Près de 2 600 établissements scolaires sont fermés dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, privant plus d’un million d’enfants de leur droit fondamental à l’instruction.
Alors que l’année scolaire se poursuit normalement dans la majeure partie du territoire congolais, une crise silencieuse mais profonde frappe les provinces orientales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. A cause de la guerre d’agression du Rwanda via ses supplétifs de l’AFC/M23, cette région est le théâtre d’une paralysie quasi totale du système éducatif, conséquence directe des violences armées.
Selon les données les plus récentes communiquées par le ministère de l’éducation nationale et de la nouvelle citoyenneté, 2 594 écoles sont actuellement fermées dans ces deux provinces. Une situation dramatique qui touche plus de 1,1 million d’élèves, désormais privés d’accès à l’instruction.
Des écoles ciblées ou transformées en camps
Au Nord-Kivu, 1 483 établissements scolaires ont cessé leurs activités, affectant 471 183 enfants. Certaines écoles ont été entièrement détruites, d’autres pillées, et plusieurs occupées par des groupes armés, rendant toute reprise pédagogique impossible. De nombreux enfants ont été contraints à l’exode, rejoignant les rangs déjà fournis des déplacés internes, tandis que les enseignants, souvent menacés, ont dû fuir ou cesser d’exercer.
Dans le Sud-Kivu, la situation est tout aussi alarmante. 1 111 écoles sont actuellement à l’arrêt, privant 637 779 élèves d’enseignement. Dans des localités comme Kalehe, les salles de classe ont été réquisitionnées pour servir d’abris aux populations déplacées. Certaines zones restent inaccessibles du fait de la présence d’engins explosifs, et les rares écoles restées debout ne peuvent plus fonctionner normalement, faute de sécurité.
Un tableau accablant
Le bilan global dressé par les autorités éducatives est sans appel : 2 594 écoles fermées ; 1 108 962 élèves déscolarisés ; Des infrastructures scolaires transformées en bases militaires ou occupées par des groupes armés ; Des dizaines d’écoles minées ou partiellement détruites ; Un corps enseignant en grande partie déplacé, traumatisé ou en exil.
Face à l’ampleur des besoins, les initiatives locales restent très limitées. Les quelques structures temporaires érigées dans les camps de déplacés ne suffisent pas à accueillir la totalité des enfants concernés. Quant aux solutions d’enseignement à distance ou informel, elles peinent à se mettre en place dans un contexte de précarité extrême.
Le ministère de l’éducation appelle à une mobilisation d’urgence, tant au niveau national qu’international. Parmi les mesures prioritaires évoquées figurent : la réinscription des enfants déplacés dans des écoles d’accueil, la mise en place de classes temporaires ou de dispositifs d’apprentissage alternatifs, la réhabilitation accélérée des établissements endommagés, la sécurisation des infrastructures éducatives dans les zones instables, un accompagnement psychosocial des élèves et des enseignants affectés par la guerre.
Une génération sacrifiée
Dans un rapport publié récemment, l’UNICEF rappelle que les enfants vivant en zones de conflit ont deux fois plus de risques de ne pas être scolarisés que ceux résidant dans des régions stables. Le danger ne se limite pas à la perte de l’apprentissage : recrutement forcé, violences sexuelles, traumatismes psychiques — l’absence de scolarisation accroît l’exposition des enfants aux pires formes de violence.
Pour de nombreux observateurs, l’éducation représente à la fois une victime et un levier stratégique de sortie de crise. Tant que les écoliers resteront en marge du système, les cycles de pauvreté, d’instabilité et de désespérance continueront de se perpétuer.
Les agences humanitaires appellent à un renforcement de l’appui logistique et financier, mais elles insistent sur un point : sans une volonté politique ferme, ces efforts resteront marginaux. La protection de l’éducation dans les zones de conflit doit être érigée en priorité nationale.
En attendant, entre ruines, tentes et silences pesants, des milliers d’enfants attendent qu’on leur rende bien plus qu’un pupitre ou un tableau noir : un horizon d’espérance.
Justin Mupanya, envoyé spécial à Beni

