À Kinshasa, le ministère de la Communication et Médias, aux côtés de l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC) et de l’UNESCO, a commémoré, le 30 avril, la Journée mondiale de la liberté de la presse autour d’un forum consacré à l’engagement des médias pour la paix, dans un contexte sécuritaire et informationnel jugé préoccupant.
C’est dans un climat marqué par des défis sécuritaires persistants et une bataille croissante autour de l’information que la République démocratique du Congo a célébré, jeudi 30 avril au Cercle de Kinshasa, la Journée mondiale de la liberté de la presse, habituellement commémorée le 3 mai.
Placée sous le thème « Façonner un avenir de paix », cette édition a pris la forme d’un forum technique réunissant autorités publiques, partenaires internationaux et organisations professionnelles des médias, autour de la responsabilité des journalistes dans la préservation de la cohésion nationale.
Représentant le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, en mission, son directeur de cabinet, Nicolas Lianza Likwale, a salué une initiative « qui s’inscrit dans le cadre de la Journée mondiale de la liberté de la presse » et qui vise à aboutir « à un acte d’engagement des journalistes pour la paix ». « Nous ne pouvons que l’encourager, surtout dans un contexte où notre pays traverse un moment difficile qui exige résilience », a-t-il déclaré.
Évoquant la situation dans l’Est du pays, il a alerté sur les risques encourus par les professionnels des médias : « La profession du journaliste est fortement menacée, avec des risques d’atteintes physiques et même des assassinats ciblés ». Et d’ajouter : « Nous pensons à tous ceux qui exercent dans ces territoires sous occupation et nous leur disons que le Gouvernement ne les oublie pas ».
Dans cette perspective, il a défendu une conception élargie de la souveraineté : « Elle ne se limite pas à l’intégrité territoriale, elle s’étend également à la maîtrise de l’espace informationnel », a-t-il insisté, appelant les médias à jouer un rôle central dans la construction d’un récit national fondé sur les faits.
Au nom de l’Union nationale de la presse du Congo, son président Kamanda wa Kamanda Muzembe a souligné la portée du thème retenu : « Le journaliste n’est pas un simple relais d’informations. Il est un acteur de construction sociale qui éclaire, oriente et influence ». « Informer sans désinformer, questionner sans fragiliser le tissu social », a-t-il poursuivi, résumant l’exigence d’un journalisme responsable en période de crise.
Le forum s’est structuré autour de trois priorités : « un acte d’engagement pour un journalisme responsable en période de crise, un plan de relance de la presse congolaise et un mécanisme national de protection des journalistes », a précisé le responsable de l’UNPC.
De son côté, l’UNESCO a replacé cette commémoration dans un contexte mondial préoccupant. Son représentant en RDC a rappelé que « la Journée mondiale de la liberté de la presse constitue un moment de réflexion pour les professionnels des médias et un rappel des engagements des gouvernements ». Il a alerté sur « un recul préoccupant de la liberté d’expression évalué à 10 % depuis 2012 », évoquant des menaces telles que la désinformation, les violences contre les journalistes et la fragilité économique des médias.
Dans le contexte congolais, il a insisté : « Les médias doivent renforcer le dialogue, prévenir les tensions et consolider la cohésion nationale », soulignant leur rôle stratégique dans un pays marqué par une forte diversité culturelle.
Même tonalité du côté des organisations de défense de la presse. Tshivis Tshivuadi a rappelé que « cet engagement a un prix : celui de garantir la liberté de la presse et la sécurité des journalistes ». Se référant à la Déclaration de Windhoek, il a insisté : « Une presse libre, indépendante et pluraliste est essentielle pour la démocratie et le développement ».
S’il a reconnu les progrès enregistrés par la RDC dans le classement de Reporters sans frontières, il a toutefois nuancé : « Ces avancées restent limitées tant que des actes concrets ne viennent pas renforcer cette volonté politique ».
Au-delà des discours, ce forum apparaît comme une tentative de structurer un espace médiatique plus résilient, capable de répondre aux défis contemporains. Dans un pays confronté à des tensions sécuritaires et informationnelles, la question n’est plus seulement celle de la liberté de la presse, mais aussi de sa responsabilité dans la construction de la paix.
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