En accordant une grâce présidentielle à Moussa Dadis Camara pour « raison de santé », le général Mamadi Doumbouya ne signe pas seulement un acte administratif. Il ravive une plaie à peine refermée dans la mémoire collective guinéenne. Dix-huit mois après la condamnation historique de l’ancien chef de la junte pour sa responsabilité dans le massacre du 28 septembre 2009, le pouvoir actuel choisit d’amnistier une figure au lourd passif, soulevant des interrogations douloureuses sur la justice, la mémoire et l’avenir démocratique du pays.
Il fut, pour beaucoup, le visage d’une tragédie nationale.
Moussa Dadis Camara, chef de la junte au pouvoir en Guinée en 2009, avait été condamné pour son rôle dans l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire récente du pays : le massacre du grand stade de Conakry, le 28 septembre 2009. Ce jour-là, une manifestation pacifique fut réprimée dans le sang. Plus de 150 morts, des centaines de blessés, des femmes violées, des familles brisées — et un peuple meurtri.
Ce samedi, les médias internationaux ont rapporté que le général Mamadi Doumbouya, président de la transition, a accordé la grâce présidentielle à l’ancien dirigeant, officiellement « sur proposition du garde des Sceaux », et pour « raison de santé ». Une déclaration lue par le général Amara Camara, porte-parole de la présidence, relaye cette décision à la solennité feutrée, sans commentaires, ni émotion apparente.
Mais la grâce d’un homme ne saurait effacer les douleurs d’une nation.
Cette décision vient heurter de plein fouet la quête de vérité et de justice des victimes et de leurs familles. Elle intervient à un moment où l’opinion publique guinéenne — bien que fragilisée par les incertitudes de la transition — s’accrochait encore à l’espoir d’une rupture avec l’impunité endémique des régimes précédents.
Le jugement de 2023, bien que tardif, avait constitué un tournant : pour la première fois, un ancien chef d’État africain était jugé dans son propre pays pour des crimes aussi graves. La grâce présidentielle remet-elle en cause cet acquis judiciaire ? Ou signale-t-elle une priorité médicale sur la sanction pénale ? Quelles garanties sont offertes à ceux qui attendent encore des réparations, une reconnaissance, ou simplement, le respect du verdict ?
Le pardon ne vaut que s’il est compris et partagé. La grâce, sans parole ni mémoire, sonne comme un abandon.
En offrant cette clémence dans un silence institutionnel, sans dialogue avec les parties civiles, sans geste de compassion envers les rescapés, le pouvoir guinéen semble reléguer les faits au rang d’incident. Ce faisant, il oublie qu’on ne bâtit pas un avenir démocratique sur les non-dits et les effacements.
La santé de Moussa Dadis Camara peut justifier une humanité. Mais la justice des morts exige une vérité que nul décret ne peut suspendre. La transition guinéenne a-t-elle mesuré la portée symbolique de cette décision ? Ou a-t-elle, une fois de plus, choisi la paix des élites contre le deuil du peuple ?
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