La République démocratique du Congo mise simultanément sur sa puissance scientifique et sur une vaste mobilisation logistique pour contenir la 17ᵉ épidémie d’Ebola déclarée en Ituri. Lors d’un briefing spécial organisé à Kinshasa, le gouvernement congolais a affirmé avoir renforcé les capacités de riposte dans les zones touchées grâce à l’appui de plusieurs partenaires internationaux, tandis que l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) est parvenu à identifier et séquencer en moins de vingt-quatre heures le variant Bundibugyo responsable de l’épidémie. Entre déploiement d’équipements médicaux, recherche active des cas et soutien international, les autorités sanitaires congolaises veulent démontrer que la RDC conserve aujourd’hui une expertise reconnue dans la gestion des crises épidémiques majeures sur le continent africain.
Le gouvernement congolais affirme avoir engagé une mobilisation logistique et scientifique d’envergure pour contenir la 17ᵉ épidémie d’Ebola déclarée dans la province de l’Ituri, où le variant Bundibugyo a été identifié grâce aux capacités de recherche développées par l’Institut national de recherche biomédicale (INRB). Lors d’un briefing spécial organisé mardi à Kinshasa, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Roger Samuel Kamba, a détaillé les mesures mises en œuvre pour renforcer la riposte sanitaire dans les zones affectées, avec l’appui de plusieurs partenaires internationaux.
Aux côtés du directeur général de l’INRB, le professeur Jean-Jacques Muyembe, et du ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, le ministre de la Santé a insisté sur la rapidité avec laquelle les scientifiques congolais sont parvenus à identifier le virus responsable de cette nouvelle flambée épidémique.
« L’équipe du professeur Muyembe a élargi le spectre de recherche et c’est là que nous avons identifié le virus Bundibugyo qui est donc un virus Ebola. Nous avons eu la certitude du virus le jeudi 14 dans la soirée, et nous l’avons déclaré le vendredi, après que les échantillons que nous avons réceptionnés de Bunia ont été analysés à l’INRB et que le virus a été identifié », a déclaré Roger Samuel Kamba.
Une capacité scientifique renforcée par les laboratoires congolais
Selon les autorités sanitaires, les équipes scientifiques de l’INRB ont travaillé toute la nuit afin de séquencer les génomes complets du virus détecté en Ituri. Le ministre de la Santé a expliqué que cette réactivité est le résultat direct des investissements réalisés ces dernières années dans les infrastructures de laboratoire.
« Le Président de la République avait décidé que l’on construise des grands laboratoires pour lutter contre les épidémies et le laboratoire de Bunia figure parmi ces laboratoires-là qui sont reliés à l’INRB », a martelé Roger Samuel Kamba.
Pour le professeur Jean-Jacques Muyembe, cette rapidité de séquençage constitue désormais l’une des principales forces scientifiques de la RDC dans la lutte contre les fièvres hémorragiques. « Je pense que notre force, c’est vraiment d’avoir séquencé les génomes complets du virus Bundibugyo en moins de 24 heures », a déclaré le virologue.
Le directeur général de l’INRB a précisé que le variant identifié à Bunia est distinct des variants observés en 2007 en Ouganda et en 2012 à Isiro, dans le Haut-Uélé. « Cela veut dire qu’il s’agit d’une infection zoonotique : à partir d’un animal, nous avons été infectés », a expliqué le scientifique congolais.
Le gouvernement a également présenté un tableau chronologique des dix-sept épidémies d’Ebola enregistrées en RDC depuis 1976, précisant que le pays a déjà connu treize épidémies liées à la souche Zaïre et trois attribuées à la souche Bundibugyo.
Une riposte logistique soutenue par les partenaires internationaux
Au-delà de l’expertise scientifique, les autorités congolaises mettent en avant le renforcement des capacités logistiques dans les zones touchées grâce au soutien des partenaires internationaux. Le ministre de la Santé a affirmé que des équipements de protection et du matériel médical ont été rapidement acheminés vers l’Ituri afin de protéger le personnel soignant et limiter les risques de propagation du virus.
« Nous avons surtout ramené des équipements de protection pour éviter la contamination. Pendant que nous sommes en train de parler maintenant même, il y a 14 tonnes d’équipements qui sont en train d’être déchargées sur le tarmac de l’aéroport de Bunia, don de l’Unicef », a indiqué Roger Samuel Kamba.
Selon le ministre, cinq tonnes d’équipements avaient déjà été envoyées auparavant dans les zones affectées. Il a également salué l’implication de plusieurs partenaires internationaux, notamment l’Unicef, l’Africa CDC ainsi que certains États étrangers qui ont déjà manifesté leur volonté de soutenir la RDC dans cette nouvelle crise sanitaire.
« Beaucoup de pays se sont déjà manifestés, notamment la Grande-Bretagne, pour pouvoir aider. Donc je pense que le mouvement d’entraide internationale se met en place », a déclaré Roger Samuel Kamba.
Le gouvernement insiste toutefois sur le fait que cette assistance internationale vient en appui à une stratégie nationale déjà définie par les autorités sanitaires congolaises.
Des équipes déployées dans les communautés
Dans les zones affectées, les équipes de riposte poursuivent les opérations de recherche active des cas et de sensibilisation communautaire. Selon le ministre de la Santé, les agents déployés sur le terrain tentent d’identifier les familles touchées et de retracer les chaînes de contamination.
« Nos équipes mènent actuellement une recherche active sur le terrain. Elles se rendent dans les communautés pour identifier les familles ayant perdu un proche, comprendre les circonstances du décès et rassembler toutes les informations nécessaires afin de déterminer les cas probables liés à cette maladie », a expliqué Roger Samuel Kamba.
À ce jour, les autorités sanitaires évoquent environ 543 cas probables identifiés dans les communautés affectées ainsi que 136 décès probables liés à l’épidémie, la majorité des victimes étant décédées avant leur prise en charge médicale.
Le ministre de la Santé a également confirmé que des cas ont été signalés à Butembo ainsi qu’à Goma, où un cas confirmé a été enregistré.
L’expertise congolaise mise en avant face à Ebola
Pour le professeur Jean-Jacques Muyembe, la RDC dispose aujourd’hui d’une expérience unique dans la gestion des épidémies d’Ebola. Le virologue a rappelé que quinze des dix-sept épidémies recensées dans le pays ont été contenues sans recours aux vaccins ni aux traitements médicaux spécifiques.
« Nous avons eu 17 épidémies de maladie à virus Ebola et, sur ces 17 épidémies, 15 ont été contenues sans recours à des contre-mesures médicales. Donc, on n’a pas utilisé les vaccins, on n’a pas utilisé les médicaments. Ce sont simplement des mesures de santé publique », a-t-il déclaré.
Le scientifique congolais a également insisté sur l’importance de soutenir durablement la recherche biomédicale nationale. « Grâce à la recherche, nous avons pu identifier un traitement. Vous connaissez la molécule Ebanga qui est efficace dans le traitement d’Ebola Zaïre. Grâce à la recherche, nous avons des vaccins », a rappelé le professeur Muyembe.
Face à l’accélération des épidémies observées depuis plusieurs décennies, le virologue estime que les interactions croissantes entre les populations et les milieux forestiers, la consommation de viande de brousse ainsi que les effets du changement climatique favorisent l’émergence régulière de nouveaux foyers épidémiques en RDC.
Dans ce contexte, les autorités congolaises cherchent désormais à conjuguer expertise scientifique nationale, mobilisation logistique et coopération internationale afin de limiter la propagation du variant Bundibugyo et éviter une extension de l’épidémie dans les grandes agglomérations du pays.
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