Face à l’aggravation du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo, l’envoyée spéciale de l’ONU, Bintou Keita, a exhorté le Conseil de sécurité à mobiliser tous les efforts vers un cessez-le-feu inconditionnel. Dans le même temps, le représentant congolais à l’ONU a dénoncé la présence massive de troupes rwandaises sur le sol congolais et réclamé l’application urgente de la résolution 2773, exigeant le retrait des forces étrangères et la fin des hostilités du M23.
Le cri d’alarme lancé, jeudi, au Conseil de sécurité des Nations unies par l’envoyée spéciale de l’ONU en République démocratique du Congo, Bintou Keita, n’est pas une supplique de plus dans l’interminable tragédie de l’Est congolais. C’est une interpellation pressante adressée à la conscience du monde. L’ampleur du drame humanitaire – des centaines de milliers de déplacés depuis janvier, des territoires occupés, des populations prises au piège des violences – impose une réponse urgente, cohérente, et surtout juste. Il faut « orienter tous les efforts vers un cessez-le-feu inconditionnel », a martelé la cheffe de la MONUSCO. Une exigence élémentaire, mais hélas entravée par une réalité stratégique cynique et brutale.
La situation sécuritaire dans l’Est de la RDC est tout simplement alarmante. L’Alliance Fleuve Congo (AFC) et le mouvement M23, avec le soutien documenté des Forces de défense rwandaises, poursuivent leur expansion militaire et politique dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, menaçant aujourd’hui les provinces de la Tshopo et du Maniema. À cette dynamique territoriale s’ajoute une entreprise de gouvernance parallèle : des nominations d’administrateurs, de vice-gouverneurs, de responsables miniers… tout un État dans l’État, mis en place au mépris des principes fondamentaux de souveraineté.
À cette tribune, le représentant permanent de la RDC auprès des Nations unies, Zénon Mukongo, a levé le voile sur l’ampleur de l’agression : « plus de la moitié de l’armée rwandaise est déployée sur le territoire congolais, sans le consentement de l’État congolais ». Une déclaration grave, étayée par les réalités du terrain, et qui ne laisse plus de place à l’ambiguïté. L’invocation du droit à la légitime défense par Kigali ne saurait masquer l’évidence : il s’agit d’une invasion, une violation frontale de la Charte des Nations Unies et de l’Acte constitutif de l’Union africaine.
Face à cela, la communauté internationale ne peut plus se contenter de condamnations de façade ou de formulations diplomatiques évasives. Le temps est venu de passer à l’acte. Le représentant congolais l’a rappelé avec force : seule l’application rigoureuse de la résolution 2773 du Conseil de sécurité, exigeant notamment le retrait immédiat des troupes rwandaises et la fin des hostilités par le M23, peut ouvrir la voie à la désescalade. Et cette application doit s’accompagner de sanctions fermes contre les auteurs et soutiens de cette agression.
La MONUSCO, quant à elle, se dit prête à mobiliser ses moyens pour soutenir un éventuel cessez-le-feu. C’est un signal encourageant, mais qui ne saurait suffire si le Conseil de sécurité n’assume pas pleinement ses responsabilités. Car au-delà des enjeux géopolitiques, il y a des vies humaines à préserver, des villages à sauver, une nation à protéger de l’éclatement.
Le peuple congolais n’attend plus des discours, mais des actes. La paix n’est pas un luxe, mais une urgence vitale. L’Histoire jugera sévèrement ceux qui, par calcul ou par lâcheté, auront laissé s’installer une guerre d’occupation dans le silence du monde.
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