Alors que les inondations meurtrières d’avril ont une nouvelle fois mis en lumière le désordre urbanistique de Kinshasa, le ministre d’État chargé de l’Aménagement du territoire, Guy Loando Mboyo, est sorti de son silence. Lors d’un point de presse tenu le 12 mai à Kinshasa, il a défendu les avancées d’un processus entamé en 2017, tout en reconnaissant que la réforme attend toujours son socle légal. Dans un pays confronté à une pression démographique croissante et à des aléas climatiques récurrents, structurer l’espace national reste une urgence aussi politique que technique.
Face à la répétition des catastrophes naturelles et à l’urbanisation désordonnée de ses grandes villes, la République démocratique du Congo cherche à donner un cadre structurant à l’usage de son espace national. Lundi 12 mai, à Kinshasa, le ministre d’État chargé de l’Aménagement du territoire, Guy Loando Mboyo, a dressé le bilan d’un chantier entamé il y a huit ans, et dont les premiers résultats commencent à se matérialiser.
Des outils, mais encore sans loi
Si le pays s’est doté d’une politique nationale dans le secteur dès 2020, il ne dispose toujours pas d’un texte législatif pour encadrer juridiquement l’ensemble du dispositif. « La loi n’a pas pu être promulguée lors de la dernière législature, pour des raisons de forme », a reconnu Guy Loando, tout en assurant que son adoption pourrait intervenir d’ici la clôture de la session parlementaire en cours.
Le texte attendu viendrait compléter un arsenal de documents stratégiques, parmi lesquels figure un schéma national d’aménagement du territoire (SNAT), élaboré sur deux ans. Il définit les grandes orientations de gestion de l’espace à l’échelle du pays. Un guide méthodologique a également été remis aux provinces pour qu’elles conçoivent leurs propres plans locaux, dans une logique de décentralisation des politiques publiques.
Structurer l’espace, prévenir les risques
La réforme vise à remédier à une situation longtemps marquée par l’improvisation et l’absence de planification, dans un pays dont la superficie — plus de 2,3 millions de kilomètres carrés — représente un défi logistique en soi. « On ne peut pas planifier un territoire de cette taille sans données, ni enquêtes de terrain », a rappelé le ministre, évoquant les nombreuses missions réalisées ces dernières années.
Cette démarche prend un relief particulier à Kinshasa, où les inondations provoquées par les pluies d’avril ont illustré les conséquences directes d’un aménagement mal maîtrisé. Selon les autorités, la nouvelle politique vise aussi à mieux prévenir ce type d’événements en identifiant les zones à risque et en encadrant leur occupation.
Des structures en place, en attente d’impact
En parallèle de la planification, plusieurs organismes ont été créés pour mettre en œuvre cette politique. Parmi eux : l’Agence nationale de l’aménagement du territoire (ANAT), le Fonds national d’aménagement (FONAT) et l’Observatoire national (ONAT), chargé de contrôler l’usage du sol. Ce dernier est composé de personnels formés, notamment issus de la police, dotés du statut d’officiers de police judiciaire.
Le gouvernement se dote également de nouveaux instruments techniques. Un annuaire des ressources naturelles, recensant les richesses du sol et du sous-sol, a été constitué. Il devrait être rendu public « dans les tout prochains jours », selon Guy Loando. Par ailleurs, l’adhésion de la RDC au Groupe d’observation de la Terre (GEO) permettra au pays d’accéder à des données satellitaires cruciales pour anticiper les aléas climatiques. Un Géoportail national, regroupant les informations de trente ministères, est également en cours de finalisation.
Projets pilotes et ambitions économiques
Au-delà de la réforme institutionnelle, l’État entend aussi expérimenter sur le terrain de nouveaux modèles urbains. C’est le cas à Boma, ville côtière de l’ouest du pays, choisie comme site pilote pour un projet de ville durable, financé à hauteur de 50 millions d’euros par l’Agence française de développement (AFD). Ancienne capitale du Congo belge, Boma combine symbolique historique et intérêt stratégique, avec la perspective d’un port en eau profonde.
Enfin, le ministre a évoqué l’avancement du projet Kinshasa Mercantile Exchange (KME), une future bourse des matières premières qui doit permettre, selon lui, une meilleure transparence dans la commercialisation des ressources congolaises. Le projet associe des partenaires internationaux, dont plusieurs entreprises américaines.
Alors que la RDC fait face à une pression démographique croissante et à une urbanisation souvent anarchique, la mise en œuvre effective de cette réforme reste conditionnée à l’adoption rapide du cadre législatif promis. Le ministre se veut confiant, mais les enjeux, eux, restent entiers.
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