Alors que la République démocratique du Congo affronte une crise existentielle, des voix issues de l’opposition – parfois les plus intransigeantes – commencent à franchir le pas des consultations politiques. Répondant à l’appel du Président Félix Tshisekedi pour un gouvernement d’union nationale, des figures jusqu’ici identifiées à des camps farouchement opposés à la gouvernance actuelle se sont rendues, le mercredi 2 avril, au bureau du Conseiller spécial en matière de sécurité, François Beya Eberande Kolongele, chargé de conduire les consultations politiques. Parmi elles : Néné Nkulu, ex-ministre issue du FCC de Joseph Kabila, Moïse Moni Della, président du parti CONADE, allié d’Ensemble pour la République de Moïse Katumbi, et Jeannot Lompempe, cadre reconnu du PPRD. Tous ont choisi, au-delà des appartenances partisanes, de privilégier la patrie et l’unité, dans un contexte où l’angoisse nationale ne laisse plus de place aux postures figées. Ce frémissement, s’il se transforme en mouvement, pourrait annoncer un tournant politique majeur.
Il est des heures graves où la patrie, bousculée par les vents du péril, convoque les consciences et invite à la transcendance. Dans ces moments, les couleurs politiques s’effacent, les clivages idéologiques s’estompent, et les querelles de chapelle deviennent dérisoires. La République démocratique du Congo vit l’une de ces heures. L’Est du pays, martyrisé par des décennies de violences, n’est plus une affaire régionale : c’est l’âme nationale elle-même qui est atteinte.
C’est dans cette perspective que l’appel lancé par le chef de l’État, Félix Tshisekedi, en faveur de la constitution d’un gouvernement d’union nationale, prend toute sa résonance. Ce n’est ni une manœuvre politicienne, ni une tentative de recomposition des rapports de force. C’est un cri du cœur, un sursaut de lucidité devant l’effritement du tissu national. Et, chose rare dans les conjonctures de crise, cet appel semble trouver un écho au-delà du cercle présidentiel.
Des voix de l’opposition, parfois radicales, ont commencé à répondre à l’invitation. Mercredi 2 avril, des figures connues pour leur ancrage dans des camps longtemps opposés à la gouvernance actuelle se sont rendues au bureau du Conseiller spécial en matière de sécurité du Président de la République, Eberande Kolongele, chargé des consultations en vue de cette ouverture politique.
Parmi elles : Néné Nkulu, ancienne ministre de l’Emploi sous le gouvernement Ilunga pour le compte du Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila ; Moïse Moni Della, président du parti CONADE, allié à Ensemble pour la République de Moïse Katumbi ; et Jeannot Lompempe, avocat et analyste politique, présenté comme cadre du PPRD et du FCC. Tous ont fait le choix de l’engagement patriotique, du dialogue, et de l’unité — même au prix des remous internes.
Car les réactions ne se sont pas fait attendre. Dans une volte-face typique des combats de positionnement, le FCC, par la voix de Raymond Tshibanda, a désavoué Me Lompempe. Une lettre en date du 5 août 2024, rendue publique par Marie-Ange Mushobekwa, le taxe d’imposture, allant jusqu’à nier son appartenance au Front commun pour le Congo. Cette tentative de disqualification, aussi brutale que révélatrice, montre à quel point les lignes bougent, mais aussi à quel point les réflexes d’orthodoxie politique continuent de freiner l’élan unitaire.
Et pourtant, que reproche-t-on fondamentalement à Jeannot Lompempe ? D’avoir pris le risque de répondre à l’appel de la République ? D’avoir privilégié la patrie sur les appartenances partisanes ? Il faudrait un sens très étroit de la politique pour considérer que l’unité nationale est un crime de lèse-parti.
Car c’est bien cela le cœur du débat : le Congo a besoin d’une cohésion nouvelle, d’un élan de fraternité civique. L’unité n’est plus une option, elle est une nécessité vitale. Celles et ceux qui répondent à l’appel de Félix Tshisekedi ne renient pas forcément leur passé ni leur combat. Ils reconnaissent simplement que, dans une maison en feu, on n’interroge pas la provenance de celui qui apporte de l’eau.
Oui, les lignes bougent. Et c’est tant mieux. Il faut espérer que ce frémissement devienne mouvement. Que l’esprit de conciliation, de responsabilité et de patriotisme l’emporte sur les invectives et les excommunications internes. Le peuple congolais ne demande pas une unanimité de façade, mais une volonté réelle d’agir ensemble pour sa survie collective.
En répondant à l’appel du chef de l’État, les figures de l’opposition qui entrent en consultation avec le Conseiller spécial Kolongele ne trahissent rien ni personne. Ils font un choix de civilisation. Celui de considérer que lorsque la patrie est en danger, il n’y a plus ni majorité ni opposition : il n’y a que le drapeau. Et il doit flotter, ensemble.
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