En concluant un accord technique avec le FMI sur la première revue de son programme triennal, la République démocratique du Congo obtient un signal fort de confiance sur sa trajectoire macroéconomique. Croissance soutenue, inflation contenue, stabilité monétaire : les fondamentaux tiennent, malgré un environnement régional instable. Mais derrière ces résultats salués, les tensions budgétaires s’accumulent. Alimentées par l’augmentation des dépenses sécuritaires et la fragilisation des recettes, elles posent une équation redoutable : comment financer la paix, amortir les chocs sociaux et poursuivre les réformes structurelles, sans dévier du cap de la stabilité ? L’accord arraché à Kinshasa est une étape importante. Il reste à en faire une base durable.
La République démocratique du Congo (RDC) et le Fonds monétaire international (FMI) ont conclu, mardi 13 mai, un accord technique dans le cadre de la première revue du programme triennal soutenu par la Facilité élargie de crédit (FEC). L’annonce a été faite à Kinshasa par Calixte Ahokpossi, chef de mission du FMI, à l’issue de deux semaines de consultations avec les autorités congolaises.
Cet accord, qui doit encore être entériné par la direction générale et le Conseil d’administration du Fonds, pourrait déboucher sur un nouveau décaissement, sous réserve d’un examen formel prévu pour la fin juin 2025. Il intervient dans un contexte économique contrasté, où les indicateurs de croissance côtoient des tensions budgétaires alimentées par le conflit à l’Est du pays.
Des fondamentaux macroéconomiques jugés solides
Selon les conclusions de la mission, la croissance économique de la RDC a atteint 6,5 % en 2024 et devrait dépasser 5 % en 2025, tirée principalement par la vigueur du secteur minier. L’accumulation progressive des réserves internationales et le repli du déficit du compte courant ont contribué à consolider la stabilité externe du pays.
Sur le plan monétaire, la mission du FMI a salué le maintien de la stabilité du taux de change depuis la mi-2024, ainsi qu’une politique monétaire jugée prudente. Cette orientation a permis de ramener l’inflation à un taux à un chiffre en avril 2025 – une première depuis juillet 2022.
« Ces résultats témoignent de la résilience de l’économie congolaise malgré un environnement régional tendu », a déclaré Calixte Ahokpossi, notant toutefois que cette résilience pourrait être mise à l’épreuve par des déséquilibres budgétaires croissants.
Un budget sous pression
Car si la croissance se maintient, les finances publiques sont sous tension. L’escalade du conflit dans l’Est du pays a conduit à une augmentation significative des dépenses sécuritaires, dépassant les plafonds initialement fixés dans le cadre du programme. En parallèle, la suppression de certains postes de perception dans les zones de conflit et les exonérations fiscales sur les produits de base ont réduit les recettes de l’État.
Le FMI alerte sur ces arbitrages budgétaires complexes : la lutte contre l’insécurité, nécessaire, pèse lourdement sur les finances publiques, tout comme les mesures sociales visant à atténuer les effets de l’inflation sur les ménages. « L’effort de mobilisation des recettes intérieures devra être renforcé, en parallèle à une gestion plus ciblée des dépenses », souligne le rapport intermédiaire de la mission.
Maintenir la confiance des partenaires
Pour les autorités congolaises, cet accord technique représente un signal positif adressé aux partenaires financiers internationaux. Il témoigne d’une certaine discipline macroéconomique, même dans un contexte politique et sécuritaire instable.
Le défi, désormais, sera de concilier la poursuite des objectifs de croissance, la réponse sécuritaire à la crise dans l’Est, et la nécessité de préserver les équilibres budgétaires, sans compromettre la stabilité monétaire ni la cohésion sociale.
Pour de nombreux observateurs économiques en République démocratique du Congo, cet accord constitue une reconnaissance des efforts déployés par le gouvernement pour maintenir le cap des réformes dans un contexte particulièrement difficile. Le programme soutenu par le FMI s’inscrit en effet dans une stratégie plus large, visant à asseoir une croissance inclusive, à renforcer la gouvernance des finances publiques et à accroître la transparence dans le secteur extractif. Reste que la pérennité de cet engagement dépendra largement de la capacité des autorités à mettre en œuvre les recommandations du Fonds et à poursuivre les réformes structurelles attendues, notamment en matière de fiscalité, de gestion des dépenses publiques et de gouvernance.
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