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Kinshasa
4 juin, 2026 - 19:37:15
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Le tournant diplomatique [Edito]

Pendant longtemps, les voyages de Félix Tshisekedi ont été moqués. Trop de sommets. Trop de rencontres. Trop de diplomatie, disaient ses adversaires. Pendant que l’Est brûlait, le Président parcourait le monde.

Pourtant, la diplomatie ne produit pas ses effets en temps réel. Elle se construit dans la durée. Elle exige de la patience, de la constance et une vision.

Les déclarations du secrétaire d’État américain Marco Rubio en apportent aujourd’hui une illustration éclatante.

Lorsque le chef de la diplomatie de la première puissance mondiale affirme publiquement espérer un retrait des troupes rwandaises de l’est de la RDC d’ici le milieu du mois prochain, il ne s’agit pas d’un simple commentaire. C’est un signal politique majeur.

Pendant des années, Kinshasa dénonçait presque seule ce qu’elle considérait comme une agression contre son intégrité territoriale. Désormais, Washington suit le dossier de près, impose des sanctions et évoque ouvertement le retrait des forces rwandaises.

La différence est considérable.

Ce changement n’est pas le fruit du hasard. Depuis 2019, Félix Tshisekedi a fait un choix stratégique : sortir la crise congolaise du cercle régional et la porter devant les grandes capitales du monde. Nations unies, Union africaine, Union européenne, États-Unis : partout, le même message a été défendu.

Beaucoup n’y croyaient pas. Certains estimaient qu’un chef d’État civil ne pouvait peser sur un dossier aussi sensible. D’autres considéraient que la RDC était condamnée à subir.

Les faits racontent aujourd’hui une autre histoire.

Les rapports internationaux se sont multipliés. Les condamnations diplomatiques aussi. Les sanctions ont suivi. Surtout, le regard du monde a changé.

Hier, la RDC devait convaincre. Aujourd’hui, ce sont les grandes puissances qui exigent des résultats et demandent des comptes aux acteurs impliqués dans la crise.

Bien sûr, la guerre n’est pas terminée. Marco Rubio lui-même rappelle que la question du M23 reste entière. Les populations continuent de souffrir. Les déplacés sont encore nombreux. Les armes n’ont pas disparu.

Il serait donc prématuré de parler de victoire.

Mais il serait tout aussi injuste de nier les progrès accomplis.

La diplomatie ne remplace pas l’action militaire. Elle prépare le terrain politique. Elle construit les rapports de force. Elle transforme une revendication nationale en cause internationale.

C’est précisément ce qui se passe aujourd’hui.

Le défi est désormais de convertir ce capital diplomatique en résultats concrets. Le retrait annoncé devra être vérifié. Les groupes armés devront être neutralisés. L’autorité de l’État devra être rétablie sur chaque portion du territoire national.

La RDC n’a pas seulement besoin d’une victoire diplomatique. Elle a besoin d’une paix durable.

Mais une évidence s’impose déjà : lorsque Washington évoque désormais le retrait des troupes rwandaises comme un objectif à atteindre, c’est aussi le résultat d’un travail diplomatique patient mené par Kinshasa.

Dans cette bataille, Félix Tshisekedi a fait le pari de la diplomatie.

Et, pour l’heure, ce pari commence à lui donner raison.

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