Le débat sur le référendum a quitté depuis longtemps le terrain du droit pour s’installer dans celui de la peur. À chaque évocation d’une consultation populaire, les mêmes réflexes surgissent. Les procès d’intention remplacent les arguments. Les slogans prennent le pas sur les textes. Et la politique tente d’étouffer ce qui devrait pourtant être au cœur de toute démocratie : la parole du peuple.
L’intervention du professeur Paul Gaspard Ngondankoy a eu le mérite de remettre le débat à l’endroit. Son raisonnement peut être discuté. Il doit même l’être. C’est le propre d’une démocratie vivante. Mais il ne peut être caricaturé. Car il repose sur une question fondamentale : qui est le véritable détenteur de la souveraineté en République démocratique du Congo ?
La Constitution répond elle-même. La souveraineté appartient au peuple. Tout pouvoir émane du peuple. Cette affirmation n’est ni décorative ni symbolique. Elle constitue le socle de l’ordre constitutionnel congolais.
Or, depuis plusieurs mois, une étrange inversion s’opère dans le débat public. Certains acteurs politiques semblent considérer que la Constitution doit protéger le peuple contre lui-même. Comme si le souverain devait être placé sous tutelle. Comme si les citoyens étaient suffisamment lucides pour élire leurs dirigeants mais pas assez responsables pour se prononcer directement sur des questions constitutionnelles.
Cette logique est dangereuse.
Elle conduit à substituer la volonté de quelques acteurs politiques à celle de millions de citoyens. Elle fait du peuple l’objet de la démocratie alors qu’il en est le sujet.
Personne n’est obligé de partager les conclusions du professeur Ngondankoy. Personne n’est tenu d’approuver l’organisation d’un référendum. Mais personne ne devrait craindre que le peuple soit consulté.
La démocratie ne se mesure pas à la fréquence des discours sur le peuple. Elle se mesure à la confiance accordée au peuple lorsqu’il s’exprime.
C’est là que se situe l’enjeu véritable.
Au fond, la question n’est pas de savoir si un référendum doit avoir lieu. La question est de savoir si le peuple congolais conserve le droit d’être consulté sur son propre destin.
Dans une démocratie digne de ce nom, la réponse ne devrait souffrir aucune hésitation.
Le souverain n’est ni dans les partis, ni dans les institutions, ni dans les états-majors politiques.
Le souverain est dans le peuple.
Et lorsqu’il parle, la démocratie l’écoute.
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