Le débat autour de la loi référendaire révèle surtout la profonde faiblesse stratégique d’une opposition congolaise en panne de vision, de cohérence et de capacité de mobilisation. Alors que l’Assemblée nationale a adopté la proposition de loi du professeur Gaspard Ngondankoy visant à encadrer l’organisation du référendum pourtant consacré par la Constitution du 18 février 2006, Martin Fayulu, Delly Sesanga et Christian Mwando appellent à une ville morte pour dénoncer une prétendue dérive constitutionnelle sans démontrer clairement les dispositions violées. Orpheline d’une contre-force structurée, audible et capable d’imposer un véritable rapport politique, l’opposition semble désormais réduite à entretenir la confusion et les postures alarmistes dans un contexte d’éveil national où les vieux artifices politiques peinent de plus en plus à produire leurs effets.
À court de vision, d’arguments solides et de véritable ancrage populaire, l’opposition politique congolaise s’enfonce dans une agitation de plus en plus irrationnelle. En appelant à une ville morte le 3 juin prochain, Martin Fayulu, Delly Sesanga et Christian Mwando prétendent défendre la Constitution du 18 février 2006 tout en combattant paradoxalement un mécanisme : le référendum, clairement consacré par cette même loi fondamentale dans ses articles 2, 5 et 218. Cette posture confuse et politiquement fébrile traduit moins une défense de l’ordre constitutionnel qu’une opposition en perte de repères, incapable de proposer une alternative crédible et désormais réduite aux slogans alarmistes et aux démonstrations de rue sans fondement juridique réel.
Comment organiser un référendum pourtant consacré par la Constitution sans disposer d’une loi encadrant son fonctionnement ? C’est précisément ce vide juridique que le Parlement tente de combler à travers la proposition de loi du professeur Gaspard Ngondankoy, dont le rapport de la commission PAJ a été approuvé le 27 mai par l’Assemblée nationale, avant l’étape du vote puis sa transmission au Sénat pour une seconde lecture.
Incapable de démontrer la moindre violation constitutionnelle dans cette procédure parlementaire engagée depuis le 30 avril, le groupe « Ensemble » de Moïse Katumbi a préféré quitter la plénière et suspendre sa participation aux travaux de la chambre basse, dans une posture davantage politique que juridique. Derrière les accusations alarmistes d’un prétendu projet caché de changement constitutionnel, l’opposition peine surtout à produire une argumentation solide, cohérente et fondée sur le droit, se réfugiant dans le soupçon et la dramatisation faute de véritable contre-offensive institutionnelle.
La loi référendaire est bel et bien constitutionnelle
À force d’agiter les peurs et de crier à la dérive institutionnelle, une partie de l’opposition finit par combattre… la Constitution elle-même qu’elle prétend défendre. Le référendum n’est ni une invention opportuniste de la majorité ni une manœuvre cachée surgie des laboratoires politiques du pouvoir. Il est noir sur blanc consacré par la Constitution du 18 février 2006, modifiée par la loi du 20 janvier 2011. Les articles 2, 5 et 218 sont d’une clarté implacable et ne laissent place à aucune gymnastique politique ni interprétation fantaisiste.
L’article 5 est sans ambiguïté : « Tout pouvoir émane du peuple qui l’exerce directement par voie de référendum ou d’élections ». Plus loin, la Constitution précise même que « la loi fixe les conditions d’organisation des élections et du référendum ». Autrement dit, réclamer aujourd’hui une loi référendaire n’a rien d’un complot politique ; c’est l’application stricte de la Constitution. L’article 218, lui, encadre explicitement le recours au référendum dans le cadre de la révision constitutionnelle.
Dès lors, la polémique entretenue autour de cette proposition de loi apparaît davantage comme une opération de manipulation politique que comme un véritable débat juridique. Car aucun des pourfendeurs du texte n’a jusqu’ici été capable de démontrer, article à l’appui, quelle disposition constitutionnelle serait violée par cette initiative parlementaire. Derrière les slogans alarmistes et les appels à la rue, le vide argumentaire devient de plus en plus visible.
L’article 218 de la Constitution pulvérise d’ailleurs toute la rhétorique alarmiste entretenue par certains opposants. Le texte fondamental reconnaît explicitement l’initiative de la révision constitutionnelle au Président de la République, au Gouvernement, au Parlement ainsi qu’au peuple congolais à travers une pétition de 100.000 citoyens. Plus encore, la Constitution prévoit clairement que la révision peut être approuvée par référendum sur convocation du Chef de l’État. Autrement dit, ce que Martin Fayulu, Delly Sesanga et leurs alliés présentent aujourd’hui comme une prétendue dérive institutionnelle est en réalité un mécanisme pleinement consacré par la loi fondamentale elle-même.
Le plus frappant dans cette agitation politique reste l’absence totale de démonstration juridique sérieuse. Aucun article violé, aucune disposition contournée, aucune procédure illégale clairement identifiée. À défaut d’arguments constitutionnels solides, l’opposition s’abandonne à une stratégie de dramatisation permanente destinée à masquer son affaiblissement politique et son incapacité à imposer un véritable débat de fond. Car la vérité est brutale : la Constitution qu’elle brandit comme bouclier autorise précisément ce qu’elle dénonce aujourd’hui avec fracas.
Il ressort clairement des dispositions constitutionnelles que le référendum fait pleinement partie de l’architecture institutionnelle de la RDC. Pourtant, depuis l’entrée en vigueur de la Constitution du 18 février 2006, aucune loi moderne n’a réellement encadré son organisation comme cela existe pour les élections. C’est précisément cette incohérence juridique que l’initiative du professeur Gaspard Ngondankoy tente aujourd’hui de corriger. Quant à la loi référendaire du 22 juin 2005, elle était liée au contexte spécifique ayant conduit à l’adoption de la Constitution actuelle et ne couvre plus l’ensemble des nouveaux cas de figure prévus par les articles de la loi fondamentale révisée. En d’autres termes, adapter le cadre légal du référendum n’a rien d’une dérive politique : c’est une exigence juridique élémentaire imposée par la Constitution elle-même.
Une opposition dans la manipulation permanente
Dès lors, une question demeure sans réponse : quelles dispositions constitutionnelles la majorité aurait-elle concrètement violées pour justifier les appels à la ville morte et aux manifestations ? Jusqu’ici, aucune. Ni Martin Fayulu, ni Delly Sesanga, ni Christian Mwando n’ont été capables de produire une démonstration juridique sérieuse appuyant leurs accusations. Derrière les discours catastrophistes, il apparaît surtout une opposition en perte de vitesse, incapable de construire une alternative crédible et désormais réduite à la surenchère émotionnelle et aux procès d’intention.
Cette confusion atteint parfois un niveau de contradiction spectaculaire. Martin Fayulu accuse Félix Tshisekedi de collusion avec Paul Kagame dans une prétendue entreprise de balkanisation du Congo, alors même que la diplomatie congolaise a considérablement isolé Kigali sur la scène internationale ces derniers mois. Pendant ce temps, plusieurs figures de l’opposition restent étrangement silencieuses sur les crimes attribués au Rwanda et au M23 dans l’Est du pays.
Le paradoxe devient encore plus saisissant lorsque certaines figures aujourd’hui érigées en défenseurs autoproclamés de la Constitution entretiennent des proximités politiques notoires avec des acteurs accusés de déstabilisation de la RDC. Joseph Kabila, régulièrement cité dans les débats actuels et politiquement rapproché de certains opposants engagés contre le projet référendaire, fait lui-même l’objet de lourdes accusations internationales liées à la crise sécuritaire congolaise. Cette posture ambiguë affaiblit davantage une opposition déjà en manque de cohérence stratégique et de crédibilité politique.
Quel Congolais peut encore accorder du crédit aux discours alarmistes de Martin Fayulu et de ses alliés au regard des avancées diplomatiques et politiques enregistrées dans la crise de l’Est ? Jamais depuis près de trois décennies, Paul Kagame ne s’est retrouvé sous une telle pression internationale. Grâce à la diplomatie offensive déployée par Félix Tshisekedi, au travail du gouvernement et à la résistance populaire incarnée notamment par les Wazalendo, le Rwanda a été publiquement exposé comme acteur de déstabilisation en RDC. La résolution 2773 des Nations unies a renforcé cet isolement diplomatique, tandis que l’accord de paix RDC-Rwanda conclu sous médiation américaine place Kigali face à ses responsabilités dans l’agression contre le Congo. Pendant que la RDC engrange des avancées diplomatiques majeures, une partie de l’opposition continue pourtant à recycler les mêmes slogans catastrophistes, au risque de paraître totalement déconnectée de la nouvelle réalité géopolitique.
Le précédent humiliant de la ville morte de 2018
L’histoire récente rappelle d’ailleurs les limites de cette stratégie de confrontation permanente. En décembre 2018, à quatre jours de la présidentielle, la plateforme Lamuka, alors au sommet de son influence politique avec Martin Fayulu, Jean-Pierre Bemba, Moïse Katumbi, Adolphe Muzito, le professeur Matungulu et feu Pierre Lumbi, avait déjà tenté de démontrer sa capacité de mobilisation à travers une ville morte décrétée le 26 décembre. Le résultat fut un échec cinglant. Kinshasa avait fonctionné normalement, révélant l’écart considérable entre les déclarations tapageuses de l’opposition et la réalité du terrain.
Car une ville morte ne se décrète pas par des communiqués enflammés ou des appels à la peur. Elle repose sur une adhésion populaire réelle, une crédibilité politique et une capacité authentique de mobilisation. Or, l’opposition actuelle semble davantage miser sur l’intimidation et les menaces à peine voilées que sur une véritable dynamique populaire. Les appels de Prince Epenge invitant les citoyens à laisser leurs véhicules à la maison pour éviter d’éventuels dégâts ressemblent moins à une campagne politique qu’à une normalisation inquiétante du vandalisme et de la pression psychologique sur la population.
Le plus paradoxal dans cette agitation reste toutefois la volonté de certains opposants de contester au Président de la République un droit pourtant explicitement reconnu par la Constitution : celui d’initier une révision constitutionnelle. À force de combattre des mécanismes clairement consacrés par la loi fondamentale, cette opposition finit par apparaître en guerre non contre un projet politique, mais contre la Constitution elle-même. Nous y reviendrons.
Moïse Musangana et Pitshou Mulumba

