À N’Djamena, le jour s’était à peine levé que les forces de sécurité emportaient l’un des visages les plus emblématiques de l’opposition tchadienne. L’interpellation musclée de Succès Masra, ancien Premier ministre et adversaire déclaré du président Mahamat Idriss Déby, marque un nouveau tournant dans une transition politique déjà minée par la méfiance. Derrière les accusations officielles, c’est une démocratie fragile qui vacille, à l’ombre des armes et des silences forcés.
L’ancien Premier ministre tchadien et leader de l’opposition, Succès Masra, a été interpellé à l’aube ce vendredi à son domicile de N’Djamena par des forces de sécurité, a annoncé son parti, Les Transformateurs, qui dénonce un « enlèvement ».
Selon un message publié sur la page Facebook officielle du parti, « le président Succès Masra vient d’être enlevé manu militari ce jour 16 mai 2025 à 5h56 de notre résidence », laquelle sert également de siège au mouvement. Une vidéo de surveillance, diffusée par le parti, montre l’opposant entouré d’une dizaine d’hommes en uniforme militaire et armés, quittant les lieux sous escorte.
Le procureur de la République, Oumar Mahamat Kedelaye, a confirmé l’arrestation de M. Masra, l’accusant d’avoir incité à la haine et à la violence via des publications sur les réseaux sociaux. Ces messages auraient appelé la population à s’armer contre une communauté spécifique dans la province du Logone Occidental, où des affrontements intercommunautaires ont récemment causé la mort de 42 personnes.
Les Transformateurs dénoncent une « action brutale » menée « en dehors de toute procédure judiciaire connue » et « en violation flagrante des droits civils et politiques garantis par la Constitution ». Le vice-président du parti, Ndolembai Sade Njesada, a exprimé sa profonde inquiétude face à cette arrestation.
Succès Masra, économiste de formation, avait été nommé Premier ministre en janvier 2024 dans le cadre d’une tentative de réconciliation nationale avant l’élection présidentielle de mai de la même année. Candidat face au président Mahamat Idriss Déby Itno, il avait contesté les résultats officiels qui donnaient la victoire à ce dernier avec 61,3 % des voix, affirmant avoir remporté le scrutin. Il avait démissionné peu après l’annonce des résultats.
Cette arrestation intervient dans un contexte de tensions politiques persistantes au Tchad, où les opposants dénoncent régulièrement des atteintes aux libertés publiques et des répressions ciblées.
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