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10 octobre, 2026 - 12:56:10
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Réaction du Géostratège Éric Kamba | Joseph Kabila : l’appel au sursaut national ne peut effacer les responsabilités du passé

Joseph Kabila affirme que « le Congo est en péril » et que « ne pas agir, c’est être complice ». Prenons cette formule au sérieux : soutenir ceux qui fragilisent l’État, alimenter la violence ou contribuer à l’effondrement de ses institutions appelle précisément une exigence de responsabilité.

Dans son allocution du 9 octobre 2026, l’ancien président dénonce la tyrannie, la corruption et la dégradation de la situation nationale. Il rappelle ses douze propositions et prétend avoir transmis, en 2019, un pays réunifié et largement pacifié. Mais un discours de salut national ne peut tenir lieu de bilan, encore moins effacer dix-huit années de pouvoir.

Dix-huit ans au sommet de l’État : où est votre responsabilité ?

Monsieur Kabila, vous avez gouverné de 2001 à 2019. Vous avez disposé du temps et des leviers de l’État pour renforcer l’armée, consolider les institutions et transformer les richesses nationales en prospérité collective. Vous ne pouvez aujourd’hui parler de la fragilité du Congo comme si vous l’aviez découverte après votre départ.

La responsabilité du pouvoir actuel doit être examinée et ses manquements dénoncés. Mais les défaillances de votre successeur ne constituent pas votre certificat d’innocence. Le Congo mérite mieux qu’une compétition dans laquelle chaque dirigeant invoque les fautes de l’autre pour éviter de répondre des siennes.

La démocratie exige une mémoire

Votre dénonciation de la tyrannie se heurte à votre propre pratique du pouvoir. Human Rights Watch a documenté, sous votre présidence, la répression de l’opposition, des journalistes, des militants et des manifestations pacifiques. Votre second mandat s’achevait en décembre 2016 ; vous êtes pourtant resté en fonction jusqu’en janvier 2019, après le report des élections.

En 2017 et 2018, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles et utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser des rassemblements organisés par des laïcs catholiques, jusque dans l’enceinte des églises. Voilà aussi la mémoire politique du pays auquel vous prétendez aujourd’hui enseigner les libertés fondamentales.

Défendre la Constitution aujourd’hui exige de reconnaître les entorses d’hier. Et ce principe doit s’appliquer à tous : aucune majorité, aucun ancien président, aucun chef de l’État ne devrait pouvoir traiter les règles constitutionnelles comme un obstacle à ses ambitions.

Parler de paix exige de répondre sur ses liens avec la rébellion

Le 30 avril 2026, le Trésor américain vous a sanctionné pour votre soutien au M23 et à l’Alliance Fleuve Congo. Son communiqué vous attribue un financement de l’AFC et des encouragements adressés à des militaires congolais pour rejoindre ses forces. Il identifie également le soutien du Rwanda au M23. Ce sont les motifs officiellement avancés par Washington, et non une simple invective du gouvernement congolais.

Une sanction administrative américaine n’est pas un jugement pénal. Mais elle impose une réponse précise. Comment concilier votre appel à sauver le Congo avec les faits que les autorités américaines vous reprochent ?

Votre crédibilité se mesurerait à des actes : condamner sans ambiguïté l’agression, exiger le retrait des forces étrangères, rejeter les administrations rebelles et rompre tout soutien aux groupes armés.

La souffrance des victimes ne peut servir de marchepied politique. On ne défend pas la souveraineté en aidant ceux qui démantèlent l’autorité de l’État.

Un discours ne suspend pas un jugement

Le 30 septembre 2025, la Haute Cour militaire vous a condamné à mort par contumace, notamment pour trahison, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, dans une affaire portant sur votre rôle présumé auprès de la rébellion. Vous contestez ces accusations et dénoncez une justice politisée. Cette contestation doit être rapportée ; elle n’efface pas l’existence du jugement.

L’exigence est celle d’une justice équitable, respectueuse des droits de la défense, capable d’établir les responsabilités. Le statut d’ancien président ne saurait conférer une immunité morale permanente.

Avant les leçons de gestion, la transparence sur les fortunes

Les enquêtes Congo Hold-up, fondées sur des millions de documents bancaires, ont identifié au moins 138 millions de dollars de fonds publics ayant transité vers des sociétés liées à votre entourage. Ces conclusions d’enquête doivent être examinées judiciairement et ne valent pas, à elles seules, condamnation personnelle pour chaque opération. Elles appellent néanmoins des explications documentées.

Dès 2017, le Groupe d’étude sur le Congo avait également recensé plus de quatre-vingts entreprises détenues, totalement ou partiellement, par votre famille. Posséder des entreprises n’est pas un délit. La question est celle de l’origine des capitaux, des avantages obtenus et des rapports entre affaires familiales et décisions publiques.

Le peuple attend des comptes, des audits et, lorsque les détournements sont établis, des restitutions.

Le dialogue ne doit pas devenir une prime à la rébellion

Un dialogue national peut être utile s’il rend la parole aux citoyens, à l’opposition pacifique, à la société civile et à la diaspora. Il perd son sens s’il transforme la puissance militaire en droit à gouverner ou la négociation en mécanisme d’effacement des responsabilités.

La paix doit protéger les victimes. La réconciliation doit reconnaître les torts. La violence ne peut plus devenir un raccourci vers le pouvoir.

Monsieur Kabila, le Congo n’appartient ni à vous ni à votre successeur. Critiquer Félix Tshisekedi est un droit ; demander votre bilan et votre responsabilité en est un autre.

Si le pays est en péril, aucun de ceux qui ont contribué à le fragiliser ne peut réclamer un rôle de sauveur sans commencer par rendre des comptes.

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