monétaire de la République démocratique du Congo s’installe au cœur du débat économique. Lors d’un briefing tenu mardi 28 avril 2026 à Kinshasa, le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso, a présenté les grandes orientations de l’institution, aux côtés du ministre de la Communication et médias, Patrick Muyaya Katembwe. Un exercice de pédagogie et de défense d’une ligne jugée prudente mais résolument tournée vers la stabilité macroéconomique.

D’entrée de jeu, le gouverneur a dressé un tableau globalement positif de la conjoncture. « Nous avons une croissance soutenue de 5,8 % en 2025 et des projections autour de 6,2 % pour 2026 », a-t-il indiqué, mettant en avant une inflation maîtrisée, estimée à 2,36 % en rythme annuel. Les réserves internationales, proches de 7,9 milliards de dollars, sont également présentées comme un signal de solidité.

Au-delà des indicateurs techniques, la Banque centrale insiste sur la confiance des acteurs économiques. « La courbe de confiance est en progression mois après mois », a souligné André Wameso, évoquant une augmentation des dépôts bancaires et une progression, encore modeste, de l’épargne en monnaie nationale.

L’appréciation du franc, un levier de pouvoir d’achat

L’un des points centraux du briefing a porté sur les effets de l’appréciation du franc congolais. Pour le gouverneur, les impacts sont déjà perceptibles dans la vie quotidienne. Il a illustré son propos par un cas concret : « Un ménage qui payait un loyer de 200 dollars voit aujourd’hui son équivalent en francs congolais diminuer, ce qui lui permet de dégager un revenu supplémentaire significatif ».

Cette évolution a également contribué à contenir certains prix, notamment celui du carburant. « Sans cette appréciation, le litre aurait déjà dépassé les 3 000 francs », a-t-il affirmé. L’objectif, insiste-t-il, reste de préserver cette stabilité pour permettre aux opérateurs économiques de se projeter sans crainte de dépréciation brutale.

La Banque centrale a engagé un ajustement de son principal instrument, le taux directeur, ramené de 25 % à 13,5 % en quelques mois. Une baisse significative, justifiée par la maîtrise de l’inflation et la volonté de soutenir le crédit en monnaie nationale.

« À 13,5 %, le crédit en franc congolais reste encore cher », a reconnu le gouverneur, annonçant une poursuite possible de l’assouplissement si les conditions le permettent. L’objectif est clair : encourager les banques à prêter en monnaie locale et réduire la dépendance au dollar.

Dans cette logique, l’épargne en francs est également encouragée. « Aujourd’hui, épargner en francs rapporte plus que le dollar », a-t-il souligné, appelant à une forme de « responsabilité citoyenne » vis-à-vis de la monnaie nationale.

Vers une transformation des usages monétaires

L’une des réformes les plus commentées concerne les transactions en devises. La Banque centrale clarifie sa position : il ne s’agit pas d’interdire le dollar, mais d’encadrer son usage. « Il n’y a pas d’interdiction de détenir des dollars », a insisté André Wameso. En revanche, les transactions devront progressivement passer par des circuits scripturaux.

Autrement dit, le paiement en espèces en devises est appelé à reculer au profit des virements, cartes bancaires et solutions digitales. Cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large de digitalisation et d’inclusion financière, appuyée par le développement des fintech et des services de mobile money.

« On peut aujourd’hui effectuer des transactions digitales sans avoir de compte bancaire classique », a rappelé le gouverneur, soulignant que la technologie permet déjà d’intégrer une partie du secteur informel.

Sur le plan externe, la gestion des réserves de change a fait l’objet de précisions. La Banque centrale privilégie des placements liquides, notamment en bons du Trésor étrangers, afin de faire face à d’éventuels chocs. « Ce sont des actifs facilement mobilisables », a expliqué le gouverneur.

Parallèlement, la RDC a engagé une stratégie de diversification en accumulant des réserves en or, acquises en francs congolais. Une démarche destinée à renforcer la résilience face aux incertitudes internationales, notamment liées aux tensions géopolitiques.

Le gouverneur a également mis en avant un signal fort envoyé par les marchés financiers. « Les marchés projettent la RDC sur 5 et 10 ans », a-t-il affirmé, évoquant des financements à long terme comme marque de confiance dans la stabilité économique du pays.

Lutte contre les dérives et coordination avec le gouvernement

La Banque centrale entend par ailleurs renforcer le contrôle de certaines pratiques commerciales, notamment les écarts de taux de change appliqués dans les commerces. « Il est inacceptable qu’un même établissement applique deux taux différents », a dénoncé André Wameso, évoquant des mesures pouvant aller jusqu’au retrait d’agrément.

Enfin, la coordination avec la politique budgétaire a été soulignée comme un facteur clé. Les autorités mettent en avant des recettes publiques en progression et une discipline budgétaire jugée compatible avec les objectifs monétaires.

Face aux critiques, le gouverneur se veut ouvert au débat, tout en appelant à plus de rigueur. « Le débat est nécessaire, mais il doit s’appuyer sur des données », a-t-il insisté.

Si les indicateurs actuels sont jugés encourageants, la Banque centrale reste attentive aux risques externes, notamment liés aux fluctuations des prix du pétrole et à la conjoncture mondiale. Des scénarios sont à l’étude pour anticiper d’éventuels chocs.

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