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Kinshasa
26 juin, 2026 - 00:33:53
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ÉditoLa unePolitique

Kabila, l’amnésie stratégique

Il fallait oser. L’ancien président Joseph Kabila, muet depuis des années sur la tragédie de l’Est, surgit soudainement sur la scène nationale avec une solennité théâtrale, se drapant dans les oripeaux du redresseur de la nation. Un discours calibré, douze propositions pour « sortir de l’impasse » — et une indignation sélective qui interroge. Car si Kabila prend la posture de l’homme d’État, ses silences assourdissants trahissent d’autres ambitions.

Pas un mot sur l’armée rwandaise, dont les incursions dans le Nord-Kivu ont été abondamment documentées. Pas une ligne sur les exactions commises par le M23/AFC, ce groupe armé que l’on dit proche de ses anciens réseaux. L’ancien président dénonce, vilipende, fustige — mais choisit ses cibles avec soin. L’agression étrangère est gommée du tableau ; les responsabilités sont diluées dans une rhétorique de crise généralisée. Et l’on s’étonne : comment celui qui a régné dix-huit ans sur le Congo peut-il à ce point faire l’impasse sur les causes réelles de l’implosion sécuritaire ?

Ce qui frappe dans cette sortie, c’est l’art consommé de l’ambiguïté. Kabila s’élève contre une supposée dérive autoritaire, mais ne dit jamais clairement s’il soutient les institutions. Il appelle à « défendre la patrie jusqu’au sacrifice suprême », mais tait les noms de ceux qui l’attaquent. Il parle de souveraineté, mais omet les troupes étrangères qui contrôlent des pans entiers du territoire national. Il évoque les réfugiés, mais ne dit rien des femmes violées, des enfants enrôlés de force, des villages incendiés.

Ce jeu trouble n’est pas sans arrière-pensée. À la veille d’ennuis judiciaires grandissants, et après la levée de son immunité parlementaire, Kabila cherche à reprendre pied. Son insistance à revenir à Goma, ville meurtrie par la guerre, ne relève pas de la compassion, mais du symbole politique. Il veut montrer qu’il est encore là, enraciné, capable de rassembler. Quitte à rallumer les braises d’un feu qu’il n’a jamais vraiment éteint.

Dans un pays à vif, où l’on meurt encore sous les bombes du M23, où les déplacés s’entassent par centaines de milliers, une telle prise de parole n’est pas neutre. Elle sonne comme une tentative de réécriture de l’histoire, une volonté de solder les comptes sans faire face à ses propres responsabilités. Le peuple congolais, lui, n’a pas oublié. Ni les morts de Bundu Dia Kongo, ni les assassinats d’opposants et de journalistes, ni les compromissions sécuritaires qui ont miné la République.

Revenir sur la scène politique est un droit. Mais prétendre incarner l’avenir en effaçant le passé relève de l’imposture.

Infos27

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