La polémique enfle, alimentée par des officines soucieuses de fracturer l’institution militaire à travers le prisme du tribalisme. En réponse, le général-major Sylvain Ekenge, porte-parole des FARDC, a opposé une mise au point sans détour : il n’existe aucun ciblage ethnique au sein de l’armée, seulement l’application rigoureuse de la loi militaire. À ceux qui tentent d’instrumentaliser l’arrestation de certains officiers pour accréditer l’idée d’un traitement discriminatoire, l’état-major réplique par un rappel essentiel : l’armée congolaise n’obéit qu’à la République, et son socle demeure l’unité, non l’origine.
Alors que la République démocratique du Congo fait face à des défis majeurs de souveraineté et d’intégrité territoriale, certains s’emploient, dans l’ombre des réseaux sociaux et dans les replis de la rumeur, à introduire le virus du tribalisme là où il n’a pas sa place : au sein de l’armée. Depuis plusieurs jours, une polémique artificiellement enflée accuse les autorités militaires de « cibler » des officiers généraux dits swahiliphones, notamment en lien avec des arrestations récentes dans les rangs des FARDC. Une narration pernicieuse, rejetée avec fermeté et méthode par les autorités.
Lors d’un briefing presse tenu mardi 3 juin, le général-major Sylvain Ekenge, porte-parole des Forces armées de la RDC (FARDC), n’a pas mâché ses mots. Aux côtés du ministre de la Communication, Patrick Muyaya, le Général est monté au front pour répondre à ce qu’il a qualifié de « faux débat », agité à dessein par ceux qui, selon lui, cherchent à « distiller le poison de la division ».
« La rigueur s’applique à tout militaire qui a choisi de servir sous le drapeau. Aucun officier n’est poursuivi pour son origine. Il s’agit d’infractions individuelles, traitées avec toute la diligence requise par la justice militaire », a-t-il tranché.
Une polémique sans fondement
Depuis l’arrestation ou la mise en cause de plusieurs officiers dans des affaires disciplinaires ou pénales, des voix — parfois anonymes, parfois issues de milieux notoirement hostiles au pouvoir de Kinshasa — ont tenté de présenter ces procédures comme un acharnement ciblé contre une catégorie d’officiers, désignés comme appartenant à un même espace linguistique. Une manœuvre grossière, si l’on en croit les explications des autorités militaires, qui y voient la main des mêmes activistes qui, ces derniers mois, ont cherché à saper les fondements de l’unité nationale, souvent depuis des sphères proches de la désinformation organisée.
« L’actuel chef d’état-major général des FARDC est lui-même swahiliphone. Il en va de même pour ses deux prédécesseurs. Cette seule réalité suffit à balayer l’idée même d’un quelconque ciblage ethno-linguistique », a rappelé le Général Ekenge, visiblement déterminé à ne rien laisser passer.
Une tentative de fracture institutionnelle
Le ministre Patrick Muyaya a pour sa part évoqué une tentative délibérée de déstabilisation. Selon lui, « les auteurs de cette polémique veulent inoculer le poison de la division au sein même de l’armée, institution qui incarne le mieux l’unité républicaine et la défense collective de la nation ».

Comme pour dire, il n’y a pas d’armée Luba, Lunda, Swahili ou Mongo. Il y a une armée congolaise. Et ceux qui rêvent de segmenter cette force nationale devront répondre de leur entreprise de sape.
Le ton est grave. Et il est à la hauteur du péril : dans un contexte sécuritaire tendu, alors que l’Est du pays reste le théâtre d’une guerre hybride menée par le M23 avec l’appui documenté du Rwanda, la cohésion interne des FARDC est un pilier stratégique. Introduire le tribalisme dans les casernes revient à dynamiter ce qui reste l’ultime rempart de la République.
Une stratégie bien connue
Cette stratégie d’ethnicisation des institutions républicaines n’est pas nouvelle. Elle constitue depuis des années un levier utilisé par divers réseaux pour fracturer l’État. Mais cette fois-ci, c’est l’armée qui est visée. Une ligne rouge, selon plusieurs analystes congolais, car les FARDC demeurent, malgré leurs fragilités, l’un des rares espaces où la conscience nationale l’emporte sur les réflexes identitaires.
Ce que cherchent les artisans de la confusion, c’est provoquer la suspicion, fissurer les lignes de confiance et peut-être, à terme, neutraliser la capacité de résistance d’une armée qui, en dépit des revers et des polémiques, demeure loyale aux institutions issues des urnes.
Une justice militaire à l’œuvre
Loin des considérations tribales, les procédures en cours relèvent de la chaîne normale de commandement et de justice. Le Général Ekenge a insisté sur le fait qu’aucune pression politique ou communautaire ne guide les décisions. Les officiers poursuivis le sont pour des faits précis, identifiés dans le cadre d’enquêtes rigoureuses.
Il ne s’agit ni de chasse aux sorcières, ni de règlement de comptes. Mais d’une exigence de discipline et de redevabilité. Un officier qui trahit son serment doit répondre, quelle que soit sa langue ou sa province d’origine.
En République démocratique du Congo, la cohésion nationale ne repose plus sur les slogans, mais sur des institutions en reconstruction. L’armée en est une. La diviser, c’est menacer la paix. Ceux qui attisent les braises du tribalisme, volontairement ou non, doivent donc être dénoncés et mis hors d’état de nuire. Le silence complice ne peut plus être une option.
« Nous savons d’où viennent ces messages. Ils ne trompent personne. Et ils ne nous détourneront pas de notre mission : protéger la République », a conclu le général Ekenge, dans un ton ferme qui sonne comme une mise en garde.
Dans un pays où l’unité nationale est encore un chantier en devenir, mais plus que jamais nécessaire, les FARDC ne peuvent être la cible d’expérimentations identitaires. À ce jeu dangereux, c’est la survie même de l’État qui est en jeu.
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