Depuis sa prise de fonctions le 11 juin 2026, Juan Ted Beleshayi Kasanda multiplie les initiatives pour transformer l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP) en un instrument plus performant au service du contenu local. Professionnalisation des inspecteurs, contrôles approfondis, application des règles, simplification administrative et coopération avec les autres administrations composent les premiers axes d’une réforme qui entend donner davantage de place aux entreprises congolaises dans les opportunités économiques.
À peine installé à la tête de l’ARSP, Ted Beleshayi a placé le personnel au cœur de sa démarche. L’amélioration des conditions de travail s’accompagne d’une volonté de renforcer les compétences et de faire évoluer les métiers de la régulation.
Cette orientation s’est concrétisée le 15 août avec l’organisation d’un test écrit de recrutement interne des inspecteurs. Cent vingt et un candidats ont participé à cette épreuve destinée à renforcer les capacités humaines de l’institution et à constituer un corps capable d’assurer efficacement les missions de contrôle et de suivi de la conformité.
S’adressant aux candidats, le directeur général a qualifié les futurs inspecteurs de « soldats » de l’ARSP, en insistant sur l’intégrité et le patriotisme nécessaires à l’accomplissement de leur mission. Pour la nouvelle direction, le contrôle constitue en effet l’un des principaux leviers de défense du contenu local.
Cette professionnalisation accompagne également les préoccupations sociales exprimées par les agents. « J’ai entendu quelqu’un dire salaire emata (que ça augmente, ndlr), et ça va augmenter », avait déclaré Ted Beleshayi, illustrant son attention aux attentes du personnel.
Des contrôles plus rigoureux et mieux documentés
La transformation engagée se poursuit sur le terrain. Dès le 16 juin, une instruction de service a encadré la poursuite et la clôture de missions de contrôle suspendues dans plusieurs provinces. L’objectif est de mieux organiser les opérations et de renforcer leur traçabilité.
Dans le Haut-Katanga, cette nouvelle méthode s’est traduite par une intensification des contrôles auprès de plusieurs entreprises minières, notamment Kipushi Corporation Mining, Boss Mining, Ruashi Mining et SOMIKA. L’ARSP entend désormais exploiter les exercices comptables complets afin de croiser les informations contractuelles, financières et comptables et d’obtenir une lecture plus précise de la conformité.
À MMG Kinsevere, l’ARSP a notamment annoncé cette nouvelle approche analytique. Elle doit permettre d’identifier avec davantage de précision les contrats conclus, les partenaires engagés et le niveau réel de conformité des entreprises principales. L’ARSP a également insisté sur l’abandon des pratiques de prête-noms et le recours aux entreprises congolaises éligibles.
À Kipushi, Boss Mining, Ruashi Mining et SOMIKA, les contrôles ont porté notamment sur le respect de la législation, la publication des appels d’offres, la conformité des déclarations et l’accès des entreprises congolaises aux marchés.
Quand la régulation produit des décisions concrètes
La dynamique prend une dimension supplémentaire avec la Décision n°020/ARSP/DG/2026 du 11 septembre 2026 visant Kamoto Copper Company (KCC SA) et Mutanda Mining (MUMI SA), filiales du groupe Glencore.
L’ARSP leur a enjoint de mettre fin aux contrats en cours avec des entreprises de sous-traitance ne remplissant pas les conditions légales d’éligibilité et de les retirer de leurs fichiers de sous-traitants. Selon la décision publiée par l’ARSP, l’examen des fichiers a identifié, sur 1 427 fournisseurs et prestataires de KCC, 955 ne justifiant pas des conditions d’éligibilité, contre 472 enregistrés comme éligibles. Pour MUMI, 585 fournisseurs sur 1 133 ne remplissaient pas les conditions requises, contre 548 enregistrés comme éligibles.
Les deux entreprises disposent de trente jours pour transmettre à l’ARSP un plan correctif. Celui-ci doit notamment préciser les entreprises concernées, les motifs de résiliation et les mesures destinées à favoriser l’accès aux marchés des sous-traitants éligibles. Un contrôle ultérieur est prévu pour vérifier l’application de la décision.
Cette séquence illustre une évolution importante : la régulation entend désormais aller du contrôle à l’action corrective, avec un suivi de l’exécution des mesures arrêtées.
Faciliter les affaires, renforcer le contenu local
La fermeté dans le contrôle s’accompagne d’une volonté de simplification. La durée de validité des attestations d’agrément est passée de trois à cinq ans, réduisant ainsi la fréquence des démarches administratives imposées aux entreprises agréées.
La publication des opportunités de sous-traitance sur la plateforme officielle de l’ARSP participe également à cette recherche de transparence et d’accessibilité. L’objectif est de permettre aux entreprises éligibles d’identifier plus facilement les marchés et de renforcer leur participation à la chaîne économique nationale.
Le contenu local constitue ainsi le fil conducteur des différentes initiatives. La lutte contre les prête-noms vise à garantir que les entreprises présentées comme congolaises répondent réellement aux critères légaux, tandis que le contrôle des contrats doit contribuer à une meilleure participation des entreprises nationales.
L’ARSP élargit son action à ses partenaires institutionnels
La nouvelle direction mise enfin sur une coopération accrue avec les autres administrations. Le 31 août, Ted Beleshayi a échangé avec le directeur général de la Direction générale des douanes et accises (DGDA), Bernard Kabese Musangu, sur les avantages à renforcer au profit des entreprises sous-traitantes congolaises.
Les échanges ont notamment porté sur l’application des dispositions du Code minier et de la législation sur le contenu local, notamment en matière d’incitations fiscales. Les deux institutions ont convenu de mettre en place une commission technique afin de poursuivre les travaux et de faire émerger des solutions concrètes pour les entreprises congolaises.
Cette démarche prolonge les échanges de Ted Beleshayi avec le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le 23 juillet. L’entretien avait porté sur les avancées de la mise en œuvre de la loi sur la sous-traitance, le renforcement de la régulation, la promotion du contenu local et l’accroissement de la participation des entreprises congolaises aux opportunités économiques nationales.
Une nouvelle dynamique institutionnelle
En trois mois, les premières mesures engagées par Ted Beleshayi dessinent ainsi une réforme à plusieurs dimensions : un personnel davantage professionnalisé, des inspecteurs mieux préparés, des contrôles plus documentés, des procédures administratives allégées et une application plus effective de la législation.
La démarche associe donc deux impératifs complémentaires : faciliter l’activité des opérateurs économiques et garantir le respect des règles. À travers cette orientation, l’ARSP cherche à renforcer son rôle de régulateur tout en faisant de la sous-traitance un véritable instrument de développement des entreprises congolaises.
Le chantier reste en cours, mais les décisions et initiatives prises depuis juin donnent déjà une traduction concrète à cette nouvelle dynamique : une ARSP davantage présente sur le terrain, plus structurée dans ses contrôles et déterminée à faire du contenu local un levier de participation accrue des entrepreneurs congolais à l’économie nationale.
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